La téléréalité a 20 ans : « On est passé d’émissions spontanées et sans filtre à une expérience beaucoup plus scénarisée »

Les téléspectateurs de « Loft Story », il y a 20 ans. — Franck FIFE / AFP
  • A l’occasion des 20 ans de la téléréalité, « 20 Minutes » propose une série d’articles sur ce phénomène qui a bouleversé le petit écran.
  • Nous avons demandé à nos lecteurs ayant vu l’arrivée explosive de la téléréalité, avec « Loft Story » notamment, de nous raconter leurs souvenirs et de nous dire s’ils continuent à regarder ce type d’émissions.
  • Les avis sont plutôt partagés, mais beaucoup regrettent la spontanéité des premiers candidats de téléréalité.

Ils sortaient des cours quand Loana entrait dans le loft. Et c’est toute une génération de téléspectateurs qui a grandi en voyant la téléréalité squatter le programme télé. Vingt ans après l’arrivée des premières émissions, les lecteurs ont répondu à l’appel de 20 Minutes (et merci pour les nombreuses réponses !) pour raconter leurs souvenirs et leur rapport à la téléréalité.

Enzo, 30 ans, se souvient ainsi de Loft Story, et la « haine devant les studios de M6 », mais aussi de « l’éclosion de Jenifer » à la Star Ac : « Tout ça c’était une révolution dans la télévision. C’était comme suivre une série : on en voulait toujours plus ! ». Et Sophie de poursuivre : « C’était pire qu’une drogue, j’étais accro au point de regarder les rediffusions tard dans la nuit ». Agée de 35 ans et donc ado à l’époque, elle se souvient de « l’engouement que ça a créé chez les jeunes et moins jeunes. On s’est pris une claque. »

« Mon petit-ami m’enregistrait les émissions du Loft »

Et cette folie s’accompagne forcément de quelques sympathiques anecdotes : « Pour le Loft, j’étais à Londres, raconte par exemple la jeune quadragénaire Marie. Mon petit ami à Paris m’avait enregistré les émissions pour mon retour ». Barbara avait, elle, « utilisé toutes mes unités à la cabine téléphonique du collège pour voter Jean-Pascal », confie la jeune femme de 31 ans.

Mais ces anciens férus matent-ils ou zappent-ils la téléréalité aujourd’hui ? Lily, qui a participé à certains castings, continue à 38 ans de suivre certaines émissions « parce que je me suis attachée aux candidats et je suis toujours fascinée par leurs réactions ».

« Regarder les Marseillais est mon moment de « débranchage de cerveau » »

Imane, 30 ans, a vu les débuts de cette nouvelle télé aux côtés de son grand frère et sa grande sœur. Après une pause durant ses années fac, elle y a retrouvé ses vieilles habitudes : « Bizarrement, c’est en commençant ma vie active que je m’y suis remise, d’abord avec parcimonie, et dernièrement je m’y suis remise à fond. Je regarde pour me relaxer et me divertir. J’ai souvent des journées très intenses niveau concentration intellectuelle, donc pour moi, regarder les Marseillais est mon moment de « débranchage de cerveau » ».

Les Marseillais, Charlotte dit toujours continuer de les regarder, tout comme La villa des cœurs brisés : « Dans mon entourage, beaucoup regardent ces programmes pour se détendre et rigoler un peu. Je pense qu’il ne faut pas les diaboliser mais être clairvoyants, explique la jeune femme de 24 ans. On est passé d’une téléréalité spontanée et sans filtre à une expérience télévisuelle beaucoup plus scénarisée. Du coup l’expérience pour le téléspectateur est différente. Aujourd’hui quand je regarde Les Marseillais – souvent en replay – je sais déjà à quoi m’attendre. Je clique sur la catégorie « série-réalité », et j’y retrouve les codes des séries B ou des soap-opéras. Il faut regarder ces émissions avec du recul, comme on regarderait une mauvaise série. »

Nostalgie et évolution des téléspectateurs

Selon notre étude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay*, une baisse de l’engouement pour ces émissions est constatée : depuis deux ans, 62 % des jeunes qui regardent encore de la téléréalité déclarent en regarder plutôt moins qu’avant. Et pour cause : 54 % pensent que l’état d’esprit a changé, 52 % n’aiment plus ces émissions…

Tiffany, 32 ans, a changé de style d’émissions : « Aujourd’hui, je préfère regarder Top Chef, Pékin express ou Mamans et célèbres. C’est plus divertissant ». Parce que si la téléréalité a évolué en deux décennies, les téléspectateurs aussi. Toujours selon notre sondage, parmi ceux qui ont assisté aux débuts de cette télé, 51 % sont nostalgiques de ces émissions (complètement ou un peu). Beaucoup de témoignages récoltés évoquent « des émissions aujourd’hui plus travaillées, du montage saccadé », « toujours les mêmes histoires avec les mêmes têtes », « l’impression que tout est scénarisé » ou « fake » et surtout une « perte en spontanéité » des candidats actuels. L’authenticité des premiers participants est passée, reste donc… la télé.

*Etude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay réalisée en ligne le 25 mars 2021 auprès d’un échantillon représentatif de 698 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

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