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La saison 4 de « La Chronique des Bridgerton » : un Cendrillon moderne ?

Netflix dévoile ce jeudi la première partie de la quatrième saison de La Chronique des Bridgerton, centrée sur Benedict, le deuxième fils de la famille Bridgerton. La saison, adaptée du troisième roman de Julia Quinn intitulé « Benedict », propose une histoire inspirée de Cendrillon, tout en abordant la question de la classe sociale.


Une nouvelle romance, de nouveaux scandales, de nouveaux costumes somptueux, et assurément un nouveau succès ! Netflix présente ce jeudi la première partie de la quatrième saison de *La Chronique des Bridgerton*, une saga romantique signée Shonda Rhimes, adaptée des romans de Julia Quinn. Après Daphné, Anthony et Colin, cette saison 4 met en lumière Benedict, le deuxième fils de la famille Bridgerton. Ces nouveaux épisodes proposent une histoire clairement inspirée de *Cendrillon*, tout en s’écartant profondément du conte traditionnel.

### Un héritage de conte de fées assumé

Cette saison, qui s’inspire du troisième roman de Julia Quinn intitulé « Benedict », met en avant une romance teintée de conte de fées entravé. Le héros tombe sous le charme d’une jeune femme mystérieuse (interprétée par Yerin Ha, vue dans *Halo*) vêtue d’argent lors d’un bal masqué organisé par sa mère.

Les similitudes avec *Cendrillon* sont difficilement contestables. Comme dans le conte, cette jeune femme, nommée Sophie Baek, provient d’un milieu modeste et est contrainte de travailler comme domestique dans une grande maison de Londres. À l’instar de Cendrillon, elle assiste à un bal où elle rencontre un homme qui ignore sa véritable condition. Leur histoire sera rapidement compliquée par les réalités sociales et soulève la question de la classe sociale, un thème rarement exploré dans la série.

Une nouvelle famille apparaît dans la série, qui rappelle également celle du conte. Dirigée par Lady Araminta Penwood, incarnée par Katie Leung (connue pour son rôle de Cho Chang dans *Harry Potter*), elle incarne la matriarche autoritaire de l’aristocratie, dont l’ambition est de marier ses filles, Rosamund Li (Michelle Mao) et Posy Li (Isabella Wei).

### Une héroïne qui prend en main son destin

Une rencontre lors d’un bal masqué, une identité cachée, un amour rendu impossible par les barrières sociales… Les éléments sont familiers et constituent le socle de la romance, mais *La Chronique des Bridgerton* s’efforce d’en faire une version moderne de Cendrillon.

Dans le conte, Cendrillon subit son sort avant d’être sauvée par le prince charmant. Dans la série, Sophie est décrite comme une femme vive et ingénieuse, qui met en place des stratégies pour se faire une place dans une société rigide. Son statut de domestique est central à son identité. Sophie n’est pas intéressante uniquement parce qu’un homme la remarque, elle est déjà intéressante par elle-même.

L’intrigue ne repose plus sur l’idée qu’un homme de bonne famille offre une échappatoire à une femme pauvre, mais plutôt sur la rencontre de deux individus qui doivent décider s’ils sont prêts à affronter ensemble les conséquences de leur choix.

### Une romance fondée sur le choix

Les contes de fées reposent souvent sur la notion de destin : deux âmes sœurs faites l’une pour l’autre. *La Chronique des Bridgerton* privilégie une vision plus contemporaine de l’amour. La question n’est pas « sommes-nous faits l’un pour l’autre ? », mais « sommes-nous prêts à payer le prix de cet amour ? ».

Pour Sophie, aimer Benedict implique le risque d’humiliation publique et la perte de tout ce qu’elle a bâti. Pour Benedict, aimer Sophie signifie renoncer aux privilèges liés à son statut et défier sa famille. Ce changement de perspective transforme le conte en une exploration de choix moraux, allant bien au-delà d’une simple fantaisie romantique.

### Un prince loin d’être parfait

Traditionnellement, le prince charmant est riche, beau et puissant, mais peu approfondi psychologiquement. Benedict ne correspond pas à ce stéréotype. Interprété par Luke Thompson, il se présente comme un esprit libre, passionné d’art, peu enclin à satisfaire les attentes matrimoniales de sa classe. Alors que ses frères respectent les normes de la haute société, Benedict préfère les observer, se poser des questions et chercher à définir sa propre voie.

Benedict n’est pas un sauveur tout-puissant, mais un homme en proie au doute, qui commet des erreurs et apprend. Il ne peut pas simplement sortir Sophie de sa situation : il doit saisir ce que signifie réellement aimer quelqu’un dont le monde est radicalement différent du sien. Cette saison 4 pourrait ainsi moins se concentrer sur l’ascension de Sophie que sur la désillusion de Benedict face aux injustices qu’il ignorait jusqu’alors : Sophie est pauvre parce que le système est conçu pour maintenir certaines personnes en bas de l’échelle.

### Un conte aux allures de critique sociale

Lorsque le destin remet Benedict et Sophie en contact, le jeune homme se retrouve déchiré entre son attirance pour cette domestique unique et le souvenir idéalisé de la dame en argent, sans réaliser qu’elles ne sont qu’une seule et même personne. Cette incapacité à reconnaître les deux facettes de Sophie crystallise le principal enjeu de la saison : l’amour peut-il réellement transcender les frontières sociales et remettre en question des préjugés de classe profondément ancrés dans un monde dominé par les apparences ?

Sous la direction de Shonda Rhimes, ce glissement transforme le conte de Cendrillon en une fable politique. La saison 4 de *La Chronique des Bridgerton* pourrait ainsi offrir l’une de ses histoires les plus matures, tout en conservant les éléments qui ont contribué à son succès.