La réforme «au mérite» de l’immigration de Trump semble compromise

Donald Trump a présenté son projet de réforme de l’immigration légale dans les jardins de la Maison Blanche, le 16 mai 2019. — Oliver Contreras/Sipa USA/SIPA

Il veut une immigration « au mérite » et faire baisser le rapprochement familial. Donald Trump a présenté jeudi une vaste réforme du système d’immigration légale aux Etats-Unis. Mais face à l’opposition des démocrates, qui contrôlent la Chambre, et à certains élus républicains, qui estiment que le projet ne va pas assez loin, une adoption au Congrès semble à ce stade très improbable – et la Maison Blanche le sait très bien. Mais Donald Trump pense déjà à 2020 et à sa campagne.

« Notre plan va transformer le système américain de l’immigration en fierté pour la nation et sera admiré du monde entier », a assuré le président américain, en dénonçant un système « dysfonctionnel » qui « discrimine les génies » et « les esprits brillants ». Selon lui, près des deux tiers des 1,1 million de permis de résident permanent, les fameuses « cartes vertes », distribués chaque année par les Etats-Unis vont à des immigrés « simplement parce qu’ils ont un proche » dans le pays, et seulement 12 % reviennent à des étrangers sélectionnés pour leur « mérite ou leurs compétences ».

Donald Trump a ainsi promis de faire passer leur proportion de 12 % à 57 %. « Cela nous rendra plus compétitifs », a-t-il lancé. Le magnat de l’immobilier a esquissé un système d’immigration « à points » à l’instar de ce que pratique le Canada.

Opposition dans les deux camps

« Pour chaque nouvel immigré que le plan va laisser entrer, il faudra en sortir un », a commenté le leader des démocrates au Sénat Chuck Schumer, une réforme « cruelle et inhumaine ». « De manière choquante », a-t-il poursuivi, la réforme ne prévoit rien pour « les onze millions de sans-papiers installés aux Etats-Unis » ou les « dreamers » arrivés illégalement avant leur 16 ans. Sa consoeur Nancy Pelosi, cheffe de la Chambre des représentants, a, elle, dénoncé une proposition « condescendante », qui sous-entend que « les familles n’ont aucun mérite ».

Du côté républicain, certains élus, qui militaient pour une diminution du nombre des cartes vertes attribuées chaque année, n’ont pas caché leur opposition. Dans ce contexte, le plan de la Maison Blanche a toutes les chances de rester lettre morte, et le sénateur républicain Lindsay Graham l’a même reconnu : « Ce projet n’est pas destiné à devenir une loi. La Maison Blanche veut unifier le parti autour de la sécurité à la frontière et d’une immigration au mérite ». En clair, Donald Trump compte rester dur sur l’immigration illégale pour galvaniser sa base avec son mur, mais assouplir son discours sur l’immigration légale pour séduire les électeurs indépendants et les entrepreneurs. La campagne a déjà commencé.

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