« La police nationale ne veut pas de diabétiques »… Lilian s’est vu refuser l’accès au métier de ses rêves
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Du plus loin qu’il s’en souvienne, Lilian a toujours voulu devenir policier ou gendarme. Mais le jeune homme de 24 ans a vite appris qu’en raison de son diabète, accéder à ces professions lui serait impossible. Ces métiers, comme ceux des transports aériens ou ferroviaires, étaient « interdits » aux nombreuses personnes vivant avec une maladie chronique comme le diabète, l’asthme, mais aussi la rectocolite hémorragique.
Contraint de changer ses plans de carrière, Lilian rejoint le Samu en 2019 et devient assistant de régulation médicale superviseur à celui de Toulouse. Mais le 6 décembre 2021, le vote d’une loi lui donne un immense espoir : celui d’enfin rejoindre l’ordre de ses rêves. Ce texte dispose en effet que les personnes souffrant de maladies chroniques ne seront plus jugées inaptes d’office. Leur situation devra être étudiée au cas par cas, en fonction de leur état de santé et du poste visé. Une réglementation loin d’être respectée selon plusieurs associations de patients, qui viennent de claquer la porte courant février du comité « métiers interdits ».
« Mon diabète ne me pose aucun problème »
Au vu de l’évolution de la loi, Lilian, « sûr d’être pris », dépose en novembre 2024 sa candidature pour devenir réserviste au sein de la police nationale. Sous pompe à insuline depuis une dizaine d’années, le jeune homme se dit « équilibré ». « Le capteur sur mon bras calcule en continu ma glycémie. Si elle est trop haute, ça envoie de l’insuline. Si elle est trop basse, elle arrête l’insuline. »
Il assure n’avoir jamais eu aucun problème dans le cadre de ses fonctions, ni à la régulation au Samu, ni sur le terrain, en montagne, lors de ses missions de cadre territorial à la Croix rouge. « J’avais pas mal de billes pour montrer que mon diabète ne me pose aucun problème, notamment des documents de mon médecin. »
« Les diabétiques, c’est “non” d’office »
Mais quand il arrive à sa visite médicale, c’est la douche froide. « L’infirmière m’a dit d’office que ce serait compliqué. Je me suis un peu senti discriminé. Le médecin a directement vu que j’avais une petite pompe à insuline. Il a eu un regard de pitié et il m’a dit « les diabétiques, c’est un gros point rouge dans la police, c’est non d’office » ».
Lilian explique alors que les textes de loi ont évolué. « Il m’a dit qu’il entendait ce que je disais mais qu’il avait des instructions différentes, expliquant que c’était trop dangereux pour eux. Et là, il a ajouté mot pour mot : “la police nationale ne veut pas de diabétiques.” » L’assistant de régulation du Samu lui montre ses nombreux documents mais « il n’y a eu aucune discussion possible. » A la fin de l’entretien, qui a duré dix minutes à peine montre en main, Lilian est jugé inapte.
Un recours en justice
« Triste et très en colère », le jeune homme entre en contact avec Jeanne Prat-Diquelou, juriste à la Fédération française des diabétiques. « Elle m’a aidé à rédiger un recours auprès de la direction de la police nationale. » Lilian obtient une lettre du médecin-chef de l’association, expliquant que les lois avaient évolué. « J’avais aussi un certificat de ma diabétologue montrant que mon état de santé n’était pas incompatible. » Réponse du médecin chef de la police nationale : « Malgré vos multiples documents justificatifs, je confirme votre inaptitude. »
Loin d’être découragé par l’échec de ce recours à l’amiable, Lilian décide d’emprunter le chemin judiciaire. « On va aller au tribunal administratif et en parallèle, j’ai saisi le défenseur des droits. Il vient de me répondre qu’il se saisissait du dossier et qu’il avait lancé une enquête auprès du ministère de l’Intérieur. »
De nombreux cas
Car Lilian n’est pas un cas à part. « Je reçois énormément de personnes déclarées inaptes à la visite médicale de la police nationale avec comme seule justification “diabète de type 1”, constate la juriste Jeanne Prat-Diquelou. C’est parfaitement illégal. Si c’était écrit “diabète avec telles complications rendant impossible telle mission”, ils auraient le droit, mais là ce n’est pas ce qui est écrit. »
Pour sa part, Lilian estime qu’il y a une inégalité de traitement selon les médecins. « Celui que j’ai vu était âgé de plus de 70 ans et avait une énorme méconnaissance du diabète. Il ne savait même pas ce qu’était une pompe à insuline. » Autre incohérence : les personnes vivant avec une maladie chronique peuvent par exemple exercer la profession de chirurgien cardiaque ou de policier municipal.
« Je demande juste à ce que les institutions respectent la loi »
« Je ne le fais pas seulement pour ma carrière personnelle mais aussi pour les plus jeunes qui veulent rentrer dans la police, assure Lilian. La loi est en notre faveur et rien ne change. Je demande juste à ce que les institutions respectent la loi. »
Contacté, le ministère de l’Intérieur a expliqué que la politique de recrutement était du ressort de la police nationale. Cette dernière n’avait pas répondu à nos sollicitations à l’heure de publier cet article.