France

La ministre de l’Agriculture : la pénurie d’œufs n’est pas due à une « réglementation très contraignante »

En 2025, la France comptait près de 3.000 éleveurs de poules pondeuses qui produisent, en moyenne, 5 millions d’œufs par an. Pour répondre à la demande actuelle, il faudrait assurer la production de 300 millions d’œufs supplémentaires par an, nécessitant la création d’au moins 300 nouveaux poulaillers d’ici à 2030.


La pénurie d’œufs continue de susciter de nombreuses discussions. En France, bien que la production ait légèrement augmenté de moins de 1 %, la consommation a connu une hausse significative de 5 % entre 2024 et 2025*. Ce lundi matin, la ministre de l’Agriculture a déclaré sur RMC et BFMTV qu’il était « trop compliqué, aujourd’hui, d’installer des bâtiments d’élevage » en France.

Elle a expliqué que « la réglementation est très contraignante » et a comparé les normes aux exigences d’un bâtiment industriel d’une industrie sensible. Selon elle, « la France surtranspose, complique la vie des agriculteurs ». De plus, elle a noté que « les Français ne veulent plus voir de bâtiments d’élevage car ils considèrent que c’est un lieu où on maltraite les animaux ».

Depuis 2018, la loi Egalim interdit la construction de nouveaux bâtiments pour l’élevage de poules pondeuses en cage en France. Ce cadre réglementaire a été renforcé en 2021 par un décret qui prohibe « la réalisation de toute nouvelle construction de bâtiment » ou l’extension de bâtiments existants visant à accueillir des poules pondeuses en cages.

Alice Richard, directrice du Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO), a confirmé à 20 Minutes que « la transition des modes d’élevage est effectivement un frein à l’augmentation de la production d’œufs en France » et a souligné que peu de filières animales connaissent cette situation. Le changement d’un élevage « en cage » vers un élevage de plein air entraîne des pertes de production. « Il faut savoir qu’en passant de l’un à l’autre, un éleveur peut perdre jusqu’à 20 % de sa production », a-t-elle précisé.

La consommation ayant atteint un pic depuis 2023 a exacerbé la situation des éleveurs en transition. Les problèmes d’approvisionnement sont également attribués au temps requis pour l’établissement de nouveaux élevages. Alice Richard a détaillé les étapes nécessaires à la création d’un nouvel élevage, comme l’obtention d’un prêt bancaire, la recherche d’un partenaire pour la vente de la production, le respect de contraintes techniques et sanitaires, et le lancement d’une consultation publique si nécessaire. « Ce sont des contraintes très fortes qui pèsent sur l’éleveur qui se lance généralement seul », a-t-elle ajouté, précisant qu’un délai d’un an et demi à deux ans peut s’écouler entre la décision de se lancer et le début réel de la production.

Pour la responsable du CNPO, comme l’a mentionné la ministre de l’Agriculture, l’enjeu principal réside dans « l’acceptabilité sociale » : « Beaucoup de consommateurs sont, aujourd’hui, très attentifs à la provenance des produits qu’ils consomment. Mais, a contrario, ils sont nombreux à être réticents à l’idée d’avoir des poulaillers à côté de chez eux, même s’il s’agit de petites structures. » Cela est attribué à une méconnaissance générale du secteur, qui touche toutes les filières animales.

En 2025, la France, premier producteur européen avec 15,4 milliards d’œufs produits chaque année, comptait près de 3.000 éleveurs de poules pondeuses qui, en moyenne, produisent 5 millions d’œufs par an, a précisé la directrice du CNPO. Avec un taux d’auto-approvisionnement de 95 %, il serait nécessaire d’assurer la production de 300 millions d’œufs supplémentaires par an pour répondre à la demande actuelle. À cet effet, au moins 300 nouveaux poulaillers devraient être mis en place d’ici 2030. « Mais nous sommes sur la bonne voie, a soutenu Alice Richard. En 2026, nous en sommes déjà à une centaine de plus. »

(*) Selon les chiffres transmis à 20 Minutes par le Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO).