La justice interdit les rejets des petites moules dans la baie du Mont Saint-Michel

Elles n’entrent pas dans les standards de l’AOP et doivent être rejetées. La question est désormais de savoir où. Depuis des années, les « moules sous taille » étaient déversées dans la baie du Mont Saint-Michel, dont les bancs de sable et de vase servaient de poubelle géante. Une pratique courante liée à la mécanisation de la « cueillette » des moules. Équipés de bras mécaniques, les bateaux des mytiliculteurs ne savent pas faire la différence entre la belle et la petite moule. Résultat : ils arrachent tout et embarquent l’ensemble des coquillages accrochés aux pieux. Le tri ne se fait qu’à terre. Tous les modèles de moins de 4 centimètres, trop petits pour être commercialisés, doivent être rejetés. Dans la baie de la Merveille, elles représentent 25 à 30 % des coquillages pêchés, soit plus de 3.000 tonnes qui viennent pourrir chaque année dans l’estran, générant des odeurs nauséabondes et l’arrivée massive de goélands. Tout sauf anecdotique.

Longtemps tolérée, la pratique a été encadrée cet été par un arrêté du préfet d’Ille-et-Vilaine. Un texte adopté le 21 juillet que le tribunal administratif de Rennes vient de suspendre, pour le plus grand bonheur de l’Association pays d’Émeraude mer environnement (APEME) et la Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France (SPPEF) qui l’avaient saisi. Pour statuer, la juridiction s’est appuyée sur l’absence d’étude d’impact, « laquelle devait être réalisée, le projet étant soumis à évaluation environnementale », précise le tribunal administratif. « Ces rejets massifs occasionnent des odeurs de putréfaction subies par les populations littorales de la Laronnière (Cherrueix) en particulier, encouragent la prolifération des populations de goélands avec leurs cortèges de nuisances, la dégradation de la qualité des eaux marines et des paysages », explique l’APEME dans un communiqué.

Bientôt des débouchés pour les petites moules ?

La question se pose désormais du devenir de ces petites moules. Alors que la saison n’est pas encore terminée, les pêcheurs de la baie s’interrogent. Le Comité régional de la conchyliculture de Bretagne nord qui fait autorité va devoir trouver d’autres solutions pour les rejets de ses adhérents.

La solution pourrait venir de la société Mytilimer, qui gère notamment la marque La Cancalaise. L’entreprise ambitionne de construire une usine capable de transformer ces petites moules et de leur trouver des débouchés. La chair pourrait être vendue sous forme d’arôme pour l’industrie agroalimentaire et les coquilles servir à l’alimentation animale ou le BTP. Le problème ? L’usine ne sera pas opérationnelle avant 2023, au mieux. « Avant la mécanisation, les moules sous-taille représentaient 5 % des quantités vendues. Aujourd’hui, c’est plus de 30 % ! Ce que nous aimerions, c’est que ce taux baisse, que les producteurs diminuent leurs déchets à la source », argumente Marie Feuvrier, la présidente de l’APEME.