La guerre culturelle de Noël divise plus que jamais l’Amérique

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Au début des années 2000, le débat de Noël le plus virulent aux Etats-Unis portait sur le pumpkin spice latte de Starbucks (avis tranché : c’est immonde). Mais depuis une quinzaine d’années, « Christmas » se trouve au front de la culture war qui déchire l’Amérique. Sur la religion et les traditions, le wokisme et le politiquement correct.

Faut-il dire « Joyeux Noël » à ses collègues ? Peut-on avoir un sapin à l’école ou une crèche à la mairie ? Cette année, des élus conservateurs sont passés à l’étape supérieure de la provocation, brandissant leurs fusils semi-automatiques sur leurs photos de famille.

Des photos qui passent mal après la fusillade dans un lycée

C’est Thomas Massie, un élu ultra-conservateur, qui a dégainé le premier, samedi. Le représentant du Kentucky – l’un des douze républicains qui avaient refusé de décorer des policiers du Capitole – pose avec sa femme et leurs enfants. Pas de matching PJs (pyjamas assortis) ici, mais des fusils semi-automatiques brandis fièrement, notamment des AR-15, et même une mitraillette de collection M60 pour le congressman. Et un message au Père Noël : « S’il te plaît, apporte-nous des munitions. »

Publiée quatre jours après la fusillade qui a fait quatre morts et sept blessés dans un lycée du Michigan, la photo, a, évidemment, fait des vagues. Elle a notamment été dénoncée par Fred Guttenberg, qui a perdu sa fille dans la tuerie dans un lycée de Parkland, en Floride, en 2018 : « Puisqu’on partage des photos de familles, voici les miennes. La numéro un est la dernière que j’aie prise de Jamie. L’autre est là où elle est enterrée à cause de la fusillade de Parkland. Le tireur du Michigan et sa famille avaient aussi l’habitude de prendre des photos comme la vôtre. »

Mardi, la jeune élue du Colorado Lauren Boebert, fervente partisane du 2e amendement, a répondu à Thomas Massie, posant avec ses quatre fils tenant chacun une arme à feu. Le plus jeune a 8 ans.

« Joyeux Noël » vs « Joyeuses fêtes »

Le rift culturel de Noël n’a pas commencé par la politique mais dans la grande distribution. En 2005, les géants Walmart et Target, parmi d’autres, remplacent « Merry Christmas » par « Happy Holidays » dans leurs campagnes publicitaires, par souci d’inclusivité. Le clash est immédiat. La Ligue catholique pour les droits civiques et religieux entame une croisade contre une campagne « anti-chrétienne ». Très influent à l’époque, le présentateur vedette de Fox News, Bill O’Reilly, s’en mêle. L’année suivante, Walmart et Target font machine arrière. Best Buy refuse, soulignant que « toutes les fêtes (de fin d’année) sont importantes » : Noël, mais aussi Hanoukka ou Kwanzaa, célébré par les Afro-Américains.

En arrivant à la Maison Blanche, Barack et Michelle Obama rompent avec la tradition de leurs prédécesseurs. La carte de vœux officielle de 2009 ne mentionne plus Noël. La war on Christmas devient un sujet annuel sur Fox News, qui oublie les dizaines de fois où le président américain a dit « Joyeux Noël », notamment dans la vidéo traditionnelle de fin d’année.

En 2015, c’est Starbucks qui dégaine des gobelets rouges et verts mais, sacrilège, sans ornement de Noël ni de Rudolph. Donald Trump, alors candidat à la primaire républicaine, se positionne. Il suggère un boycott de la chaîne de Seattle et le jure : « Si je deviens président, on dira tous  »Joyeux Noël » ! ». Pour les candidats républicains, surfer sur la culture war – que ce soit sur la critical race theory ou la fausse « cancellation » de Dr Seuss – semble galvaniser l’électorat conservateur, comme en Virginie le mois dernier.

Alors que les esprits s’échauffent à nouveau à l’approche du 25 décembre, il y a déjà une victime collatérale : la structure en forme de sapin trônant devant les bureaux de Fox News a été incendiée par un sans-abri dans la nuit de mardi à mercredi. Ainsley Earhardt, une présentatrice de l’émission Fox & Friends, a dénoncé une attaque « contre un arbre qui nous unit tous. Il représente l’esprit de Noël, les fêtes de fin d’année, Jésus, Hanoukka. » Ou pas.