La France à un tournant démographique : moins de naissances, plus de décès.
Entre janvier et novembre 2025, le nombre de naissances quotidien moyen a reculé de 2,4 % par rapport à la même période l’année précédente, selon des données de l’Insee. En parallèle, entre janvier et octobre 2025, le nombre de décès a progressé de 1,4 % par rapport à la même période l’année précédente, selon les dernières données disponibles de l’Insee.
D’un côté, les naissances sont en baisse et devraient atteindre leur plus bas niveau pour l’ensemble de 2025. De l’autre, les décès augmentent. Ces tendances, amorcées depuis longtemps, se sont accentuées ces dernières années. Entre janvier et novembre 2025, le nombre moyen de naissances par jour a baissé de 2,4 % par rapport à la même période de l’année précédente, selon les données de l’Insee publiées jeudi.
En novembre dernier, un peu plus de 51.000 bébés sont nés, portant le total à 590.000 nouveau-nés pour les onze premiers mois de 2025, indique l’Institut national de la statistique. Pour l’année complète, ce chiffre devrait atteindre son plus bas niveau depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale pour la quatrième année consécutive.
Ce nouveau recul des naissances s’inscrit dans une tendance de long terme. En France, le nombre de bébés a diminué chaque année depuis 2011, excepté en 2021, qui a connu un léger rebond après les confinements liés au Covid-19. Cette baisse s’explique principalement par une diminution de la fécondité (nombre d’enfants par femme). L’indicateur conjoncturel de fécondité s’est établi à 1,62 enfant par femme en 2024, contre 1,66 en 2023.
Pour Catherine Scornet, maîtresse de conférences à l’Université d’Aix-Marseille, le déclin des naissances découle aussi d’une évolution sociétale depuis les années 1960 : « La promotion de l’individu, libre de mener la vie qu’il entend. » « Il est possible aujourd’hui d’assumer un choix de vie épanouissant avec peu d’enfants, voire sans », explique-t-elle à l’AFP. À cela s’ajoutent des facteurs conjoncturels : craintes pour l’avenir de la planète, coût de la vie élevé, difficultés à accéder à un emploi stable et à un logement.
Ce déclin de la natalité suscite des inquiétudes au sein de la classe politique, notamment concernant le financement du système de protection sociale, en particulier des retraites. Cela avait amené le président Emmanuel Macron à appeler à un « réarmement démographique » du pays.
Pour encourager la natalité, le gouvernement a récemment instauré un congé de naissance indemnisé de deux mois maximum par parent, s’ajoutant aux congés maternité et paternité. « Une telle mesure est positive mais ne bouleversera pas la tendance », estime Catherine Scornet. « Il faudrait un ensemble de politiques qui amélioreraient les conditions d’accueil d’un enfant », souligne-t-elle, en parlant de politiques de soutien à l’emploi des jeunes, d’accès au logement et à un mode de garde.
Bernard Tranchand, président de l’Union nationale des associations familiales (Unaf), précise « qu’il faut lever les freins pour permettre aux familles d’avoir autant d’enfants qu’elles le souhaitent ». Les freins de nature « matériels » expliquent selon ses sondages « largement » l’écart entre le nombre d’enfants désirés et la composition réelle des familles.
Parallèlement à la chute des naissances, le nombre de décès augmente en France, en raison de l’arrivée à des âges de forte mortalité des générations nombreuses du baby-boom. Entre janvier et octobre 2025, les décès ont progressé de 1,4 % par rapport à la même période de l’année précédente, d’après les dernières données disponibles de l’Insee.
En conséquence, en 2025, il se pourrait que le nombre de décès dépasse celui des naissances en une année civile, pour la première fois depuis 1944. Un solde naturel de population négatif « est de l’ordre du possible », avait déjà indiqué l’Insee à l’AFP en juillet dernier. Ce phénomène, anticipé par les démographes, se produira cependant plus tôt que prévu. Une étude de l’Insee publiée fin 2021 avait prédit ce tournant pour 2035.
« C’est inéluctable, pour au moins les dix à vingt années à venir » le solde naturel sera négatif, souligne Magali Barbieri, directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined), auprès de l’AFP.
Si ce changement intervient dès cette année, « cela accroîtra la pression sur les politiques pour envisager des réformes afin de s’ajuster à ces changements démographiques », indique-t-elle. Au-delà du financement des retraites et de la dépendance, le gouvernement devra repenser notamment l’organisation des écoles et la gestion du corps enseignant pour faire face à une population vieillissante et un nombre d’enfants en baisse.

