« La France a un incroyable talent » : A Bridget et aux « what the fuck », le divertissement reconnaissant

Cela ne pouvait pas bien se terminer pour Bridget dans La France a un incroyable talent. Déjà, cela avait mal commencé. Son portrait, diffusé mercredi soir sur M6 dans le premier épisode de la seizième saison, s’est ouvert sur les notes du générique d’Alerte à Malibu. Disposer d’une profonde expertise de la narration télévisuelle n’est pas nécessaire pour deviner que, dans sa tenue turquoise et légère, elle allait boire la tasse.

La quadra, venue de Lyon, a expliqué avoir choisi son pseudo, « qui est l’anglais de Brigitte », parce qu’elle chante « dans toutes les country [sic] ». Lorsqu’elle a listé ses passions on a définitivement  compris que la séquence partait en aquaplaning sur l’autoroute de la moquerie. Elle aime « le chant, la danse » et elle a « aussi des dons médiumniques ». « Je ressens les choses, je vois l’invisible, je parle avec l’invisible », a-t-elle dit pendant qu’à l’image on la voyait renifler la végétation de Rueil-Malmaison où a été tournée l’émission. Ces fichus brins d’herbes ne lui ont pas permis de flairer le traquenard.

« Les carabins et ceux qui pensent avoir le talent de Julien Doré »

Bridget est l’illustration parfaite de ce qui, dans le jargon Incroyable talent, est appelé un candidat « what the fuck ». Une expression que l’on peut traduire en français à peu près par « C’est quoi ce bordel ? » ou, dans le contexte du talent show de M6, « Mais qu’est-ce que c’est que ce délire ? »

Marianne James, interrogée sur le sujet en conférence de presse, distingue deux sous-catégories : « Il y a celui qui est en deuxième année de médecine, un carabin, qui a fait un pari avec ses potes et qui n’en a rien à faire qu’on dise oui ou non, parce que, de toute façon il a déjà bu les canons. Et puis il y a ceux qui pensent avoir le talent de Julien Doré. Bridget, elle y croyait. »

Il faut ajouter les vrais-faux foldingos tels que Téo Lavabo qui a ambiancé son monde l’an passé avec sa Chipolata mais qui, loin des caméras et de sa combinaison moulante, est capable de raconter comment il a construit son personnage. « Quand tu parles avec lui, c’est un garçon gentil, très attachant », glisse d’ailleurs Hélène Ségara à son sujet. Marianne James reprend : « On a eu cette année, une comédienne qui jouait bien la nana perchée, qui disait être médium. Les trente premières secondes, c’est tellement bien fait que tu ne sais pas si c’est un what the fuck ou quelqu’un qui joue ça. »

« Le point négatif, c’est que tu entres encore dans ce costume »

Il ne faut donc pas juger sur les apparences. Héléne Ségara, avant de découvrir le numéro de Bridget, lui a laissé le bénéfice du doute : « Je ne savais pas à quoi m’attendre, ni si c’était du lard ou du cochon. » Quelques instants plus tard, la deuxième option s’est avérée.

Avec Cherche le soleil, chanson qu’elle dit avoir composée en 2011 « exprès pour cette pandémie » de Covid-19 qu’elle aurait donc prédit, la candidate a surtout trouvé deux croix rouges, une fin de non-recevoir et un lot de moqueries de la part du jury. « Cherche le soleil… Cherche un styliste, cherche un prof de chant », s’est marré Eric Antoine. Sugar Sammy, a été encore davantage désobligeant en lançant : « Le point positif, c’est que tu entres encore dans ce costume. Le point négatif, c’est que tu entres encore dans ce costume. »

Le public dans la salle s’est marré mais on a le droit de rester circonspect face à ce scud déguisé en compliment. « Excusez-moi, mais c’est un mot d’auteur. C’est super drôle ça ! », l’a défendu Marianne James en conférence de presse. « Les ados de ma famille attendent les vannes de Sammy, a plaidé à son tour Hélène Ségara. Cette année, il a fait un festival. »

Les commentaires « un peu poivrés »

L’interprète d’Il y a trop de gens qui t’aiment, elle, a été plutôt bienveillante envers Bridget. « Elle était tout sauf désagréable, cette fille, souligne-t-elle. Je suis contente de ne pas l’avoir allumée parce qu’elle avait un grand sens de l’humour. Elle a compris que je ne suis pas entrée dans sa chanson. Son look, n’en parlons pas. Je pense qu’elle aurait pu travailler autre chose. »

Face aux candidats aux talents farfelus, improbables ou inexistants, « vaut-il mieux ne rien dire ? Dire ce qu’on en pense ? Ou s’en amuser, c’est-à-dire se moquer ?, s’interroge Marianne James. Les trois postures sont dures. » Elle reconnaît cependant que les commentaires du jury peuvent être « un peu poivrés » et que « l’atterrissage peut être un peu dur » pour les candidats. Il n’empêche que le public est au spectacle et se contente de huer avec une virulence bon enfant les commentaires qu’il juge déplacés.

« Qu’importe, ces candidats font un show »

« On est aux jeux de la Rome antique, ça n’a pas changé, je le dis toutes les années. Oui, cette émission flatte aussi les mauvais sentiments du téléspectateur. Qu’importe, [ces candidats] font un show. » Marianne James appuie son propos sur les audiences décevantes de La Bataille du jury, l’édition spéciale de La France a un incroyable talent diffusée sur M6 mi-2020. « On s’est ramassés alors qu’il y avait les meilleurs des meilleurs des 12 saisons. C’était la plus belle des émissions. Qu’est-ce qu’il n’y avait pas dedans ? Les what the fuck. »

Balayons devant notre canapé : ce qui nous plaît, dans la compétition de M6, c’est la diversité des propositions. Voir des zazous reprendre du Mozart au kazoo ou s’enjailler sur des refrains improbables (exemples non contractuels), c’est amusant et cela permet de reprendre ses esprits après une chorégraphie belle à pleurer ou de relâcher la tension provoquée par un spectaculaire numéro d’acrobaties.

A qui serait tenté se moquer des plus rigolos, concluons avec la sagesse d’Hélène Ségara : « La nature humaine, c’est ça : même dans une émission de divertissement, on a besoin d’aller trouver celui qui pour soi ou pour l’autre va être le winner et celui qui va être le loser. Mais on est tous le loser de quelqu’un. »