La famille Méchinaud, un cold case français, demeure un mystère.
La famille Méchinaud, composée de Jacques, Pierrette et de leurs deux fils, Eric et Bruno, a disparu le soir de Noël 1972 en rentrant de Cognac vers Boutiers-Saint-Trojan. En mars 2025, la juge d’instruction Fabienne Bernard reprend le dossier et s’apprête à diligenter de nouvelles fouilles.
Le mystère entourant la disparition de la famille Méchinaud, survenue lors de la veille de Noël en 1972, sera-t-il un jour résolu ? Ce cold case, le plus ancien traité par le pôle spécialisé de Nanterre, n’a jamais livré d’élément matériel décisif et aucune piste n’a abouti. La famille—Jacques, un électromécanicien de 31 ans, Pierrette, une femme au foyer de 29 ans, et leurs deux fils, Eric et Bruno, âgés de 7 et 4 ans—semble s’être évaporée en Charente en rentrant d’une soirée de réveillon. Cependant, la justice n’a pas encore dit son dernier mot. La juge d’instruction Fabienne Bernard, qui a repris le dossier en mars 2025, projette de nouvelles fouilles, selon des sources concordantes rapportées par 20 Minutes, confirmant une information d’Ouest France.
« En réexaminant le dossier, il est apparu que certains lieux qui n’ont pas encore été fouillés doivent l’être », déclare Me Marine Allali, avocate de la sœur de Pierrette. « Étant donné qu’il n’y a pas d’éléments matériels, nous devons tenter d’en trouver. La voiture de la famille et potentiellement les corps doivent être quelque part. » Malgré d’intenses recherches, la Simca 1.100 Grenat appartenant aux Méchinaud n’a jamais été retrouvée. La question demeure : peut-on disparaître sans laisser la moindre trace ?
Retour en décembre 1972. La famille Méchinaud a célébré le réveillon à Cognac, chez des amis. Leur hôte affirme que la soirée s’est déroulée « le plus normalement du monde ». Vers 1 heure du matin, Jacques, Pierrette et leurs enfants prennent la route pour rentrer à Boutiers-Saint-Trojan, situé à 3,7 km. Ils ne regagneront jamais leur domicile. Le 6 janvier, le père de Pierrette signale leur disparition aux gendarmes, préoccupé de n’avoir reçu aucune nouvelle. À l’intérieur de leur maison, le temps semble s’être arrêté : les cadeaux sont encore au pied du sapin et une dinde ainsi que des huîtres se trouvent dans le réfrigérateur, en état de décomposition.
L’hypothèse d’un accident est considérée, d’autant plus qu’une partie du trajet longe le fleuve de la Charente. Un hélicoptère survole la zone et les eaux sont sondées, mais aucune trace de la voiture n’est retrouvée. Le profil du couple est également examiné. Les enquêteurs découvrent que Pierrette avait un amant, Maurice B., le fils du voisin, qui avoue facilement que Jacques Méchinaud avait récemment appris leur liaison. Le mari trompé aurait-il cherché à se venger ? Les amis présents lors de la soirée affirment n’avoir pas ressenti de tension entre les époux, mais cette piste n’a jamais été écartée.
Aujourd’hui, selon le parquet, aucune piste n’est privilégiée, bien que certaines aient été écartées. La thèse avancée par Maurice B. depuis cinquante ans, selon laquelle la famille se serait installée en Australie, a été vérifiée. Les papiers d’identité de la famille ont été retrouvés chez eux et leurs comptes bancaires n’ont jamais été actifs. « C’est une hypothèse rapidement jugée peu probable ; on ne disparaît pas sans laisser de traces », affirme Me Marine Allali.
L’enquête est classée l’année suivante, faute d’indices. Ce n’est qu’en 2001, avec l’arrivée de l’adjudant-chef Stéphane Chalumeau à la brigade de Cognac, que les investigations reprennent. « À mon arrivée, j’ai trouvé une caisse contenant plusieurs dossiers non résolus. Celui-ci comptait une dizaine de pages », se souvient l’ancien gendarme, interviewé par 20 Minutes. Pendant dix ans, il se penche sur le dossier, notant des incohérences et des hypothèses à vérifier. En 2011, il contacte le parquet et l’enquête est officiellement rouverte. Une vaste opération de fouille, nommée Bruneri 47, est alors lancée.
Des moyens importants sont mobilisés. La Charente est draguée plus intensément que lors de la première recherche, mais en vain. En 2013, une Simca grenat est repêchée, sans correspondance avec le véhicule des Méchinaud. Plusieurs cavités et carrières sont explorées, ainsi que des zones forestières et le port de La Rochelle, sans résultats concluants. En 2020, un courrier anonyme relance l’enquête, visant Maurice B., qui vit toujours dans le village. Son domicile est perquisitionné et son terrain fouillé, mais aucune implication n’est prouvée.
« Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir, mais si de nouvelles fouilles ont lieu, cela signifie que l’enquête est toujours en cours », déclare Stéphane Chalumeau, convaincu que le dossier pourrait un jour trouver une solution. En 2023, il a été transféré au pôle cold case de Nanterre.
Le temps, cependant, joue contre cette affaire atypique. Des témoins sont décédés, et les lieux ont changé. Les souvenirs des personnes interrogées peuvent se révéler imprécis ou flous. « Le temps n’aide pas, mais des informations peuvent parfois resurgir des années après. Des personnes, désirant alléger leur conscience, peuvent se manifester », souligne le gendarme. Par ailleurs, un nouvel examen du dossier peut parfois permettre de dégager de nouvelles pistes à explorer.

