La famille d’Ismaël ne participe pas à l’enquête sur le meurtre raciste
La famille d’Ismaël Aali, un jeune homme de 20 ans retrouvé mort dans l’étang de Prin le 6 janvier, ne reçoit des informations sur l’enquête « que par la presse ». Ismahen, membre du collectif On s’en mêle 69, a déclaré que « la famille demande c’est que le corps soit rendu et que la lumière soit faite sur les circonstances du drame ».
« Des réponses, c’est tout ce que la famille veut pour se sentir un peu considérée. » Depuis deux semaines, les proches d’Ismaël Aali, un jeune homme de 20 ans originaire de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) retrouvé mort dans l’étang de Prin, à Loire-sur-Rhône, au sud de Lyon, sont informés de l’avancée de l’enquête « seulement par la presse ». On s’en mêle 69, une organisation politique de militants des quartiers populaires, proche de la famille, dénonce cette situation.
« Le corps d’Ismaël a été découvert le 6 janvier, nous sommes le 20 janvier et nous ne savons toujours pas ce qu’il en est de cette affaire », déclare Ismahen, membre du collectif. Elle rappelle qu’un suspect a été interpellé après la découverte du cadavre et placé en détention provisoire. « Une information judiciaire a été ouverte pour meurtre en raison de la race, l’ethnie, la nation ou la religion et la famille », avait précisé le parquet de Lyon.
« La famille a pris connaissance de ces éléments par les médias, poursuit Ismahen. C’est simple, la seule fois où elle a été sollicitée, c’est quand elle a été appelée pour reconnaître le corps. Depuis, il n’y a plus rien. Aucune information de la justice. À ce jour, la mère d’Ismaël n’a pas pu revoir son enfant et ne sait pas quand elle pourra l’enterrer, pour lui dire au revoir. Elle n’a pas l’impression d’être considérée comme une famille victime et ressent surtout un sentiment d’être tenue à l’écart. »
Face à cette situation, l’avocat dijonnais Bruno Nicolle, représentant la famille, a tenté d’obtenir des éléments du juge d’instruction, sans succès, a-t-il déclaré au Progrès. Selon Ismahen, le corps est toujours sous scellé avec « un obstacle judiciaire ». « Mais nous ne savons pas sur quoi porte cet obstacle », souligne-t-elle. « Tout ce que la famille demande, c’est que le corps soit rendu et que la lumière soit faite sur les circonstances du drame », rapporte la membre du collectif. D’après les premiers éléments de l’enquête, Ismaël était arrivé à Lyon la semaine de son meurtre dans le but de trouver un emploi. « Il avait été en contact avec le suspect pour du travail », relate Ismahen.
Contacté par 20 Minutes, le parquet de Lyon indique que, dans cette affaire, « une information judiciaire a été ouverte et un juge d’instruction est désormais saisi ». « Pour obtenir les informations demandées, la famille doit se rapprocher de l’avocat désigné dans sa constitution de partie civile. Celui-ci pourra leur apporter les réponses attendues », ajoute-t-il. Il précise aussi que « le juge d’instruction a écrit ce jour [mardi] à la famille pour leur expliquer les raisons qui retardent la délivrance du permis d’inhumer ».
En dehors d’une « meilleure communication », On s’en mêle 69 demande que « la nature du crime soit clairement qualifiée ». « La famille est déterminée à faire en sorte que la mort de son garçon ne passe pas inaperçue. Nous craignons que ce meurtre d’un jeune arabe soit encore silencié », souligne la membre du collectif. Elle ajoute : « Nous sommes dans un contexte de racisme décomplexé où des violences à caractère raciste tendent à se banaliser. » Ismahen évoque également un incident récent dans la région.
Lundi matin, un lycéen de 17 ans a été violemment agressé devant son immeuble, à Décines-Charpieu, près de Lyon, par trois personnes encagoulées et vêtues de noir. Dans sa plainte, l’adolescent d’origine syrienne a indiqué qu’il avait eu les sourcils rasés et le visage lacéré par plusieurs individus qui ont proféré des injures raciales et religieuses.
Ismahen mentionne aussi l’agression d’un médecin dans la même commune, survenue en juin dernier. « La mobilisation de tous et toutes est une nécessité contre ces actes qui vont à l’encontre même du principe républicain », conclut-elle, « très inquiète ». Dimanche, elle se joindra à la famille lors d’un rassemblement prévu devant les 24 colonnes, à 15 heures.

