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La faim : qu’est-ce que le Korean Ozempic de Kylie Jenner ?

Kylie Jenner présente un nouveau produit nommé « cutting jelly », qu’elle décrit comme son « favori » du moment, dans une vidéo sur les réseaux sociaux. Ce complément alimentaire liquide, populaire en Corée du Sud, est principalement composé d’eau, de fibres et d’agents gélifiants.


Ça faisait longtemps qu’un produit « miracle » censé transformer le corps des femmes n’avait pas fait surface. Dans une vidéo courte, Kylie Jenner présente un nouveau stick de gel coloré comme son « favori » actuel. Ce produit, nommé « cutting jelly », est souvent désigné sous le terme de « Korean Ozempic ». Bien qu’il fasse le buzz sur les réseaux sociaux, il ravive aussi le débat sur la responsabilité des célébrités quant à la promotion de solutions minceur déguisées.

« Ce n’est pas une gelée typique, c’est une « cutting jelly » pour la digestion, pour dégonfler… Mon objectif, c’est de grignoter moins pour la nouvelle année », déclare Kylie Jenner dans sa vidéo. Ce produit, présenté comme une aide à la digestion, pour réduire les ballonnements et favoriser la satiété, incite à manger moins. Cette exposition sur les réseaux interroge le public.

### Un complément alimentaire, pas un produit miracle

Malgré son apparence sympathique, la cutting jelly n’est ni un bonbon ni un dessert. Il s’agit d’un complément alimentaire liquide, en vogue depuis des années en Corée du Sud. Sa composition est relativement simple. « Le cutting jelly est essentiellement composé d’eau, de fibres et d’agents gélifiants. Son intérêt découle de la présence de fibres solubles, susceptibles de ralentir légèrement la vidange gastrique et de provoquer une sensation de satiété temporaire », explique Landry Courbet, diététicien-nutritionniste engagé dans la lutte contre la désinformation en nutrition. Faible en calories, il est consommé pour sa capacité à procurer une sensation de satiété.

En pratique, l’effet de ce produit reste limité. « On peut s’attendre à une sensation de remplissage de l’estomac, semblable à celle d’un aliment riche en fibres ou même d’un verre d’eau ingéré avant un repas. En revanche, il n’existe pas de données scientifiques robustes montrant un impact significatif sur la digestion au sens métabolique, ni sur la perte de poids durable », précise-t-il.

### Une comparaison trompeuse avec l’Ozempic

Sur les réseaux sociaux, le terme « Ozempic coréen » s’est rapidement répandu. Cette appellation est jugée infondée par les spécialistes. « On oppose ici deux catégories totalement différentes. D’un côté un complément alimentaire, de l’autre un médicament soumis à des essais cliniques rigoureux et prescrit dans un cadre médical précis », souligne Landry Courbet.

Les traitements à base de GLP-1 (comme l’Ozempic) agissent sur des mécanismes hormonaux complexes liés à l’appétit et à la glycémie. « Le cutting jelly n’a aucun effet prouvé sur ces mécanismes. Cet amalgame banalise l’usage de médicaments puissants, tout en créant une illusion d’efficacité et de sécurité pour des produits qui ne sont pas évalués selon les mêmes normes », avertit le diététicien.

### Couper la faim plutôt que de l’écouter

Au-delà de son efficacité, ce produit soulève des questions sur le rapport à l’alimentation qu’il promeut : « Chercher à inhiber la faim plutôt qu’à la comprendre peut fragiliser la relation à l’alimentation. La faim est un signal physiologique essentiel, pas un ennemi », rappelle Landry Courbet.

Le véritable risque réside dans le recours répété à ce type de solution, qui peut entraîner une déconnexion des sensations corporelles. « À long terme, cela peut favoriser des cycles de restriction et de compensation, et même accroître la culpabilité alimentaire lorsque le produit ne satisfait pas ses promesses. En tant que diététicien, je ne suis donc pas en faveur de cette promesse », note-t-il.

### Un succès révélateur de la pression esthétique

« Le succès de ces produits s’inscrit dans un contexte de pression esthétique très forte, exacerbée par les réseaux sociaux et la mise en avant de corps normés, souvent retouchés ou irréalistes. Ces formats viraux offrent des solutions rapides, simples et présentées comme « naturelles », ce qui est particulièrement séduisant dans un quotidien où les injonctions à la minceur sont omniprésentes », analyse le diététicien. Une banalisation d’autant plus marquée lorsqu’elle est relayée sur les réseaux sociaux.

Pour Landry Courbet, le message est clair : il n’existe pas de solution minceur universelle, rapide et sans conséquences. La perte de poids, si elle est souhaitée, ne peut pas se résumer à un produit isolé, insiste-t-il.

Avant de chercher à calmer sa faim, il encourage à s’interroger sur ce qui influence réellement notre appétit : l’apport énergétique, la qualité de l’alimentation, le rythme des repas, le sommeil, le stress ou la charge mentale. « Prendre soin de son corps, ce n’est pas le contraindre à se taire, c’est apprendre à l’écouter », conclut-il.