La Commission Inceste appelle les pouvoirs publics à agir

La Commission Inceste a lancé son appel à témoignages il y a un an. Dans un rapport attendu ce mercredi, elle veut porter la voix des 16.000 victimes de violences sexuelles dans l’enfance qui lui ont confié leur traumatisme et appelle les pouvoirs publics à adopter cinq mesures d’urgence.

La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) dressera le bilan des conséquences traumatiques que ces violences vécues dans l’enfance ont provoquées sur les adultes d’aujourd’hui, sur leur santé physique et psychique, dans leur vie affective, sexuelle, professionnelle.

Cinq grandes mesures

Mais elle appelle aussi les pouvoirs publics à passer à l’action, en adoptant cinq mesures : repérage systématique, création d’une cellule de soutien pour les professionnels, moyens renforcés pour lutter contre la cyber-pédocriminalité, lancement d’une grande campagne nationale, remboursement des soins spécialisés en psycho-trauma.

« Les débats sur le vote du budget 2023 vont s’ouvrir, c’est le moment de mettre en avant cinq de nos préconisations. Nous les avons traduites en mesures réalistes et réalisables afin que les parlementaires s’en saisissent », a déclaré au Journal du dimanche ce week-end le juge Edouard Durand, coprésident de la Ciivise. « Ces 160.000 enfants victimes chaque année, il faut aller les chercher avant leurs 44 ans, âge moyen de nos témoins », plaide-t-il.

Toujours « leur poser la question »

Infirmières scolaires, assistantes sociales, médecins : tous les professionnels en contact avec les enfants doivent leur poser la question, recommande la Ciivise. Mais ils doivent aussi être épaulés par une « cellule de soutien et de conseil », disponible par téléphone, pour savoir comment réagir en cas de révélation.

« Un médecin libéral, isolé dans son cabinet, face à un enfant qui lui confie être victime, se trouve dans une situation de stress. Il doit pouvoir appeler une cellule de soutien pluridisciplinaire, où il va pouvoir parler à autres médecins qui vont l’aider à rédiger le signalement », déclare le juge Durand. Les services de police judiciaire spécialisés dans la cyber-pédocriminalité doivent obtenir plus de moyens humains et matériels, alors que le « grooming » (approcher un enfant par l’Internet pour l’agresser sexuellement) a bondi.

La France en retard

« Les enquêteurs de l’Office central spécialisé peuvent savoir en temps réel qui consulte des fichiers pédopornographiques. Ils ont pu identifier des enfants séquestrés à l’étranger et les libérer avec les autorités policières de ce pays », a expliqué le juge Durand au JDD.

Mais en France, on ne compte qu’un enquêteur spécialisé pour 2,2 millions de personnes, contre « un pour 100.000 » aux Pays-Bas et « un pour 200.000 » en Grande-Bretagne, selon la Ciivise, composée de 25 experts de divers horizons (pédiatrie, psychiatrie, gendarmerie, avocat…). Pour les victimes, la Ciivise appelle à leur garantir des soins spécialisés en psychotrauma, remboursés.

#MeTooInceste

« Certains nous disent : « Je me suis ruiné pour payer les soins » ou « Je ne peux pas emmener mon enfant à des soins spécialisés en psychotrauma car je n’ai pas les moyens » », indique le juge Durand. La Ciivise a lancé ses travaux dans le sillage de la publication en janvier 2021 de « La familia grande », le livre de Camille Kouchner accusant son beau-père, le politologue Olivier Duhamel, de viols sur son frère jumeau.

Ce récit avait provoqué une onde de choc, avec des milliers de témoignages déferlant sur les réseaux sociaux sous le mot-dièse #MeTooInceste. En septembre 2021, la commission a lancé un appel à témoignages, sur son site et sur une ligne téléphonique dédiée. Dès les premières heures, elle a reçu des centaines d’appels.

Une personne sur dix victimes de violences sexuelles dans l’enfance

Depuis un an, elle a organisé des réunions publiques à travers la France, de Nantes à Strasbourg, de Lille à Avignon. Là, les victimes évoquent leur situation au micro qui circule dans la salle. Sortant de leur solitude et du mutisme, elles nouent des liens entre elles et avec des associations.

Une réunion publique aura lieu mercredi à Paris, après deux précédentes à guichets fermés dans la capitale. En un an, la commission a ainsi recueilli 16.454 témoignages. Selon la Ciivise, une personne sur dix a été victime de violences sexuelles dans son enfance.