La CGT dénonce la « maltraitance » du CHU de Nantes envers les patients et soignants

« En mars 2020, Macron disait qu’on était tous des héros. Aujourd’hui je peux vous dire que les héros sont à bout, avec le sentiment d’être déconsidérés. » A l’image de Jean-Luc Landas, ancien anesthésiste et membre de la coordination nationale des comités de défense des hôpitaux, le syndicat CGT a décidé de taper du poing sur la table pour dénoncer la situation « préoccupante » du CHU de Nantes. Destinataire de nombreux témoignages « alarmants » venant des soignants, le syndicat vient d’adresser un signalement au procureur de la République dans lequel il pointe un « allongement des délais de prise en charge des patients » et une « dégradation supplémentaire des conditions de travail » du personnel. En cause : le manque d’effectif constaté dans tous les services, notamment en psychiatrie, gérontologie, cardiologie et aux Urgences. « L’absentéisme s’est considérablement aggravé depuis un an, dépassant les 12 % sur le premier semestre 2022. Les démissions ont bondi de 30 % en un an. Et comme l’établissement ne parvient plus à recruter, faute de candidats, on ferme des lits. A la maternité, on refuse même des inscriptions », déplore Olivier Terrien, secrétaire général CGT du CHU de Nantes. 

« Ils disent stop et se barrent »

Le syndicat raconte les demandes de mises en disponibilité de « jeunes urgentistes après seulement trois années de formation », les départs vers le privé de « médecins expérimentés lassés de devoir déprogrammer des interventions » ou ces soignants qui, après avoir répondu présents pendant la crise sanitaire, ont décidé carrément de « changer de métier ». « On les a tellement maltraités ces dernières années qu’ils disent stop et se barrent », analyse Jean-Luc Landas. Si le constat n’est « pas propre au CHU de Nantes », la situation serait accentuée localement par les « recherches d’économie » servant à « financer le nouvel hôpital » prévu pour 2027 sur l’île de Nantes, estime la CGT.

Jean-Luc Landas, Olivier Terrien, Florian Vivrel et Gilles Diblar, syndiqués CGT.
Jean-Luc Landas, Olivier Terrien, Florian Vivrel et Gilles Diblar, syndiqués CGT. – F.Brenon/20Minutes

Le syndicat évoque aussi la détresse du personnel resté en poste. « La fatigue, les violences de certains patients, on en a l’habitude. Mais ce qui est le plus dur, c’est le sentiment de ne pas réussir à remplir notre mission », témoigne Béatrice, infirmière en psychiatrie, service où le nombre de suicides de malades au sein même des unités aurait sensiblement augmenté en raison d’un « défaut de surveillance » lié au sous-effectif . « On a beaucoup parlé d’Orpea mais ce qui se passe au sein du CHU, c’est aussi inadmissible. On fait de l’usinage. C’est de la maltraitance institutionnelle », ajoute Gilles, aide-soignant en gérontologie. Autre exemple cité: « quand les délais d’opérations passent de 3 mois à 8 mois d’attente en chirurgie cardiaque pédiatrique, c’est une perte de chance pour l’enfant », complète Olivier Terrien.

Craignant des « drames humains », la CGT demande désormais des « mesures urgentes » à l’Etat. Parmi lesquelles la titularisation des agents contractuels, la revalorisation des salaires et un plan de formation ambitieux. « Il faut que la profession redevienne attractive. Sans ça personne ne voudra venir et on ne s’en sortira pas », considère le représentant de la coordination nationale des comités de défense des hôpitaux.

Sollicité par 20 Minutes, le CHU de Nantes n’a, pour l’heure, pas répondu.