La canicule accélérateur de la conscience écolo? «Une fois l’événement passé, il va être assez rapidement oublié»

Il faut chaud, mais on préfère quand même acheter une clip que réduire nos déchets. — Alvaro Barrientos/AP/SIPA

  • Depuis une semaine, c’est le branle-bas autour de la canicule en France.
  • Même si l’on confond souvent météo et climat, comme le rappelle Karine Weiss, professeure de psychologie sociale à l’université de Nîmes, c’est pour une fois un effet palpable du réchauffement climatique qui a lieu.
  • De quoi faire changer nos comportements face à la menace ? Pas vraiment. D’après elle, le problème, comme les solutions, restent trop abstraites.

C’est à la une de nos journaux plus souvent que la question de l’érosion des côtes, de l’augmentation du niveau de la mer ou bien d’autres conséquences du dérèglement climatique : la canicule prend, elle, littéralement à la gorge des millions de Françaises et de Français et leur conscience écologique… ou pas.

Karine Weiss est professeure de psychologie sociale à l’université de Nîmes et elle ne croit pas qu’un évènement comme celui-là, si marquant sur le coup, puisse faire avancer nos comportements écoresponsables. La faute, en partie, à des messages inefficaces. Car l’humain est compliqué, « ni complètement rationnel, ni complètement émotionnel ».

Une canicule, comme celle que l’on vit, peut-elle être propice à une plus grande conscience de la crise climatique ?

C’est vrai qu’on confond météo et climat. Quand on a des événements météorologiques forts, quand on a une canicule ou une tempête ou quelque chose d’inhabituel, on va être plus vigilant parce que ce sont des signes de dysfonctionnement que l’on peut percevoir. Alors que le changement climatique plus global, on ne le perçoit pas. Nos sens ne permettent pas de voir ce qui se passe. On ne perçoit que des indicateurs, et la canicule est un indicateur fort.

Même si ça n’est qu’un indicateur, dans une optique de prise de conscience de la population du problème des changements climatiques c’est toujours bon à prendre ?

Tout est bon à prendre ! Mais, après, une fois l’événement passé, il va être assez rapidement oublié. On est dans une impasse face à cette question-là dans la mesure où, finalement, on n’a pas beaucoup de moyens d’action. Qui semblent concrets et efficaces. Du coup, alerter les individus en ne donnant pas de solutions c’est très compliqué. Les solutions qui peuvent être mises en œuvre au niveau individuel, je ne dis pas qu’elles n’existent pas, mais elles paraissent parfois tellement éloignées face à l’ampleur du problème qu’il y a une espèce d’impuissance perçue qui fait qu’on a tendance à ne pas agir.

Comme avec la chaleur, sur les changements climatiques, on est un peu accablés, chacun à son petit niveau.

Oui, effectivement, on peut dire ça ! Il y a à la fois des discours urgentistes, de collapsologie, qui disent que la Terre va disparaître : ce n’est pas un discours qui pousse à l’action, on sait que l’appel à la peur ça ne marche pas, parce qu’on va se trouver, justement, complètement démunis face à ce type d’informations. Et d’un autre côté, un discours qui le serait moins, nous laisserait plus de temps pour agir, ne passerait pas très bien non plus. Donc il n’y a pas beaucoup de changements. Les personnes qui sont déjà conscientes du fait qu’il faut agir, et qui savent quoi faire, le font déjà. Il y a déjà pas mal de milieux où les individus commencent à faire attention à leur consommation d’énergies, à être plus écoresponsables, etc. Mais ceux qui ne le font pas ce n’est pas un événement comme la canicule qui va les amener à le faire. Au contraire : les gens pensent plus à installer une clim chez eux plutôt qu’à faire des économies d’énergie. On est sur des réponses à très court terme face à ce type d’événements qui ne vont pas être des réponses face à la question des changements climatiques.

Cette question de la « stratégie de communication » à adopter, entre catastrophisme et pessimiste modéré, est venue sur le devant de la scène au moment du dernier rapport du Giec, par exemple, où les scientifiques disaient « là, c’est la dernière chance ». Sauf que ça n’était pas la première fois qu’on nous disait que ça n’était pas la dernière chance…

Ah mais ça fait vingt ans qu’on le dit ! Ça fait vingt ans qu’on vit alors qu’on nous dit « c’est fini ». C’est aussi pour ça que le discours n’est pas efficace : c’est compliqué de dire les mêmes choses et finalement les personnes qui reçoivent ces discours-là vont se dirent que ce n’est pas la vérité.

C’est le même problème que quand on crie au loup ?

Oui. En plus, encore une fois, on ne peut pas accepter ce discours-là tant qu’on ne sait pas quoi faire concrètement. Je sais qu’on a des pistes d’action, mais toutes ces pistes, en termes de réduction des déchets, de pollution, même si on les met en œuvre, on va toujours penser que ça n’est pas suffisant. Les discours médiatiques ne sont pas convaincants parce que l’être humain n’est ni complètement rationnel ni complètement émotionnel. Si on fait appel aux émotions, c’est inefficace parce que le sentiment de danger immédiat n’existe pas. C’est comme « fumer tue » sur les paquets de cigarettes. On se dit « ben non, j’ai fini ma cigarette et je ne suis pas morte ». La peur ne fonctionne donc pas forcément parce que les conséquences sont relativement éloignées. Il y a trop d’incertitude pour pouvoir agir.

Mais le « bon sens populaire » pourrait considérer une période de canicule comme une conséquence du réchauffement climatique. Et même là, les gains sur la prise de conscience sont mineurs ?

Je pense que la prise de conscience n’est pas si faible que ça. Mais c’est la question du comportement. Les gens se disent : « Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire nous tant que les gouvernements n’agissent pas ? ». On ne peut pas nier que les gouvernements des grandes puissances économiques mondiales ne suivent pas. Donc on est un peu face à cette inaction, qui donne un message hypernégatif aux citoyens.

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