La Brigade anti-discriminations, une vraie bonne idée?

Un rassemblement contre l’antisémitisme à Paris, le 19 février 2019. — AFP

Signaler une situation de discrimination, c’est désormais possible sur Facebook. Ce lundi, Marlène Schiappa et Julien Denormandie, ministres de l’Egalité femmes-hommes et de la Ville, ont lancé la plateforme Badi (Brigade anti-discriminations) sur le réseau social pour mettre en relation les victimes avec les interlocuteurs appropriés. Une initiative appréciée par les organismes, qui attendaient une réponse de l’Etat sur ce sujet sensible. Interrogées par 20 Minutes, les associations Sos Homophobie et La Maison des potes y voient un signal positif mais auraient aimé que la démarche ministérielle aille encore plus loin.

Derrière l’écran de la page Facebook, les équipes de la Dilcrah (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT) qui devront collecter les témoignages avant de réorienter les victimes vers les acteurs les plus pertinents. Comme le défenseur des droits, la police, mais aussi des associations, qui n’ont pas toujours les moyens, ni la légitimité pour enquêter. « Nous, associations, nous n’avons pas le pouvoir de mener une enquête de police. Ce qui nous manque, ce sont de vraies brigades antidiscrimination, avec des Officiers de police judiciaire (OPJ) qui traitent des signalements de manière très réactive, avant de réaliser une enquête de flagrance avec des investigations immédiates et des suites aux signalements. Si on utilise le terme « brigade », il faut aller au bout de ce que l’on dit », souligne Samuel Thomas.

« S’il n’y a pas de condamnation, les gens arrêteront de signaler »

Cette nouvelle brigade antidiscriminations n’est donc pas constituée de policiers mais peut rediriger vers les forces de l’ordre, ce qui pose le souci de la formation, d’après les associations. Formation de policiers, de procureurs ou encore de personnels de l’administration. « Si l’action principale de la Badi, c’est de rediriger vers les commissariats, c’est important qu’ils soient préparés », insiste Jena Selle, porte-parole de SOS-Homophobie. « On a besoin de procureurs et de policiers intégralement consacrés à ça, car ça leur permet de développer une expertise. Il nous faut des policiers aussi expérimentés que ceux qui courent après le trafic de stupéfiant », renchérit Samuel Thomas, président de La Maison des potes.

D’autant qu’une page Facebook peut se révéler à double tranchant, pour l’enquête. SOS Homophobie et la Maison des potes saluent l’idée d’un outil très accessible, mais elles pointent toutefois les dangers de cette communication électronique. « Si on publie un signalement sur la page Facebook de la brigade antidiscrimination, l’entreprise ou la personne accusée a le temps de faire le ménage avant que la police n’enquête », prévient Samuel Thomas, qui invite à partager son signalement en message privé. Jena Selle évoque également le manque d’anonymat sur Facebook, réseau dont « les données sont très convoitées ».

Malgré cette mise en garde, l’accès au signalement d’une discrimination sera effectivement facilité, estiment les associations. Si, et seulement si, la justice joue le jeu, préviennent-elles. « S’il n’y a pas de procès, pas de condamnation, les gens arrêteront de signaler. Ces dernières années, il y a eu très peu de procès pour discrimination. Au niveau de La Maison des potes, je viens de faire condamner une entreprise après 13 ans de procédure. Ça n’encourage pas les victimes. L’Etat doit montrer qu’il a pris conscience du phénomène », conclut Samuel Thomas.

By the Web

Le gouvernement lance une «brigade anti-discrimination» sur Facebook

Société

Discrimination: Le défenseur des droits demande «une inspection» des commissariats à Paris

Société

Transphobie: Le «mégenrage», une discrimination omniprésente dans le quotidien des personnes transgenres

3 partages