France

La baisse du nombre d’élèves, une « occasion historique » à saisir ?

Les écoles, collèges et lycées vont perdre 14 % de leurs effectifs d’ici 2035, soit 1,7 million d’élèves en moins, selon les dernières projections du service statistique du ministère (Depp). La rentrée 2026 s’annonce tendue avec 4.000 suppressions de postes prévues.


C’est un « choc démographique » qui pourrait transformer l’éducation en France. D’après les récentes projections du service statistique du ministère (Depp), les écoles, collèges et lycées devraient enregistrer une perte de 14 % de leurs effectifs d’ici 2035, ce qui correspond à 1,7 million d’élèves en moins. Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, considère qu’il est urgent de « repenser l’offre scolaire ». Mais derrière cette formulation technocratique, une question préoccupe parents et enseignants : assistera-t-on enfin à la création de classes de 20 élèves, ou l’État saisira-t-il cette occasion pour réduire son déficit sans frais supplémentaires ?

Stéphane Bonnéry, professeur en sciences de l’éducation à l’Université Paris 8, n’embrasse guère d’illusions. Selon lui, le débat est déjà biaisé par une « malhonnêteté intellectuelle » de l’exécutif. Il dénonce un « torticolis argumentatif » de la part des gouvernants : « Ils ne considèrent la démographie que sous un angle, exclusivement lorsque celle-ci est en diminution. » Le chercheur rappelle, de surcroît, auprès de 20 Minutes, qu’entre 1999 et 2011, alors que le nombre de naissances augmentait considérablement, l’État ne prolongeait pas ses recrutements, privilégiant déjà les économies de postes. Ainsi, les 60.000 professeurs « recrutés » sous le quinquennat Hollande n’étaient qu’un rattrapage partiel des 80.000 postes supprimés par Nicolas Sarkozy juste avant.

« Ceux qui ont feint de ne pas voir l’augmentation pendant dix ans sont illégitimes aujourd’hui pour utiliser l’argument démographique afin de réduire les effectifs », critique-t-il. Pour lui, la diminution actuelle n’est qu’un « nouveau prétexte » pour réduire les dépenses publiques.

### Une opportunité pour l’éducation

La rentrée de 2026 s’annonce déjà compliquée avec 4.000 postes supprimés. Une situation jugée incohérente par Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, qui insiste auprès de l’AFP pour que ces prévisions « ne servent pas d’alibi » à une loi de programmation de réductions de postes. Elle estime que l’on ne peut pas suivre « aveuglément la boussole démographique » alors que le métier devient de plus en plus complexe et que les besoins d’encadrement augmentent.

Et si, plutôt que de supprimer des postes, on les maintenait pour réellement alléger les salles de classe ? C’est le scénario de « l’aubaine » soutenu par les acteurs du terrain. Aurélie Gagnier, secrétaire générale du SNUipp-FSU, pense que stabiliser les effectifs enseignants permettrait mécaniquement de « faire diminuer le nombre d’élèves par classe ». Stéphane Bonnéry partage cet avis, y voyant une opportunité de « renouveler complètement l’éducation » sans débourser un euro de plus que le budget actuel. Si le nombre d’enseignants était maintenu malgré la baisse des élèves, la France pourrait enfin atteindre les standards de réussite des pays scandinaves.

### « Une occasion historique de faire mieux »

« On a une occasion historique de faire mieux et ça ne coûtera pas beaucoup plus cher », affirme le chercheur. Son concept ? Conserver le nombre de professeurs pour réduire la taille des classes et libérer du temps pour la pédagogie. Dans le primaire, il envisage des enseignants présents trois jours et demi devant les élèves, remplacés par d’autres professeurs, la journée restante étant réservée à la préparation, à la correction et à la recherche. Deux enseignants pour une classe, donc.

L’enjeu est crucial pour améliorer le niveau, notamment en rédaction. « On ne fait plus écrire les élèves car on n’a plus le temps de corriger », déplore Stéphane Bonnéry. Entre la suppression du samedi matin en 2008 et la quasi-disparition des classes de toute petite section (2 ans), les élèves les plus fragiles auraient ainsi perdu l’équivalent de deux ans de scolarité avant même leur entrée au collège. Pour le chercheur, cette diminution du nombre d’élèves représente le levier idéal pour « regagner ce temps scolaire » et lutter contre les inégalités. « Le choix est simple : soit on réduit l’argent public, soit on le maintient pour mettre en œuvre une politique d’égalité. »