La baisse du chômage en France peut-elle se poursuivre?

Muriel Pénicaud et Jacques Mézard visitent une agence Pôle emploi à Clichy-sous-bois, le 17 avril 2018. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

  • Le chômage a baissé de 0,1 point au premier trimestre 2019 selon l’Insee, à 8,7 %.
  • C’est le plus bas niveau enregistré depuis dix ans.
  • Les moyens à déployer pour poursuivre cette baisse font débat chez les économistes.

La baisse du chômage est bien amorcée, mais vu le rythme de la décrue, il va falloir encore écoper de nombreuses années. Selon les chiffres de l’Insee publiés jeudi, le taux de chômage (au sens du BIT, différent du comptage de Pôle Emploi) s’établit à 8,7 % en France au premier trimestre 2019. Jamais le chômage n’avait été aussi bas depuis dix ans.

« La baisse se poursuit. Nos réformes ont des effets », s’est félicitée sur Twitter la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Il faut dire que l’exécutif a la pression. Il vise un taux de chômage de 7 % à la fin du quinquennat, et même « le plein emploi » (le taux de chômage « incompressible » qui correspond par exemple à la période entre deux emplois, en général compris entre 3 et 5%) en 2025, comme l’a affirmé Emmanuel Macron devant les journalistes fin avril. Deux objectifs qui paraissent ambitieux, au regard de plusieurs faits.

D’accord, le chômage baisse. Mais de moins en moins vite. Au dernier trimestre 2018, il y avait eu 90.000 chômeurs de moins. Au premier trimestre 2019, seules 19.000 personnes sont sorties du chômage. Pour Eric Heyer, économiste à l’OFCE interrogé par l’AFP, il était de toute façon difficile de faire mieux du fait « d’une activité mollassonne ».

Sur France info, Edouard Philippe a en effet rappelé que le niveau de croissance dans l’Union européenne (+1,2% attendus cette année) était « plutôt plus faible qu’il y a un an ou deux » et que « les guerres commerciales » (entre les Etats-Unis et la Chine) généraient des « éléments d’incertitude ». Pour que la baisse du chômage se poursuive, il faudra donc que la croissance ne ralentisse pas plus qu’actuellement. Mais ce n’est qu’un aspect du problème.

Où est le chômage structurel ?

L’autre grande question, c’est le niveau du chômage dit « structurel », c’est-à-dire celui qui reste insensible aux variations de la croissance. Comme le rappelle une note de 2017 publiée par un analyste de BNP Paribas, ce chômage « ne dépend que de la structure de l’économie (la population en âge de travailler, sa qualification, etc.), de facteurs institutionnels (l’indemnisation du chômage, le niveau du salaire minimum, les taux de cotisations, etc.) et de facteurs technologiques ».

Le niveau du chômage structurel fait débat chez les économistes. Certaines institutions, comme la Commission européenne, estiment qu’il tourne autour de 9 % en France. Selon leur point de vue, le taux de chômage (actuellement à 8,7 %) ne pourrait donc plus baisser de manière durable, à moins justement de lancer de nouvelles réformes structurelles.

« Les réformes El Khomri (2016) et les ordonnances Pénicaud (septembre 2017) ont visé à assouplir le marché du travail, rappelle Alexandre Judes, économiste au Hiring Lab chez Indeed. Mais ces réformes ont été très timides et insuffisantes de mon point de vue. L’économie française, c’est un peu comme un énorme paquebot. Si vous voulez le faire virer de bord, il faut mettre la barre à fond. Pour moi, le plus gros chantier à mener pour faire baisser le chômage, c’est l’amélioration de la mobilité des actifs. Cela passe par un développement des transports et une offre riche en logements. »

Dans un rapport publié en 2016, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) estimait qu’une meilleure mobilité pouvait contribuer à réduire le taux de chômage de 1 à 2,5 points, tout en soulignant que ce résultat était purement théorique et soumis à des limites de méthode.

Le gouvernement a choisi

D’autres économistes, comme Eric Heyer, estiment que ce « plancher » du chômage structurel se situe plus bas, entre 6,5 et 7 %. Selon leur point de vue, il y a donc encore de la marge avant de lancer de nouvelles réformes. « On flexibilise le marché du travail en disant qu’il y a trop de chômage structurel en France (…) et ensuite on dit «mais il y a encore énormément de chômage structurel», donc il faut encore flexibiliser. On est un peu dans un discours qui est complètement hermétique à la réalité » souligne Alexandre Delaigue, professeur d’économie à l’université de Lille, dans une interview à Atlantico. Du côté du gouvernement, c’est plutôt l’option de la poursuite des réformes qui tient la corde, avec notamment le dossier à risques de l’assurance-chômage, qui doit être finalisé après les élections européennes.

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