Kouriles, Spratleys, Persil… Pourquoi de minuscules îles sont-elles à l’origine de conflits diplomatiques?

Dimitry Medvedev a fait une visite remarquée aux Kouriles. — ALEXANDER ASTAFYEV / SPUTNIK / AFP

Le Premier ministre russe, Dimitri Medvedev, était en visite, ce vendredi, sur les îles Kouriles, à l’extrême est de la Russie. Ça pourrait être une visite de routine si une partie de ses îles n’étaient pas réclamées par le Japon, depuis près de deux siècles. C’est ce qui fait que cette visite, qui est loin d’être la première depuis une dizaine d’années, n’a rien d’anodin. Les deux pays se sont déjà fait la guerre pour ces îles, aux eaux très poissonneuses. Cette fois, Tokyo s’est contenté d’une protestation officielle.

Si les deux pays discutent beaucoup sur le cas de quatre îles que réclame le Japon, les négociations avancent peu. Il y a 20.000 habitants au milieu de tout ça. C’est beaucoup… Surtout quand on pense aux très nombreuses îles contestées entre deux ou plusieurs pays. Des petites îles, parfois inhabitées. On compte 30 à 40 îles dans ce cas dans le monde. Mais qu’est-ce qui fait qu’en 2019 des pays se battent, au moins diplomatiquement, pour ces petits bouts de territoire ? 20 Minutes fait le point.

Les eaux poissonneuses

La première nécessité des populations est bien de se nourrir. Et la pêche est une ressource importante pour les pays côtiers, notamment les pays insulaires. Or, toutes les zones ne se valent pas, niveau ressource halieutique. Alors parfois la contestation se trouve là. C’est le cas de la France et du Canada sur le dossier Saint-Pierre-et-Miquelon. Les pêcheries ont longtemps été la principale ressource de l’archipel français au large de Terre-Neuve. Jusqu’à la réforme du droit de la mer via l’ONU, dans les années 1970 : la zone de pêche de Saint-Pierre-et-Miquelon s’est considérablement réduite et est même enclavée dans celle du Canada. Un drame économique pour ces Français et Françaises de l’Atlantique nord.

Une île, nommée l’île Verte, se trouve en plein milieu de la limite entre zone française et zone canadienne : aucun traité ne précise qui doit exercer la souveraineté sur cette île sans habitants ni habitantes.

Les points de passage

On a beaucoup parlé du détroit d’Ormuz, entre l’Iran et la péninsule arabique, à cause de tensions entre Téhéran et Washington, fin juin-début juillet. Ce point de passage est clef pour le transport maritime mondial et notamment le transport de pétrole, on y revient. Dans ce coin-là, il y a l’île d’Abou-Moussa et les Petite et Grande Tunb. C’est l’Iran qui contrôle de fait ces trois îles, globalement inhabitées, à part par des militaires bien sûr. Abdou-Moussa est pourtant plus proche des côtes des Emirats arabes unis. Ces derniers, qui réclament la souveraineté sur ces trois petites îles du golfe persique, ont demandé à l’ONU de trancher en 1980, date à laquelle l’institution a décidé de trancher la question… plus tard.

Le pétrole et autres minerais

La Zone économique exclusive (ZEE) donne des droits sur tout ce qui se trouve dans les eaux ou dans le sous-sol de ces eaux. Chaque pays peut faire reconnaître jusqu’à 200 miles nautiques à partir de ces cotes (ce n’est pas automatique, il faut en faire la demande, contrairement aux eaux territoriales). Dans cette ZEE, on trouve du pétrole, alors, c’est sous le jackpot.

L’un des points les plus chauds de la planète à ce sujet se trouve aux îles Spratleys, en mer de Chine du sud. Il s’agit de minuscules atolls coralliens. Ici, le Vietnam, la Malaisie, le Brunei, les Philippines Taïwan et surtout la Chine. Pékin n’y va d’ailleurs pas de main morte pour faire reconnaître son pouvoir dans le secteur, à des milliers de kilomètres de ses côtes. Des militaires ont été déployés un peu partout et des îles artificielles ont été créées pour y installer pistes d’atterrissage et héliport.

De quoi limiter les protestations des voisins qui réclament leur part. Il faut dire que dans le coin, on y trouve pétrole et du gaz en masse. Du poisson aussi. C’est aussi un lieu de passage stratégique pour le commerce international, sur le chemin entre le détroit de Malacca et le reste de l’Asie. Ce secteur des îles Spartley concentre une bonne partie des enjeux liés à ces îles, îlots voire rochers dont la souveraineté est contestée.

Le nationalisme et l’histoire

Ce sont le plus souvent des bouts de caillou qui dépassent à peine de la surface de l’eau, on y trouve rarement des habitants, et pourtant, hors de question pour ces pays de lâcher le morceau. Dans certains cas, on a un peu de mal à voir l’intérêt de planter le drapeau au milieu de rien. C’est le cas des différends qui opposent l’Espagne et le Maroc. Une grosse demi-douzaine de confettis est sous souveraineté espagnole et contestés par le Maroc, dont des îles, parfois à 200 m des côtes africaines.

Rabat considère ces points comme étant des reliquats de la colonisation (l’Espagne a longtemps eu un protectorat sur une partie du Maroc). Madrid estime que ces territoires étaient déjà les siens avant le protectorat et n’a donc pas à les rendre. En Espagne, on appelle ça les « places de souveraineté ». En 2002, six militaires marocains non armés débarquent sur l’île Persil, l’Espagne voit rouge et envoi des commandos lourdement armés pour les déloger. Les Etats-Unis devront intervenir pour que les deux pays acceptent de retirer leurs militaires de l’île… Sans que rien ne soit réglé sur la souveraineté de ce rocher.

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