Journées de l’archéologie: A quoi ça sert de construire un château fort ou de tailler des silex en 2019?

Le chantier de Guédelon le 9 juin 2019 — B.Chapon/20 Minutes

Il y en a que traversent les Alpes à pied et en armure pour revivre l’épopée de l’armée de François Ier sur la route de Marignan en 1515. D’autres s’échinent à tailler des silex à la manière des premiers homo sapiens. Il y a aussi qui refont des bijoux en verre à la mode gauloise. Enfin, il y en a qui, depuis 22 ans, construisent un château fort, avec les méthodes de l’époque (le XIIIe siècle). De toutes ces entreprises d’archéologie expérimentale, c’est sur cette dernière (particulièrement télégénique, il faut bien le dire) qu’Arte a choisi de  réaliser un documentaire, diffusé samedi soir à l’occasion des Journées de l’archéologie : Guédelon : renaissance d’un château médiéval.

« On construit pour comprendre, c’est notre mot d’ordre, explique Florian Renucci, maître d’œuvre du chantier de Guédelon. Ça n’avait jamais été tenté, on est dans l’archéologie expérimentale du début à la fin. » Mais de quoi parle-t-on ? Le chantier de Guédelon, ouvert en 1997, à Treigny, dans l’Yonne, est à la fois un chantier et une expérience. Une cinquantaine d’ouvriers, et une poignée d’archéologues, construisent un château fort. Ouvert au public, le chantier regroupe les différents corps de métiers nécessaires à l’édification. Maçon, tailleurs de pierre, ferronniers, charpentiers, cordiers, vanniers ou tuiliers… Ils travaillent et expliquent en même temps leurs gestes au public. Des gestes éprouvés mais redécouverts récemment.

« L’archéologie commence où les textes manquent »

« Il s’agit d’une architecture monumentale, les gestes sont nombreux, explique Florian Renucci. On adopte toujours un principe empirique. Quand on se pose des questions sur la manière de procédé, les réponses ne sont pas sur Google, il faut tâtonner, essayer. Pour l’extraction des blocs de grès par exemple, il faut savoir lire les lignes de la pierre. Dans l’ensemble, nos travaux reposent énormément sur une culture de la perception, du regard, que l’on apprend plus. On a retrouvé des gestes qui étaient perdus. »

Voilà tout l’apport de l’archéologie expérimentale. « L’archéologie commence où les textes manquent », précise  Florian Renucci. Et dans le cas, exceptionnel, de Guédelon, l’apport scientifique est gigantesque. L’expérience a permis de comprendre et documenter un chantier médiéval de la conception théorique aux gestes les plus communs. « On a beaucoup parlé de nos murs et de nos charpentes, mais notre travail va jusqu’aux finitions, explique Florian Renucci. En ce moment, on mène une étude sur la manière d’obturer les fenêtres. »

Manipuler des os de rennes

Mais l’archéologie expérimentale ne se réduit pas aux chantiers médiévaux. Imaginée par André Leroi-Gourhan, dans les années 1960, elle était au départ une manière de comprendre les gestes des hommes préhistoriques. En reproduisant les gestes de tailles de silex, les archéologues ont alors compris comment analyser les traces laissées sur les sites de fouilles. Tels éclats, telles poussières de silex, tels déchets donnaient alors de nombreuses indications inédites aux archéologues.

Encore très pratiquée, et étendues à des périodes archéologiques diverses, ce type d’expérimentations est également à l’honneur lors des Journées de l’archéologie pour des besoins de médiation ; C’est le cas au Musée national d’archéologie de Saint-Germain-en-Laye qui organise des ateliers gratuits autour d’expérimentations. Les visiteurs pourront ainsi manipuler des os de rennes pour les transformer en objets usuels, manipuler du verre gaulois pour créer des bijoux, apprendre à réaliser des pigments naturels… « En faisant ces gestes, on comprend mieux les hommes qui les ont inventés, explique David Laporal, responsable des publics au musée. L’archéologie expérimentale, c’est comprendre l’intelligence qui est la nôtre. » Même si apprendre à tailler des silex réclame « des années de pratique », le grand public peut donc y trouver un intérêt.

Une connexion avec le passé

« Il n’y a pas que l’aspect technique, il y a aussi la dimension artistique, ou ludique, justifie David Laporal. On propose par exemple des réalisations de fresques. L’archéologie expérimentale permet au public de manipuler les objets en les créant eux-mêmes, par exemple des aiguilles à chasse en os, telles que celles du musée qui ont 30.000 ans. Ce sont des aiguilles qui ressemblent à celles qu’on utilise aujourd’hui. Le public a de l’intérêt pour ces techniques parce qu’elles nous relient directement avec les hommes du passé, ça crée des repères, des liaisons culturelles. »

On ne dit pas autre chose à Guédelon où le chantier se double d’un projet pédagogique. Les ouvriers, aussi occupés soient-ils, prennent toujours le temps d’expliquer leurs gestes et leur démarche aux très nombreux visiteurs. « On offre aux archéologues quelque chose qu’ils n’ont plus, l’intention du geste. A Guédelon, on laisse une trace matérielle de nos choix et de nos intentions. Mais on laisse aussi une trace dans l’esprit de nos visiteurs, ça a toujours fait partie du projet, que l’expérience soit partagée. »

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