Journée nationale de l’hypersensibilité : Comment faire pour ne plus subir ce trait de caractère ?

« Blinde-toi », « tu ne vas pas pleurer pour ça quand même », « tu prends trop les choses à cœur », « arrête de ruminer »… Si on vous fait ces remarques – pas franchement utiles – très fréquemment, vous êtes peut-être hypersensible. Pas de panique : il ne s’agit pas d’une pathologie, mais d’un trait de personnalité qui serait partagé par près 30 % de la population, selon Elaine Aron, psychologue américain pionnière sur le sujet.

Contrairement aux idées reçues, l’hypersensibilité – dont c’est la journée mondiale ce vendredi – ne se résume pas à des crises de larmes intempestives. « Les hypersensibles sont perméables aux autres, à leurs remarques, leurs émotions et à leur environnement, explique Anne Landry, psychanalyste et autrice de L’hyperempathie, révéler ce don extraordinaire et le développer. Ils ressentent ce que l’autre ressent, au même titre que si c’était eux. » Touchés profondément et durablement par les autres et les injustices, « ils sont aussi très sensibles au niveau sensoriel », ajoute Marylène Danino-Alonso, psychologue spécialisée dans l’hypersensibilité.

Une éponge émotionnelle

Des caractéristiques qui peuvent vite transformer leur vie en enfer. Ne plus supporter les éclats de rire d’un ami lors d’une soirée, ruminer toute la journée après une remarque déplacée d’une collègue, se faire aboyer dessus par un homme dans le métro et fondre en larmes aussitôt sorti de la rame : la vie d’un ou une hypersensible peut être pénible. « L’hypersensible ne va pas savoir faire la distinction entre l’émotion de l’autre et sa propre émotion », analyse Anne Landry. Quand une personne n’a pas conscience de son hypersensibilité, elle la subit, estime Marylène Danino-Alonso. Et elle peut alors s’en rendre littéralement malade. « A force de repérer beaucoup d’informations, les personnes hypersensibles sont saturées, débordées et épuisées. » Des comportements addictifs et des troubles du comportement alimentaire peuvent même découler de ce trop-plein d’émotions.

Première étape donc : accepter sa particularité. C’est le travail qu’a fait Jérômine, 34 ans. « Les autres me demandent souvent pourquoi je pleure. Avant je masquais mes larmes. Maintenant je dis que je suis hypersensible et je vis pleinement mes émotions. » Cette mère d’un enfant de quatre ans confie, par exemple, avoir parfois du mal à supporter les cris du petit garçon. Mais elle parvient désormais à faire comprendre à ses proches quand elle a besoin de se retrouver seule, au calme.

Seconde étape : apprendre à dissocier ses propres émotions de celles de l’autre. Pour ce faire, Anne Landry conseille aux enfants et aux adolescents de pratiquer une activité artistique comme le théâtre. « Ça permet de jouer des rôles et de faire la distinction entre ce qui est à nous et ce qui ne l’est pas. » La danse ou le sport d’équipe peuvent aussi aider. « Par contre, quand il y a un mal-être avec des addictions rattachées, une psychothérapie doit être envisagée. »

Distinguer ses émotions de celles des autres

L’idée n’est donc pas de se couper de ses émotions, mais de mettre des mots dessus et de les comprendre. « Par exemple, beaucoup d’hypersensibles n’osent pas affirmer leur colère par peur du conflit, analyse Marylène Danino-Alonso. Leur colère se transforme alors en tristesse. » Jéromine peut en témoigner. Mais pleurer l’aide à accepter et à comprendre ce qui lui arrive. « Comme mes émotions sortent, je ne garde pas cette boule d’angoisse ou de tristesse au fond de moi et je me sens plus légère après. »

Acceptée et comprise, l’hypersensibilité peut même devenir une force, tant sur un plan personnel que professionnel. Repérer le mal-être de son enfant qui assure pourtant que tout va très bien, comprendre en un coup d’œil si la candidate qu’on a en face de nous a vraiment envie d’avoir le poste grâce à de petits détails, être une écoute – vraiment – attentive pour cet ami qui vient de se faire quitter sont autant d’atouts pour les hypersensibles qui se connaissent et s’assument. « Une fois que la personne hypersensible gère cette perception très accrue, elle a une longueur d’avance par rapport aux autres », garantit Anne Landry. Voilà ce que vous pouvez répondre la prochaine fois qu’on vous dit que vous êtes trop sensible.