Journée internationale des droits des femmes : #MeToo, #JeSuisVictime… les hashtags devenus indispensables dans les combats féministes

Lors d’une manifestation à Marseille en 2017. (archives) — FRANCK PENNANT / AFP

Près de trois ans après la déferlante #Metoo, et son dérivé français #Balancetonporc, une nouvelle vague de témoignages a envahi Twitter ces derniers jours avec le hashtag #JeSuisVictime. « J’avais 7 ans, 17 ans et 19 ans. #JeSuisVictime », dévoile par exemple une jeune femme. « #JeSuisVictime de viol. Une fois à mes 9 ans. Une autre fois à mes 14 ans. On récompense les coupables. On condamne les victimes », tweete une autre.

Le premier message est apparu au lendemain de la cérémonie des César, le 28 février, qui a sacré meilleur réalisateur le cinéaste Roman Polanski, visé par plusieurs accusations de viol. En six jours, plus de 200.000 messages ont été publiés avec ce mot-clé, selon un décompte réalisé par l’outil de veille des médias sociaux Visibrain. Soit presque autant que #Balancetonporc, qui avait généré en octobre 2017 quelque 208.000 messages pendant le même laps de temps.

Rendre les histoires visibles

Rendant une nouvelle fois visibles des faits subis en majorité par des femmes, ce hashtag a rejoint la liste des récents #JAiEtéViolée, #JaiPasDitOui, ou encore #Monpostpartum, qui compile des témoignages sur les difficultés de l’après-accouchement, une période intime très rarement abordée. « Tous ces hashtags sont à la fois symboliques et plein de force », estime la militante féministe Rebecca Amsellem.

Pour cette docteure en économie, fondatrice de la newsletter les Glorieuses, ces témoignages sous le même mot-clé permettent de « rendre les histoires visibles dans l’espace public. Les femmes disent stop, pour tout un tas de choses et elles ne s’arrêteront pas ». A l’heure où le combat féministe se diversifie, elle constate que les collages – ces phrases fortes inscrites en grandes lettres noires sur les murs des villes – et les hashtags sont les deux modes d’actions qui trouvent actuellement le plus d’écho.

Difficile conversion en militantisme de terrain

Sans doute portés par l’effet de #Metoo, nombre de collectifs féministes font émerger leurs propres hashtags pour « créer l’actualité ». « Le but est d’atteindre les top tweets », c’est-à-dire le classement des messages les plus populaires, ceux qui ont un grand nombre d’utilisateurs, explique Caroline De Haas, membre du collectif #Noustoutes. Quand ils ne sont pas spontanés, ces mots-dièse souvent percutants « font partie d’une stratégie de com’ pour être visible et rassembler le plus grand nombre », reconnaît-elle. « Mais ça ne fonctionnerait pas, s’ils ne résonnaient pas avec une réalité sociale ».

« Pour les militants, cela a un sens d’être sur Twitter car c’est là où il y a les journalistes, les leaders d’opinions et les politiques », analyse Véronique Reille-Soult, présidente de Dentsu consulting, spécialiste de l’opinion. Les réseaux sociaux « donnent l’impression que tout le monde peut participer à ce combat (féministe) car ils offrent une caisse de résonance » et sont « simples d’utilisation », précise-t-elle.

Ces mots-clés permettent alors de se retrouver sur une même problématique tout en captant de nouvelles militantes potentielles. Ce qui pose la question du passage du virtuel à la réalité. « Il faut proposer des débouchés, des actions concrètes à mener ensemble », insiste Caroline De Haas, qui a accentué cette semaine la communication sur la marche organisée dimanche à l’occasion de la Journée des Droits des femmes, espérant attirer davantage de monde.

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