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Journée du sommeil : Manger allongé nuit à la digestion ?

D’après une étude OpinionWay de Parlons Literie, 30 % des 18-24 ans mangent dans leur lit, contre 4 % des plus de 35 ans. Manger allongé entraîne fréquemment « une perturbation du sommeil qui suit, créant un cercle délétère ».


Les Romains, habitués à consommer leurs repas allongés, éprouvaient-ils continuellement des nausées et des reflux ? C’est fort probable, selon les résultats des études récentes sur la digestion.

Une étude réalisée par OpinionWay pour Parlons Literie révèle que 30 % des 18-24 ans mangent dans leur lit, en comparaison avec seulement 4 % des personnes de plus de 35 ans. Ces chiffres ne surprennent pas la diététicienne nutritionniste Éloïse Stachulec, qui décrit cette tendance comme « une adaptation socioculturelle », le lit étant devenu « un espace de vie polyvalent, un refuge face à un quotidien dense et saturé d’écrans ». Cependant, cette habitude traduit également « une alimentation de plus en plus déstructurée » et engendre « des conditions mécaniquement défavorables pour la digestion, avec des conséquences sur la santé à long terme », précise-t-elle.

### Un impact négatif sur le sommeil

« L’environnement conditionne directement les choix alimentaires, c’est bien documenté », déclare Éloïse Stachulec. Manger dans un cadre détendu (sans table, horaires ni rituels) incite « naturellement vers des aliments réconfortants ». Les choix alimentaires sont largement influencés par le lieu où l’on mange : changer de lieu peut modifier le contenu de l’assiette. Ainsi, au lit, on aura tendance à consommer des plats pratiques, souvent industriels, sans vaisselle ni préparation. Manger dans son lit signifie souvent manger allongé (ou presque), ce qui entraîne fréquemment « une perturbation du sommeil qui suit, créant un cercle délétère ».

Une étude approfondie impliquant 27 263 adultes britanniques a révélé que ceux qui dorment peu ou mal ont jusqu’à 3,5 fois plus d’épisodes de consommation émotionnelle (manger en réponse au stress ou à l’ennui plutôt qu’à la faim) et consomment des aliments frits ou sucrés 10 à 39 % plus souvent. La nutritionniste souligne également les conséquences hormonales : « un sommeil fragmenté déséquilibre la ghréline, l’hormone qui stimule l’appétit, et la leptine, l’hormone qui signale la satiété au cerveau, ce qui renforce les choix impulsifs ».

### Une mauvaise santé digestive à long terme

Manger au lit signifie également consommer souvent allongé (ou presque). Or, une posture inadéquate, en particulier en étant allongé, perturbe la digestion, entraînant principalement des problèmes de reflux gastro-œsophagien, « c’est-à-dire des remontées acides du contenu de l’estomac vers l’œsophage, qui peuvent survenir dès la première bouchée », alerte la diététicienne. Elle explique que le sphincter œsophagien inférieur (un petit anneau musculaire servant de valve anti-reflux à l’entrée de l’estomac) doit normalement se contracter après chaque déglutition. Cependant, en position allongée ou avachie, « la pression exercée sur l’estomac empêche cette valve de se refermer correctement ».

Les conséquences immédiates sont bien connues : brûlures derrière le sternum, pyrosis (sensation de feu remontant vers la gorge), goût acide en bouche et ballonnements. « Une irritation chronique de l’œsophage peut se développer, entraînant des lésions visibles de sa paroi interne, des ulcères et, dans les cas sévères, un risque de transformation précancéreuse », insiste Éloïse Stachulec.

### Comment mieux manger, (même dans son lit) ?

Cela signifie privilégier une position assise droite, avec le dos aligné et les pieds à plat au sol, qui reste la référence pour éviter tous les symptômes digestifs liés à une mauvaise position. Cette posture « permet à la gravité d’assister le transit digestif du début à la fin du repas », explique la diététicienne, qui ajoute que « des données scientifiques montrent que manger allongé rallonge le transit oro-cæcal, le parcours des aliments de la bouche jusqu’au début du côlon, de près de 10 % par rapport à la position assise droite ».

La nutritionniste propose deux gestes simples qui peuvent réellement améliorer la digestion : une marche légère de 10 à 15 minutes après le repas stimule les mouvements intestinaux, réduit la pression gastrique et améliore la glycémie postprandiale (taux de sucre dans le sang après un repas). De plus, la respiration diaphragmatique (inspirer en gonflant le ventre plutôt que la poitrine, retenir quelques secondes, puis expirer lentement) permet de soulager la pression abdominale en détendant le diaphragme, muscle situé juste au-dessus de l’estomac.

Cependant, « la règle de base reste de ne pas s’allonger avant 2 à 3 heures après avoir mangé », souligne-t-elle. Alors redressez-vous, (même dans le lit) !