Jonathann Daval: les reconstitutions criminelles sont-elles souvent des moments-clés dans les enquêtes?

Jonathann Daval. — SEBASTIEN BOZON / AFP

  • Jonathann Daval est passé aux aveux ce lundi après une reconstitution criminelle.
  • Les reconstitutions criminelles aboutissent souvent à des résultats spectaculaires.
  • 20 Minutes a interrogé deux avocates spécialistes de droit pénal pour mieux en comprendre les raisons.

Lors de la reconstitution de la scène de crime ce lundi, Jonathann Daval a admis avoir brûlé partiellement le corps d’Alexia. Des aveux qui montrent que les reconstitutions sont souvent des moments charnières dans les enquêtes. 20 Minutes se penche sur ce procédé particulier dans les affaires judiciaires.

Quel est l’intérêt des reconstitutions dans une enquête ?

Le principal intérêt consiste à mieux visualiser les choses pour le juge d’instruction. « Un dossier, c’est du papier. Il est parfois difficile de s’imprégner du réel, de se rendre compte des distances, des situations », explique Marie-Hélène Fabiani, avocate associée au sein du cabinet L&P et experte en droit pénal. Safya Akorri, avocate elle aussi spécialisée dans le pénal, note également que certaines dépositions « sont parfois tout à fait insuffisantes pour visualiser la façon dont les faits se sont passés. La reconstitution est un moyen de mettre en application les dépositions et les confronter avec la réalité. « Vous dites que vous étiez placé près de la bibliothèque lorsque vous avez vu les faits. » Sur la photo, il semble que cela soit possible. Or, quand on se positionne à l’endroit évoqué, on comprend que c’est matériellement impossible de voir l’endroit où se sont passés les faits. »

Au-delà du jugement, la reconstitution peut aussi être utile pour la partie civile. « Même si c’est un moment difficile pour elles, et qu’elles ont le droit de ne pas y aller, les parties civiles veulent souvent y participer. Elles veulent savoir comment ça s’est déroulé. Cela peut aider dans le processus de deuil, de comprendre ce qui s’est passé et de « voir » comment cela a eu lieu », estime également Marie-Hélène Fabiani.

Sont-elles réalisées de façons systématiques ?

Les reconstitutions ne sont envisagées par les juges que dans des cas très rares : « Elles impliquent beaucoup de temps et de moyens », rappelle Safya Akorri. Le juge d’instruction est d’ailleurs le seul à en décider. « Il est possible pour les parties (victime ou mis en examen) d’en demander, mais en réalité il est aussi très courant que les magistrats la refusent en arguant que cela n’apportera aucun nouvel élément », note l’avocate.

Est-ce une méthode efficace pour obtenir des aveux en confrontant les accusés ?

« La nature humaine est ce qu’elle est : ce n’est parfois que confronté à l’évidence que l’on est capable d’enfin reconnaître les faits », note Safya Akorri.

Une confrontation où « il se passe toujours quelque chose d’inattendu », témoigne Marie-Hélène Fabiani : « Souvent, le coupable n’en peut plus de s’enfoncer dans ses mensonges, et la reconstitution vise aussi à provoquer un choc émotionnel. Elle fait passer plus facilement aux aveux. » L’avocate reconnaît qu’il lui arrive de déconseiller à certains de ses clients d’y participer. Car la reconstitution n’est en rien obligatoire : si un accusé ne veut pas y participer, il sera remplacé par un mannequin.

Mais attention, la reconstitution n’est pas une méthode infaillible pour obtenir des aveux : « Si c’est assez efficace pour des criminels ordinaires, des Monsieur tout-le-monde, cela s’avère souvent inutile pour des voyous aguerris qui restent impassibles et ne disent rien » juge Marie-Hélène Fabiani.

Une autre limite vient de la durée entre les faits et l’enquête ordonnée généralement très longtemps après les faits. Safya Akorri : « Entre temps, les lieux, les corps, les perceptions peuvent avoir changé. »

Pourquoi les reconstitutions arrivent-elles si tard dans les enquêtes ?

« Une enquête commence d’abord avec les actes habituels, censés la plupart du temps permettre à l’enquête d’élucider des faits », souligne Safya Akorri. Et l’avocate d’énumérer les différents éléments : prises de photos, téléphonie, dépositions, expertises, qui peuvent prendre « des mois et parfois des années. »

Mais ce peut être aussi une tactique dans le but de faire « craquer » l’accusé, suggère Marie-Hélène Fabiani : « Il y a une expression que la police utilise: « Il faut laisser refroidir la viande »… »

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