JO Tokyo 2021 : « Ce n’est pas que de la chance non plus », mais pourquoi les chevaux du pentathlon ont fait tomber tout le monde ?

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Médaillée d’argent à Rio, Elodie Clouvel doit composer avec sa déception du moment, seulement sixième du pentathlon moderne. Mais la Française se dirige spontanément vers Annika Schleu, le long du pas de tir du Tokyo Stadium, comme plusieurs participantes. Toutes compatissent après avoir vu l’Allemande en pleurs, incapable de faire sauter sa monture à l’épreuve d’équitation, alors même qu’elle menait largement le classement général et pouvait rêver à la médaille d’or. Le nom de l’impétrant ? Saint Boy, un Hongre couleur Bai qui ne met plus les pieds à l’église. 

Saint Boy, présumé coupable ?

Le concours ayant été globalement un jeu de massacre, avec une bonne quinzaine de concurrentes éliminées par un cheval récalcitrant choisi à l’issue d’un tirage au sort, on se renseigne un peu : mais dans quelle lamaserie a-t-on dégoté des Rossinante pareilles, plus têtues qu’une mule de Castille ? Le dénommé Saint Boy a quand même 15 berges, selon sa carte d’identité, et à cet âge-là, on commence à avoir des humeurs de vieille bête, certainement. « Il n’y a pas de limite d’âge, nous rencarde Sébastien Deleigne, l’entraîneur des Bleus. Les chevaux sont présentés par des cavaliers professionnels deux jours avant l’épreuve à un jury ». Lequel en retient 18 sur 36, avec chevaux de réserve si jamais…

« A ce moment-là les athlètes n’ont pas le droit de les monter mais on les filme », poursuit Deleigne, de façon à se faire une première idée de l’animal quand tombe le tirage au sort, juste après l’épreuve d’escrime bonus. C’est là que Marie Oteiza a pu découvrir Kairo, l’Hongre qui lui est tombé dessus au grattage. « Dès les essais, on avait vu que c’était un cheval qui avait une petite foulée avec un petit galop. Le but c’était de m’adapter à sa foulée et de bien travailler mes abords ».

« Des chevaux de grande qualité »

Un travail de préparation qui s’effectue surtout au moment de la « détente ». Dix minutes sur le plat et dix minutes à sauter avant le grand bain de la compétition. Les deux Françaises, qui s’entraînent à l’année avec la garde républicaine, n’ont que du bien à dire du cheptel tokyoïte. « Dès mes premiers sauts, j’ai senti que c’était un cheval incroyable, ça a été un gros kif, assure Marie Oteiza. On parle de chevaux de propriétaires, qui font des sauts de grande qualité. Après, peut-être que certaines avaient moins l’habitude d’avoir des chevaux qui envoient comme on a eu aujourd’hui. Annika est une bonne cavalière mais elle passe à côté, parfois ».

Elodie Clouvel estime aussi qu’il n’y a rien à redire à la qualité des chevaux. « C’est l’équitation, c’est très difficile en pentathlon. Aujourd’hui on a eu un gros parcours, avec des obstacles à 1,20 m. Annika, je pensais que c’était sa journée, avec l’avance qu’elle avait? Je ne peux pas expliquer ce qui a pu se passer. Il faut faire corps avec son cheval, ce n’est pas que de la chance non plus ».

Elena Micheli, une jeune Italienne de 21 ans que Cristbal 21 a carrément fait valdinguer au sol à plusieurs reprises au milieu des barres, ne semblait pas lui en vouloir plus que ça :

« Ce n’est jamais la faute du cheval. Je n’ai pas su lui donner ce qu’il voulait et il a répondu de façon différente. Je me sens responsable de ce qui est arrivé, ça fait partie du jeu au pentathlon. Je pense que l’expérience est un facteur important à l’équitation, et je suis encore jeune ».

Annika Schleu n’est plus si jeune, elle, mais on l’a sentie tout autant désemparée sur Saint-Boy, qui avait déjà fait vivre un enfer à la Russe Gubaydullina au premier passage. Pourquoi n’a-t-elle pas demandé à changer, si le règlement le prévoit ? « Visiblement elle n’a pas pu, imagine Sébastien Deleigne. Au bout de quatre refus d’obstacle, le cheval est disqualifié, mais il n’a pas dû en faire autant au premier passage. Ça a dû bien se passer entre eux au moment de la détente ».

Les hommes auront droit aux mêmes chevaux

Si on n’a pas eu le cœur d’interroger Schleu directement, son entraîneur défendait la même thèse à nos confrères allemands, en larmes lui aussi. « Tout allait bien quand nous avons commencé. Le cheval doit avoir un problème avec l’arène, il n’a même pas galopé, il voulait juste revenir à la porte. Il n’y a pas de règle pour que le cheval ne sorte pas du coin » . Cela n’empêchera pas Saint-Boy d’être de nouveau proposé samedi lors de l’épreuve des garçons, qu’on imagine déjà pétrifiés à l’idée de tomber sur l’asticot.

Pas forcément, nous précise Marie Oteiza. « Il y a des chevaux beaucoup plus nerveux que d’autres, qui aiment énormément sauter et qui ont besoin de beaucoup de contrôle afin de les garder devant l’obstacle. Peut-être que c’est un cheval trop dur pour les femmes et qu’il ira très bien aux hommes demain ». On va quand même attendre un peu avant de souhaiter aux deux Valentin (Prades et Belaud) de tomber dessus au tirage.