JO Paris 2024 : Anne Hidalgo fait voter le nom de la future Adidas Arena contre ses alliés

La future arena de la porte de La Chapelle, seul équipement pérenne construit expressément pour les JO 2024, portera bien le nom de la marque Adidas – elle s’appellera Adidas Arena. C’est le résultat du vote obtenu ce vendredi matin par l’exécutif parisien, contre ses alliés écologistes et communistes. L’enjeu : une manne de 2,6 millions d’euros, ainsi que 260.000 euros de redevance annuelle, auxquels s’ajoute un fonds social de 182.000 euros par an, destiné à financer des associations locales.

Mais pour les écologistes et communistes, qui demandaient, à l’initiative du président du groupe communiste, que le stade soit nommé du nom d’Alice Milliat – nageuse, hockeyeuse et rameuse française qui organisa les premiers Jeux mondiaux féminins à Paris en août 1922 –, la pilule est amère.

« La prochaine étape, ce sont les stations de métro ! »

« Pourquoi ça pose un problème ? Je crois que la gauche, on nous attend sur la cohérence, sur nos valeurs, et là il y a du chemin, a plaidé vendredi Emile Meunier, du groupe écologiste. Voilà qu’on alimente la machine au sport business, à l’entertainment. On défend l’écologie, et là que fait-on ? Nourrir cette société de surconsommation. On envoie comme signal « there is no alternative » [« Il n’y a pas d’alternative », le slogan de Margaret Thatcher, Première ministre britannique conservatrice connue pour sa rigueur budgétaire], et que quand on fait un équipement public, on y met une grande marque, voilà, c’est comme ça maintenant ! »

« C’est une pratique tout droit sortie des cahiers du libéralisme. Au fond il s’agit de concevoir les équipements comme une usine à fric. Le naming pose une question d’ordre culturel, celle de la vente d’espaces publics. Les stades sont des repères urbains qui participent à la construction culturelle de la ville. Le stade Allianz Riviera à Nice, le Matmut Atlantique à Bordeaux… Les naming se sont multipliés. La prochaine étape, ce sont les stations de métro, les squares, les bibliothèques ! Pourquoi ne pas renommer la porte Maillot porte BNP ? », s’est insurgé dans la foulée Nicolas Bonnet-Oulaldj, président du groupe communiste, qui a lancé une  pétition contre ce naming​.

« 180.000 euros, ce n’est pas rien ! »

« Nous aimerions tous pouvoir faire autrement, donner le nom d’une société n’est jamais idéal », s’est « excusée » Maya Akkari, déléguée de la maire du 18e chargée de la politique de la ville et des centres sociaux. « Dans un monde idéal peut-être que nous aurions fonctionné différemment », a reconnu aussi l’adjoint aux sports d’Anne Hidalgo, Pierre Rabadan, en Conseil de Paris, déclarant « entendre les alertes des uns et des autres ».

Mais pour l’exécutif, impossible de renoncer au contrat promis par Adidas : « 180.000 euros, ce n’est pas rien ! », s’est écriée Maya Akkari. « Peut-on imaginer sérieusement se passer de ces ressources ? », a argumenté Emmanuel Coblence, conseiller du 13e arrondissement.

Une esplanade Alice Milliat

La droite s’est abstenue, soulignant qu’un vœu avait été adopté par le Conseil de Paris en juillet 2020, pour attribuer le nom d’Alice Milliat. « Nous avions voté cette possibilité. Vous vous rabattez sur cette dénomination au détriment d’une figure du sport à cause de votre maquette budgétaire », a critiqué dans l’assemblée Rudolphe Granier, conseiller du groupe Changer Paris, élu dans le 18e.

En guise de compensation, une esplanade située juste en face de l’Arena sera nommée du nom de la pionnière féministe, « parvenue après plus de 20 ans de mobilisation à faire reconnaître la participation des femmes aux jeux internationaux », comme l’a expliqué dans l’enceinte du Conseil de Paris l’élue PS Geneviève Garrigos. Et un vœu des communistes a été adopté – avec de légers amendements – pour qu’une œuvre d’art soit créée sur l’esplanade « afin de rendre hommage à la pratique du sport féminin ». L’exécutif promet aussi en réponse à ce vœu d’organiser une célébration des 100 ans des premiers jeux mondiaux féminins à l’automne 2022. Mais cela suffira-t-il pour que les Parisiens et Parisiennes enregistrent le nom d’Alice Milliat ?