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JO 2026 – Skeleton : Exclusion de l’Ukrainien Heraskevych, pour quelles raisons ?

Vladyslav Heraskevych a été disqualifié des séries de qualification du tournoi de skeleton aux JO d’hiver 2026 en raison de son casque « non conforme », qui comportait des photos d’une vingtaine d’athlètes ukrainiens morts depuis le début de l’invasion russe en 2022. Le Comité international olympique (CIO) a précisé que, selon la règle 50 de la charte olympique, « aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée » sur les lieux de compétition.

De notre envoyé spécial à Cortina d’Ampezzo et à Anterselva,

Le skeleton bénéficie d’une couverture médiatique sans précédent lors de ces Jeux Olympiques d’hiver 2026. Ce jeudi matin, une trentaine de journalistes venus des quatre coins du monde s’étaient rassemblés autour de la zone d’arrivée de l’épreuve à Cortina d’Ampezzo, pour assister à des séries de qualification. Toutefois, il ne s’agit pas d’un engouement soudain pour ce sport individuel de glisse. En réalité, tous ces médias étaient présents pour un seul athlète, l’Ukrainien Vladyslav Heraskevych, qui a appris, seulement vingt minutes avant le début de la première manche, qu’il ne serait pas autorisé à s’élancer.

La raison ? Comme lors de ses entraînements précédents, il souhaitait porter un casque orné des photos d’une vingtaine d’athlètes ukrainiens décédés depuis le début de l’invasion russe en 2022. Le Comité international olympique (CIO) avait proposé, mardi, un « bon compromis » : Vladyslav Heraskevych et tous les athlètes ukrainiens participant aux Jeux de Milan-Cortina se verraient autorisés à porter un brassard noir en hommage aux victimes de la guerre dans leur pays.

Vladyslav Heraskevych a tenté en vain de participer au tournoi de skeleton des JO d'hiver 2026 avec ce masque hommage à une vingtaine de victimes de la guerre en Ukraine.
Vladyslav Heraskevych a tenté en vain de participer au tournoi de skeleton des JO d’hiver 2026 avec ce masque hommage à une vingtaine de victimes de la guerre en Ukraine. - J.O. Nesvold/BILDBYRÅN/Shutterstock/SIPA

Un dernier échange infructueux avec Kirsty Coventry

Cette option n’était pas suffisante pour le skeletoneur de 27 ans, qui se résigna à constater la fin de son rêve olympique, le privant d’une troisième participation consécutive, en raison de ce casque « non conforme ». Mais que stipule exactement la règle 50 de la charte olympique ? Le CIO indique qu’« aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée » sur les lieux de compétition, dans le village olympique ou lors des cérémonies de remise de médailles.

C’est cette notion de « propagande politique » que Vladyslav Heraskevych refuse de reconnaître. Après un dernier échange avec la présidente du CIO Kirsty Coventry, qui exprimait sa tristesse face à cette impasse, il s’est tourné vers les médias pour exposer sa version des faits. « Depuis le début de cette histoire, le CIO a mal interprété les règles, que je n’enfreins pas, assure-t-il. Leur étrange interprétation me semble même discriminatoire. Je n’ai jamais voulu créer de scandale. »

Martin Fourcade défend le choix du CIO

Quatre ans plus tôt, aux JO de Pékin, Vladyslav Heraskevych avait fait parler de lui en affichant, à l’issue de sa course, un message « No war in Ukraine » à la caméra. À l’époque, le CIO ne l’avait pas sanctionné, considérant cela comme un « appel général à la paix ». Cette fois-ci, Vladyslav Heraskevych n’a pas bénéficié d’une clémence similaire. Depuis Anterselva, Martin Fourcade, légende du biathlon français, a été interrogé sur ce sujet sensible. Membre du CIO, il a justifié la décision de l’instance de ne pas permettre ce casque mémorial.

Vladyslav Heraskevych avait été choisi comme porte-drapeau de l'Ukraine, le 6 février lors du défilé de la cérémonie d'ouverture à Cortina d'Ampezzo.
Vladyslav Heraskevych avait été choisi comme porte-drapeau de l’Ukraine, le 6 février lors du défilé de la cérémonie d’ouverture à Cortina d’Ampezzo. - M. Apawu/AP/SIPA

« Le CIO soutient le peuple ukrainien depuis le début de cette terrible guerre et vient en aide financièrement à ses athlètes », a-t-il d’abord expliqué. « Mais les règles sportives s’appliquent à tous. Les athlètes peuvent exprimer leurs valeurs et leur culture dans plusieurs espaces [zone mixte, conférence de presse, réseaux sociaux], mais l’espace des compétitions et le podium doivent rester dénués de messages, sans interférences pour qui que ce soit », a insisté Martin Fourcade. Avant de donner un exemple concret.

« En biathlon, le Norvégien Johan-Olav Botn vient de gagner l’individuel pour Sivert Bakken, qui aurait dû participer à ces JO mais qui est mort en décembre. Ses coéquipiers auraient pu envisager de faire apparaître son portrait sur eux pendant la course, mais cela aurait été refusé de la même manière. Les biathlètes ont pu parler de leur ami devant les médias. Je comprends totalement la démarche de Vladyslav Heraskevych, mais il doit respecter les règles de l’olympisme. Il a eu l’occasion de parler des victimes ukrainiennes à plusieurs reprises pour honorer leur mémoire. »

« La propagande russe » pointée du doigt

Cette décision ne satisfait pas le premier skeletoneur ukrainien à participer aux JO, qui se dit très mécontent de certaines « incohérences » dans les décisions prises : « Dans des cas semblables, d’autres athlètes ont été traités différemment et n’ont pas été sanctionnés. Lors d’une épreuve de snowboard, un athlète a exhibé un drapeau russe, ce qui est interdit par le règlement du CIO, mais il n’a pas été sanctionné. Cela me conduit à penser que cette décision joue en faveur de la propagande russe. »

Ce constat a été relayé sur X ce jeudi par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a qualifié le masque en question « d’hommage et de symbole de mémoire ». Le biathlète Taras Lesiuk a également exprimé son soutien à la démarche de son compatriote, déclarant à 20 Minutes : « Je connaissais bien certains athlètes dont les photos figurent sur son casque, c’est vraiment triste. Ce n’est pas juste : Vladyslav veut rappeler au monde entier le prix que nous devons payer pour notre liberté. »

Mykhailo Heraskevych, père de l'athlète de skeleton Vladyslav Heraskevych, était sous le choc de la disqualification, ce jeudi matin à Cortina.
Mykhailo Heraskevych, père de l’athlète de skeleton Vladyslav Heraskevych, était sous le choc de la disqualification, ce jeudi matin à Cortina. - F. Shbair/AP/SIPA

« Ce casque n’est pas une histoire de politique »

Alors que Vladyslav Heraskevych quittait le Cortina Sliding Centre ce jeudi midi, en compagnie de son père, manifestement abattu, le journaliste ukrainien Stanislav Oroshkevych, qui suit cette affaire de près depuis l’Italie, s’est également déclaré très affecté par cette exclusion, avec retrait d’accréditation pour le reste des Jeux. « Plus de 600 athlètes ukrainiens, dont de nombreux enfants et des vainqueurs de compétitions internationales des jeunes, ont été tués depuis le début de l’invasion russe », a confié le rédacteur en chef du site Tribuna.com.

Il a poursuivi : « Ce casque n’est pas une histoire de politique mais de mémoire à honorer. Personnellement, j’ai perdu mon premier entraîneur de cyclisme dans cette guerre. Ce casque de notre porte-drapeau olympique rappelle le souvenir de tous ces athlètes courageux, c’est une source d’inspiration pour nous tous. »

« Voici le prix de notre dignité »

Lucas Defayet, seul représentant français en skeleton pour ces Jeux en Italie, a exprimé sa tristesse concernant cette disqualification : « J’étais triste pour lui en apprenant dans la salle d’échauffement ce matin qu’il ne prendrait pas le départ. D’autant qu’il avait le potentiel pour aller chercher une médaille. Vladyslav est toujours assez discret concernant ce qu’il se passe dans son pays, mais il sait qu’il a tout notre soutien. »

Notre dossier sur les JO d’hiver 2026

Déterminé à « ne rien céder » malgré cette épreuve, l’athlète ukrainien a conclu sur un tweet puissant, son regard perdu sous ce casque symbolique, avec la mention : « Voici le prix de notre dignité ». Il a également critiqué les organisateurs des Jeux, en s’adressant aux médias : « À cause de ce scandale, le CIO gâche un moment olympique pour toute cette course, tous ces athlètes, et pas seulement pour moi. C’est une terrible erreur : vous êtes tous là mais vous ne regardez pas la course. » Il est vrai qu’une épreuve olympique de skeleton se déroulait durant cette étrange matinée à Cortina.