JO 2026 – Hockey sur glace : Canada – Etats-Unis, un divertissement ultime ?
Le Premier ministre de l’Ontario Doug Ford a annoncé que « l’Ontario autorisera les bars et les restaurants de toute la province à vendre de l’alcool à partir de 6 heures du matin » pour célébrer la qualification du Canada à la finale du tournoi olympique de hockey sur glace. Le match Canada-USA est programmé ce dimanche à 14h10 à Milan, soit 8h10 pour l’Est canadien.
De notre correspondant à Milan-Cortina,
Le Premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, sait où sont ses priorités. À la suite de la qualification du Canada pour la finale du tournoi olympique de hockey sur glace, après un match palpitant contre la Finlande (3-2 après prolongation), il a posté sur les réseaux sociaux : « Afin de célébrer au mieux l’équipe du Canada, l’Ontario permettra aux bars et restaurants de toute la province de vendre de l’alcool à partir de 6 heures du matin ».
À cause du décalage horaire, le match tant attendu entre le Canada et les États-Unis, prévu ce dimanche à 14h10 à Milan, se déroulera à 8h10 pour l’Est canadien (et même à 5h10 sur la côte Ouest américaine). Tous les fans de hockey attendent cette rencontre avec impatience depuis l’annonce d’un accord entre le CIO et la NHL pour libérer tous les joueurs de la meilleure ligue du monde.

Les Bleus ont subi la « Dream Team » de plein fouet
Il s’agit d’une première depuis les JO de Sotchi 2014, qui a contribué à créer un engouement mondial rarement observé autour de ces deux véritables Dream Teams. « On s’est rendu compte sur ces Jeux que les gens venaient avant tout à la patinoire pour voir les superstars canadiennes, sans forcément être supporteurs », explique Nicolas Ritz, qui a participé au tournoi avec l’équipe de France, éliminée en barrages par l’Allemagne (1-5).
L’attaquant d’Angers se souvient des quatre premiers matchs olympiques de sa carrière : « Jouer contre ce Canada-là, ça signifie se retrouver face à des superstars de plusieurs générations. Je pense à Sidney Crosby, Connor McDavid, Nathan MacKinnon, trois attaquants qui sont des extraterrestres de ce sport, plus le jeune Macklin Celebrini. C’était pour nous la chance d’une vie, on a affronté ce qui se fait de mieux dans l’histoire du hockey ».
Les Bleus ont, comme redouté, encaissé un sévère 10-2 lors de ce match de poule des JO de Milan-Cortina 2026 contre l’ogre canadien. « Depuis la glace, j’ai bien compris pourquoi personne ne parvient à arrêter ces gars-là », constate Nicolas Ritz. « Ils te trouvent des angles de passe dans des micro-trous de souris. » Cette rencontre entre deux mondes s’est conclue par un cadeau de Sidney Crosby au gardien français Julian Junca, qui fêtait son anniversaire : une crosse dédicacée.

Trois bagarres en neuf secondes de jeu, qui dit mieux ?
Bien qu’une bagarre improbable ait eu lieu dans ce match entre Pierre Crinon et Tom Wilson, l’ambiance ne sera aucunement bon enfant ce dimanche à Milan. Rappel historique des faits : les fans canadiens martèlent depuis vendredi à leurs voisins un palmarès opposé, avec 37 médailles d’or dans des grands tournois contre 4 pour Team USA. Il faut se souvenir d’un choc culte lors des Jeux en 2010, conclu par un but en or de Crosby, qui avait jeté ses gants dans la foulée.
En réponse, les États-Unis ont publié des clips vidéo survitaminés sur les réseaux sociaux, avec Lynyrd Skynyrd et AC/DC en fond sonore, pour motiver un pays qui recherche son troisième sacre olympique (seulement) après 1960 et 1980 (le Canada vise sa 10e médaille d’or en hockey). Parmi les extraits marquants figure un événement survenu le 15 février 2025 à Montréal, pour le Four Nations Face-Off organisé par la NHL.
Il s’est ainsi produit trois grosses bagarres dans les neuf premières secondes, pendant lesquelles des joueurs ont enlevé leurs gants pour se battre. « Je couvre l’actualité hockey depuis 27 ans et je n’avais jamais vécu un match comme ça », raconte Jeremy Filosa, journaliste pour la radio canadienne 98,5 Sports. « Il n’y avait pas encore eu la moindre action de jeu, donc les gens étaient sous le choc. »
Donald Trump au centre de cette animosité
Les bagarres étant tolérées (voire encouragées) en NHL et dans le Four Nations, avec seulement cinq minutes de pénalité, cette longue séquence a ravi les spectateurs et téléspectateurs jusqu’à l’autre côté de la frontière. « Un match de hockey n’avait jamais capté l’attention des médias américains comme ça, surtout qu’il y avait le All-Star Game NBA le même week-end », souligne Jeremy Filosa. Ce jour-là, les frères Tkachuk, Matthew et Brady, étaient à l’œuvre pour lancer les bagarres.
En plus de la rivalité sportive historique, ceux-ci n’avaient pas apprécié que leur hymne soit hué par le public de Montréal. « Au hockey, tu ne peux pas toujours avoir des gars qui servent la messe le dimanche », sourit le journaliste québécois. « Eux, ils aiment par-dessus tout jouer le rôle des vilains. De plus, ils avaient publiquement annoncé être des soutiens de Donald Trump, et ce contexte géopolitique a joué un rôle dans ces bagarres. » Réélu un mois plus tôt à Washington, le président américain avait immédiatement annoncé sa volonté de faire du Canada son 51e État, tout en augmentant les droits de douane.
Une situation explosive que les Tkachuk avaient utilisée pour enflammer l’événement. Le soufflé est-il vraiment retombé un an plus tard ? Le Canadien Connor McDavid a tenté samedi d’éviter de déplacer l’affiche sur un terrain diplomatique : « Je ne vais pas rentrer là-dedans, c’est un match de hockey ».
Gants lâchés et expulsions à venir ?
Cela reste un peu plus que ça, à bien écouter cet incontournable Brady Tkachuk : « Beaucoup de joueurs peuvent affirmer que ça va être le match le plus important qu’ils n’ont jamais joué. Personnellement, je ne veux pas revivre ce que nous avons vécu en perdant le 4 Nations l’an dernier. Il y a de la haine entre nous. » Le mot « haine » a donc été lâché par celui qui est durant toute l’année le capitaine de la franchise NHL… des Sénateurs d’Ottawa ! Maintenant que l’on connaît le sentiment profond du « bad guy » ultime de la sélection, quelle est la probabilité d’assister à une série de combats, comme il y a un an ?
« Je ne pense pas que des joueurs lâcheront les gants, ce qui entraînerait obligatoirement une expulsion comme le prévoit le règlement international », souffle Nicolas Ritz. « Mais dans le feu de l’action, en raison de leurs émotions et de leurs habitudes en NHL, des coups pourraient être portés. Dans chaque contact, ça risque de frapper fort dans les dix premières minutes. » Surtout sachant qu’une icône comme Sidney Crosby, blessé après des traitements subis lors du match contre les Tchèques en quart, et forfait lors de la demi-finale contre la Finlande, pourrait faire son retour. Tous les fans canadiens craignent de le voir ciblé par la défense américaine, notamment par les frères Tkachuk.
L’Américain Chad Langlais, joueur professionnel des Rapaces de Gap, a une position claire sur cette question : « Je souhaite vraiment que Crosby puisse jouer, afin qu’aucune équipe ne soit désavantagée. C’était marrant pour les demies : mon fils encourageait la Finlande contre le Canada. Je lui ai expliqué que je voulais absolument un USA-Canada, le plus beau match qui puisse exister, je suis tellement excité. » Chad Langlais doit disputer un match de Ligue Magnus à Grenoble ce dimanche (18 heures), mais il se débrouillera pour regarder cette grande finale dans le car avec ses coéquipiers, « c’est sûr ».
Place au « hockey sous stéroïdes »
Sur cette question, Jeremy Filosa remet un peu de contexte : « La situation géopolitique est très différente de février 2025, où les propos de Trump étaient encore frais. Mais avec tous ces gaillards, s’il y a une grosse mise en échec, cela pourrait être impossible de contrôler la violence derrière. Ces gars régleront leurs comptes, même au risque d’expulsions. » En conférence de presse de veille de match, l’entraîneur canadien Jon Cooper a multiplié les punchlines pour bien souligner l’aspect « unique » de ce rendez-vous pour chaque participant à cette finale.
« Les joueurs de NHL n’ont pas pu participer à des JO depuis douze ans. Certains de ces jeunes portaient encore des couches à l’époque ! Le 4 Nations nous a appris à quel point notre sport est intense, et ça n’était que l’apéritif. Le plat principal arrive ce dimanche. Ça sera du hockey sous stéroïdes ! »
Après un bilan mitigé au 4 Nations, cette confrontation avec des effectifs presque identiques excite tout le monde. Surtout compte tenu des sommets atteints lors des chocs États-Unis – Suède et Canada-Finlande.
Wayne Gretzky monte au front
« Ça sera du hockey d’une rare intensité, probablement jamais vu. Deux des meilleures équipes de tous les temps s’affrontent, et ça va être un match d’anthologie », conclut Brady Tkachuk, dont le père avait perdu l’or olympique, en 2002 à Salt Lake City, contre le Canada (2-5).
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Face à tous ces éléments passionnels susceptibles de faire dégoupiller les joueurs, qui « représentent la fierté de tout un peuple », le Canadien Wayne Gretzky, probablement le meilleur joueur de l’histoire, appelle à la mesure : « En fin de compte, le Canada et les États-Unis sont comme des frères et sœurs : ils vont se disputer et se chamailler, mais ils finiront par se réconcilier. » Pas certain que ce scénario soit à prévoir pour ce dimanche à Milan.

