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JO 2026 – Biathlon : Émilien Jacquelin et le relais « champagne » discutés.

Emilien Jacquelin a réalisé un premier tour de parcours en 5’37 » et a signé un tir couché parfait (5/5). Au total, il a mis 23,9 secondes à Botn, 36 »1 au Finlandais Seppala et 37 »3 au Suédois Nelin.

De notre envoyé spécial à Anterselva,

Il faut retenir qu’Emilien Jacquelin a eu la sensation de « mettre un moment » à rattraper le Canadien Logan Pletz, au début de ce relais mémorable. Cette épreuve olympique, jamais gagnée par l’équipe de France de biathlon, représentait l’objectif ultime de toute une équipe lors des JO de Milan-Cortina 2026, en raison des émotions intenses suscitées par l’arrivée en or d’Éric Perrot, qui était au bout du rouleau.

On croyait le rêve perdu après le parcours difficile de Fabien Claude au tir debout, avec 4 échecs (5 au total pour lui), entraînant un tour sur l’anneau de pénalité. À ce moment, les Bleus se retrouvaient 20èmes et derniers, et le Vosgien n’a pu que limiter les dégâts sur les skis lors de son dernier tour.

Le « petit cadeau » de Fabien Claude à Jacquelin

Quand Emilien Jacquelin a pris la relève, tout un chacun aurait pu envisager un long chemin de croix, démarrant à la 13e place, à 50,3 secondes de l’armada norvégienne, dominée par Johan-Olav Botn, vainqueur de l’individuel. « Ramener le relais à 50 secondes, c’est vraiment loin », soupire alors Simon Fourcade, entraîneur de l’équipe de France. Pourtant, Emilien Jacquelin n’est pas d’un tempérament ordinaire, comme le résume Jean-Pierre Amat.

« C’est un petit cadeau que lui a fait Fabien, sourit l’entraîneur du tir tricolore. Emilien ne rêve que de ça. S’il était parti le premier, il n’aurait peut-être pas osé. Là, ce n’est pas qu’il n’y avait plus rien à perdre, mais il fallait tenter un coup. On attendait ça de lui. » Et commence alors une remontée spectaculaire, digne d’un disciple de Marco Pantani.

Ajoutez donc leader de chorale sur la « Marseillaise » au palmarès des JO 2026 d'Emilien Jacquelin (en 3e position sur la photo), on n'est plus à ça près.
Ajoutez donc leader de chorale sur la « Marseillaise » au palmarès des JO 2026 d’Emilien Jacquelin (en 3e position sur la photo), on n’est plus à ça près. - A. Behar/SIPA

Jacquelin ressent « une fluidité totale »

Véritablement phénoménal sur les skis, Emilien Jacquelin réalise un premier tour impressionnant en 5’37 », reprenant déjà 20 secondes sur Botn. Son tir couché est parfait (5/5), tant en précision qu’en rapidité. « Après le couché, je me dis « allez, on se remet en mode victoire et rien d’autre ». Je suis déterminé, je ne pense qu’à aller de l’avant. C’est une sorte de fluidité totale, je ne distingue pas la partie tir de la partie ski. J’essaie de faire une performance globale », confie-t-il.

Et quelle performance… Peu enclin à la stratégie, l’Isérois ne relâche qu’une balle lors du tir debout et signe un nouveau bon chrono sur sa seconde partie (5’45 »7). Il dépasse tous ses adversaires un à un, y compris Johan-Olav Botn, avant de transmettre le relais à Quentin Fillon Maillet en tête de la course. Oui, EN TÊTE, avec une avance de 0,5 seconde sur la Finlande, 2 »7 sur la Suède et 16 »1 sur le grand rival norvégien.

Botn n’a « pas du tout compris » ce qu’il lui arrivait

Le tout alors qu’il avait le plus mauvais bilan de tir parmi les 12 premières équipes, au niveau de la Slovaquie et de l’Ukraine. Interrogé par 20 Minutes sur cette folie à Anterselva, Johan-Olav Botn a adopté une attitude fair-play envers son rival.

« Il était tellement loin que je ne recevais pas d’information à son sujet, explique-t-il. Puis quand j’ai vu qu’il était passé en tête, je n’ai pas du tout compris ce qu’il s’était passé. Il a vraiment fait une grande course, c’est lui qui a remis la France dans la bataille pour l’or. Avec Emilien, on ne sait jamais ce qu’il va sortir du chapeau, il est vraiment imprévisible. » Et doté pour une telle mission désespérée en finale, comme l’avait imaginé Jean-Pierre Amat.

Seul « QFM » a été plus rapide que lui sur les skis

« Il fallait un peu de magie, et l’homme qu’on appelle « biathlon champagne » a réalisé un énorme relais. Avec lui, ça peut aller aussi bien que mal parfois », témoigne Simon Fourcade, entre rires et larmes, touché par cette masterclass qui marquera l’histoire du sport français.

« Ce relais qu’il nous a fait, je n’ai pas en mémoire quelque chose d’aussi marquant, insiste Jean-Pierre Amat (63 ans). On dit qu’Emilien, c’est le « biathlon champagne », mais là c’était un magnum ! Nous étions déjà autour de la 15e place dans des relais après un premier tir couché. Mais ici, prendre le relais 13e et le ramener en tête… Et puis, ce sont les JO, pas une simple course de quartier ! »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les skis, Jacquelin a précédé Botn de 23,9 secondes, Seppala de 36 »1 et Nelin de 37 »3. Avec la deuxième meilleure performance de la journée sur 7,5 km (17’33 »3), juste derrière Quentin Fillon Maillet (17’28 »7).

From lanterne rouge cata to leader héros de la nation very quickly.
From lanterne rouge cata to leader héros de la nation very quickly. - Capture d’écran Eurosport

Ce Jacquelin au « naturel », c’est un immense oui !

Sur l’ensemble de la performance, incluant le temps passé sur le pas de tir, Emilien Jacquelin est également deuxième de ce relais mémorable (19’23 »6), juste derrière le fameux Sturla Laegreid (19’23 »1), qui a réussi un 10/10. Vous connaissez la suite : « QFM » a fait le nécessaire pour « matcher » avec Sturla Laegreid (trois médailles individuelles) et l’impressionnant Suédois Martin Ponsiluoma (vainqueur de la poursuite).

Enfin, Éric Perrot, dans la même seconde que la Norvège et la Suède au moment de prendre le dernier relais, a justifié son statut de leader de la Coupe du monde, malgré une grosse frayeur physique sur la fin. Mais tous les regards sont logiquement tournés vers notre ultime artiste, qui a déjà réalisé une performance héroïque bien qu’inachevée sur le sprint (4e à 4 dixièmes de Sturla Laegreid) et a décroché un bronze en poursuite.

« Je retrouve du naturel, se réjouit Emilien Jacquelin (30 ans). C’était un combat pour moi de vouloir évoluer ces dernières années. Je me perdais, je n’étais plus moi-même. Sur ces Jeux, j’ai l’impression de m’exprimer, et je ne force rien aujourd’hui. » À part l’admiration, comme celle d’un supporter français au loin, plus d’une heure après la compétition : « Emilien, on va te faire une statue, tu sais ! ». Faites-nous savoir l’heure du début des travaux, nous souhaitons absolument y assister.