JO 2024 : « Les habitants font plus attention », comment le street art rend les terrains de basket parisiens plus sexys

Le street art, nouvelle corde à l’arc artistique de Paris ? En se baladant dans les rues de la capitale, passants et touristes ne peuvent plus passer à côté des éclatants playgrounds qui jalonnent les quartiers, signés par un street artiste différent à chaque fois. Du TEP (terrains d’éducation physique en libre accès) Duperré dans le quartier de Pigalle à celui qui jouxte le jardin Nelson-Mandela près des Halles ou le terrain Vincent-Auriol, en plein cœur du XIIIe, Paris embellit ses rues à coups d’œuvres géantes, intégrées au mobilier urbain et en l’occurrence aux équipements sportifs. Pourquoi voit-on une explosion de ces œuvres d’art de rue sur les terrains de sport extérieurs ? Quel est le projet derrière ces embellissements ?

« Le plus renommé et l’un des premiers à avoir été peint, c’est le TEP Duperré où même des joueurs de basket étrangers veulent venir y mettre un panier, affirme Pierre Rabadan, adjoint à la Mairie de Paris en charge du sport, des Jeux olympiques et paralympiques. C’est le point de départ de notre réflexion du « projet héritage JO ». Une œuvre de street art intégrée à un playground, c’est tout bénéfique car c’est rapide à exécuter, c’est une amélioration des équipements sportifs parisiens et cela véhicule un lien culturel fort ». Au point que ce terrain, célèbre sur les réseaux sociaux et notamment Instagram pour son côté visuel, est quasiment devenu un site touristique de la capitale.

Pour Romain Froquet, artiste plasticien spécialiste du questionnement du lien autour de la ligne, et à l’origine du playground près des Halles, « se servir des belles valeurs du sport pour faire passer un message artistique, c’est parfait ». Et c’est bien le projet de la Mairie de Paris, qui table sur 34 terrains rénovés et embellis à l’horizon JO, grâce à des conventions passées avec des partenaires privés. « Si ça ne tenait qu’à moi, on les referait tous, s’exclame encore Pierre Rabadan. Dans ces lieux très urbanisés, il est essentiel de mettre de la vie et de la couleur au milieu des bâtiments, dans des quartiers populaires comme à Stalingrad sous la ligne de métro 2. C’est l’ambiance que l’on souhaite ».

Un « projet héritage JO »

« A Paris, les terrains extérieurs étaient dans un état assez dégradé, impossible dans ces conditions de les faire entrer dans notre « projet héritage JO », se remémore Pierre Rabadan. Les transformer en œuvres uniques de street art était une piste qui a permis de rallier la fédération de basket et certains de leurs partenaires privés ». Ainsi, la Mairie a passé une première convention avec cette fédé et son partenaire Caisse d’épargne, ainsi qu’avec l’Agence nationale du sport pour rénover dans un premier temps 15 terrains, dont le dernier inauguré se trouve dans le parc Montsouris, dans le 14e arrondissement. « Il a été réalisé exclusivement dans des teintes de vert parce que les Bâtiments de France sont intervenus et ont imposé des contraintes », expose l’adjoint à la Mairie de Paris.

Si le cahier des charges est généralement peu contraignant, excepté l’obligation du lieu, certains quartiers classés refrènent l’imagination artistique déployée par les street artistes. « Au Champ de Mars, les deux terrains qui doivent être rénovés, ne pourront pas être peints, on va essayer de travailler sur l’esthétique des paniers mais les architectes de France sont très rigides », confie Pierre Rabadan, qui ajoute que rénover un playground coûte environ 50.000 euros. Romain Froquet n’a lui pas connu de telles contraintes, « niveau créatif, j’avais carte blanche », pour transformer le terrain près du jardin Nelson-Mandela, et lui apposer sa signature unique.

« Donner un sentiment d’appartenance »

« J’ai impliqué pas mal d’enfants dans le projet, les commerçants du quartier également, pour que ce lieu appartienne à tout le monde, se rappelle l’artiste plasticien. C’est la dimension de l’art urbain : donner un sentiment d’appartenance à tous les usagers du lieu qui vivent dans le quartier ». Un point de vue que partage Pierre Rabadan : « le quartier est fier d’avoir un tel lieu valorisé et valorisable. Les habitants y font plus attention, il y a bien moins de dégradations. Tout le monde en sort gagnant ».

Il évoque également l’accès plus diversifié à ces terrains, une fois le lieu embelli. « C’est vraiment plus attractif, notamment pour les filles, qui trouvent le lieu moins hostile, avec plus de monde, plus sécuritaire ». L’élu à la Mairie de Paris en a fait l’expérience lors d’une visite du TEP Léo Lagrange dans le 12e, « où pas mal de filles vont y jouer ». C’est aussi le moyen d’emmener plus de jeunes vers le sport, en collaborant avec les associations locales pour fidéliser la pratique. « Le basket a une proximité très forte avec la culture urbaine, c’était le sport le plus évident à associer avec ces playgrounds uniques, narre Pierre Rabadan. On devrait aussi se déployer sur le handball et le foot, comme on l’a testé à l’occasion de l’Euro avec TikTok, et qui a très bien marché ».

« De plus en plus de marqueurs de la culture street art »

Pour l’heure, c’est donc le basket qui tient la corde. La mairie a également signé un partenariat avec la NBA, qui débarque à Paris jeudi soir. « Les Chicago Bulls et les Detroit Pistons financent chacun une fresque de street art dans deux équipements sportifs, un dans le gymnase Kellermann dans le 13e et l’autre dans le gymnase Didot dans le 14e arrondissement », complète Pierre Rabadan. « Le sport et l’art, c’est une très bonne recette, se réjouit aussi Romain Froquet, dont le travail sur la ligne raisonne avec les terrains délimités et par les règles du jeu. « La ligne est partout dans le sport, graphiquement c’était hyper intéressant. Et voir des gens jouer au basket sur une œuvre que tu as réalisée, c’est génial. On ne fait pas ça avec un tableau », plaisante-t-il.

« A Paris, on a de plus en plus de marqueurs de la culture street art et on s’en réjouit », partage Pierre Rabadan, citant notamment le 13e arrondissement, le tunnel des Tuileries « à l’origine bien glauque ». « Même s’il y a un attachement au caractère non pérenne du street art, on se dirige en effet vers une normalisation de cette forme d’art, qui permet de décoller l’étiquette trop souvent apposée de dégradation ». « Quand on se lance dans le street art, on sait que c’est éphémère, que la rue est un terrain de jeu et que nos œuvres peuvent disparaître à tout moment », poétise Romain Froquet. « Mais ce sont de véritables œuvres d’art », insiste l’élu de Paris. A bientôt dans la saison 4 d’Emily in Paris ?