JO-2022 : « Un défi fou », Margot Boch et Carla Sénéchal veulent être les premières Françaises qualifiées en bobsleigh

Carla Sénéchal et Margot Boch forment le seul équipage de bobsleigh français depuis l’été 2018. — David Malacrida

  • Pratiquante de luge de 14 à 18 ans, Margot Boch s’est mise à chercher en 2018 une partenaire pour se lancer dans le bobsleigh.
  • Elle a rencontré Carla Sénéchal, également savoyarde, et athlète de niveau national sur 100 m. La première équipe féminine de bob française depuis une dizaine d’années est alors née à La Plagne.
  • Les deux jeunes filles, très complices, sont entrées dans le circuit mondial et ambitionnent une qualification pour les Jeux olympiques de 2022 à Pékin. Il s’agirait d’une grande première pour le bobsleigh féminin tricolore.

D’une simple prise de contact sur Facebook en juillet 2018 à une participation aux Jeux olympiques 2022 à Pékin ? C’est « le défi fou » que se sont lancées la pilote Margot Boch (21 ans) et la pousseuse Carla Sénéchal (24 ans) en créant leur équipe de bobsleigh à deux. Il s’agirait même d’une première historique pour des Françaises aux JO. « C’est très dur de savoir comment commencer ce sport, confie Margot Boch, dont le père et le grand-père étaient tous les deux bobeurs. Avec une arrivée à 130 km/h dans les virages, c’est une discipline qui impressionne. On espère donner envie aux plus jeunes de s’y mettre. »

Souhaitant basculer de la luge (en solo), qu’elle pratiquait depuis l’âge de 14 ans, au bob à deux, Margot, originaire de La Plagne (Savoie), a donc contacté la Chambérienne Carla Sénéchal, jusque-là athlète de niveau national sur 100 m. « Beaucoup de pousseuses viennent de l’athlétisme car il faut de la vitesse et de l’explosivité, explique Carla. Et puis en tant que savoyarde, je connaissais la discipline. Après un été à travailler la technique de la poussée et notre synchronisation, on s’est très vite retrouvées en train de traverser l’Europe en conduisant notre bob de 200 kg dans un petit camion. »

Les « sœurs jumelles » découvrent le circuit européen après trois mois

La famille de Margot a financé le précieux engin qui vaut 50.000 euros. Si on ajoute à cela le fait que la France ne présentait plus d’équipe féminine depuis une dizaine d’années, cette aventure nous pousserait presque à fredonner I can see clearly now de Jimmy Cliff. « On nous dit souvent qu’on fait du bob comme dans Rasta Rockett. Le film est bien fait, il nous fait parfois penser à notre histoire », estime Carla Sénéchal. « La vraie différence, c’est que j’étudie les virages avant les courses sur ordinateur et non avec des photos dans une baignoire », se marre Margot Boch.

Margot et Carla sont tellement complices que leurs adversaires ont cru qu'elles étaient sœurs jumelles. Un surnom est aussitôt né dans le monde du bobsleigh. Margot et Carla sont tellement complices que leurs adversaires ont cru qu’elles étaient sœurs jumelles. Un surnom est aussitôt né dans le monde du bobsleigh. – David Malacrida

L’arrivée sur le circuit européen des deux jeunes tricolores, avec une 14e place à Königssee (Allemagne) en octobre 2018, n’est pas passée inaperçue. « Tout le monde nous demandait si nous étions sœurs jumelles, comme on est blondes aux yeux bleus, avec de petits gabarits, ce qui est rare en bob, se souvient Carla Sénéchal. Et notre complicité leur a fait croire qu’on se connaissait depuis toujours. »

Elles ont gagné cinq secondes en deux ans

Elles héritent aussitôt du surnom de « Twin sisters » et commencent à partager leur temps entre l’Allemagne, référence mondiale avec ses quatre pistes, et La Plagne, où se situe la seule piste française, qui avait accueilli les JO d’Albertville en 1992. Après avoir enchaîné deux podiums en Coupe d’Europe fin 2019, c’est d’ailleurs sur leurs terres savoyardes qu’elles obtiennent une prometteuse 6e place, lors de leur première étape de Coupe du monde en janvier 2020.

Cinquièmes en Lettonie puis sixièmes en Autriche cette saison sur le circuit mondial, les deux bobeuses se préparent actuellement pour les championnats du monde à Altenberg (Allemagne) les 5 et 6 février. En deux ans, les Twin sisters ont amélioré leur temps de cinq secondes sur des courses qui durent en moyenne une minute. Et pourtant leur belle progression ne leur permet pas pour autant de vivre de leur passion.

Les deux Savoyardes en plein entraînement, dans leur station de La Plagne. Les deux Savoyardes en plein entraînement, dans leur station de La Plagne. – David Malacrida

« Ces sacrifices, nous les faisons les yeux fermés »

« Durant notre saison de cinq mois, tous nos déplacements sont désormais pris en charge par la fédération, précise Margot. Mais nous ne sommes pas professionnelles, nous n’avons aucun revenu et nous dépendons du soutien de notre famille. » Un choix assumé pour les deux Savoyardes, qui poursuivent à distance leurs études, de préparation physique pour Carla et de commerce pour Margot.

« On sait qu’on n’assure pas notre avenir avec le bob, explique Carla. Mais ces sacrifices, nous les faisons les yeux fermés tant nous rêvons depuis notre rencontre, des JO de 2022. » Suivies de près par l’ancien pilote Bruno Mingeon et son ex-coéquipier Max Robert, devenu leur préparateur physique, vainqueurs de la seule médaille olympique (de bronze) dans l’histoire du bobsleigh français, en 1998 à Nagano, elles ambitionnent « un Top 10 à Pékin », puis « un podium en 2026 ». En France aussi le bob a une équipe.

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