JO 2022 : Sous la (vraie) neige, les Bleus du snow se plantent à cause d’un gros problème de fartage

De notre envoyé spécial à Zhangjiakou,

Que-ah, on nous aurait menti ??? En arrivant dans la station de Zhangjiakou, il y a bientôt deux semaines, on nous avait vendu (et on VOUS avait vendu) un hiver sans neige, avec à peine 2 à 3 cm par mois. Or, ce matin, en ouvrant les rideaux de la chambre d’hôtel, quelle ne fut pas notre surprise en voyant le grand manteau blanc qui recouvrait les montagnes environnantes. Après avoir planté le doigt dedans, on était formel : à moins d’une demi-heure du départ de l’épreuve de snowboardcross par équipe, il était facile tombé 4 à 5 cm et la visibilité était très moyenne.

Partant de là, on savait que les conditions allaient jouer un rôle central dans les runs du jour et, donc, que la préparation des planches serait primordiale pour espérer quoi que ce soit. Ça n’a pas manqué. Mais à ce petit jeu, force est de constater que les techniciens de l’équipe de France sont passés à côté de leur sujet ce samedi. Il nous a fallu quoi ? Allez, dix secondes, le temps de voir nos riders littéralement scotchés à la piste, comme s’ils transportaient avec eux Bing Dwen Dwen (la mascotte des Jeux), pour comprendre que les grands espoirs qu’on avait placés en eux pour remonter la France au classement des médailles étaient déjà morts et enneigés.

La France perd la bataille du fartage

Notez que leurs concurrents ne glissaient pas non plus à la vitesse de Buzz l’Eclair mais, au petit jeu de la comparaison, il n’y a quand même pas photo. « J’ai fait un bon start mais dès que j’ai mis la planche à plat, ils m’ont dépassé comme des boulets de canon », confirme Loan Bozzolo après une course cauchemardesque où il finira dernier. En amoureux de sport, on regrettera le manque de spectacle pour cette épreuve qui faisait ses premiers pas aux Jeux. En amoureux des Bleus, on regrettera qu’il n’y ait jamais eu match.

« On est frustré car nous, ce qu’on aime, ce sont les boardeurs techniques, qui glissent, où il y a du challenge, soufflait Chloé Trespeuch dans la foulée de l’élimination en quarts de finale. Là c’était juste un test de glisse géant, on a perdu car on n’avait pas les meilleurs produits sous les planches. On n’a clairement pas pris de plaisir. »

Au moins, cette épreuve nous aura permis de nous rendre compte que, autant qu’en ski de fond ou en biathlon, le travail de fartage des techniciens est primordial pour performer. Merlin Surget : « On n’en parle pas souvent en snowboard mais c’est aussi très, très important. Vous ne pouvez même pas vous imaginer comment ça bosse dans l’ombre. » S’ils ont bien dû admettre que les « techos » étaient passés à côté aujourd’hui, aucun des quatre riders engagés samedi (Bozzolo-Pereira de Sousa d’un côté, Surget-Trespeuch de l’autre) n’a voulu les enfoncer plus que ça. Au contraire, ils n’ont cessé de rappeler à quels points ces petites mains de l’ombre faisaient un « taf de ouf », pour reprendre les mots de Perieira de Sousa, la snowbordeuse médaillée en indiv à Pyeongchang.

Les Bleus auraient voulu reporter l’épreuve

« On n’incrimine pas nos techniciens, ils travaillent plus que nous, ils sont plus investis que nous (sic). Ce sont des fous, ils se réveillent en pleine nuit pour essayer des trucs, ce sont des chimistes. Ils ont un travail hyper dur. Aujourd’hui ils n’étaient pas là mais on ne leur en veut pas », explique Bozzolo en zone mixte, à quelques mètres de la ligne d’arrivée. « C’est hyper important de le préciser, insiste Chloé Trespeuch, on les aime ! ». Ceux-ci ont bien tenté de trouver une solution entre la séance d’entraînement du matin, où quasiment aucuns Français n’ont réussi à terminer son run tellement ils manquaient de vitesse, et le début de la course. En vain.

Du côté du staff, on l’admet sans ambages. « Ce n’est pas eux qui ont démérité, c’est nous qui nous sommes plantés dans le fartage, a concédé Luc Faye, le directeur snowboard à la FFS à L’Equipe. Ce sont des choses qui arrivent. Malheureusement, ça arrive le mauvais jour. Avec ce type de neige, un peu surprise, on n’attendait pas autant de quantité de neige dans la nuit, ce n’est pas ce qui était annoncé. Clairement, on s’est trompé sur ce côté de la préparation. »

« C’était moins pire », sourit Trespeuch, mais pas suffisant pour espérer quoi que ce soit. Voyant le fiasco venir gros comme une maison, les Bleus ont demandé à leur coach de pousser pour un report de la course au lendemain, mais les organisateurs (et les autres équipes) en ont décidé autrement. « Ça aurait été plus juste de reporter, lâche Bozzolo, blasé comme jamais. Là, ça va être des médailles données aux techniciens plus qu’aux athlètes. Après il en faut des meilleurs que d’autres, aujourd’hui ce n’est pas nous, on espère que ça sera pour la prochaine fois. » Rendez-vous dans quatre ans, à Milan-Cortina.