JO 2022 : Comment Chloé Trespeuch a « tué la routine » pour arracher l’argent au snowboardcross à Pékin

De notre envoyé spécial à Zhangjiakou,

Quel est le point commun entre l’alpinisme et le snowboardcross (à part la montagne, on s’entend) ? La bonne réponse est : la médaille d’argent de Chloé Trespeuch glanée, mercredi, au snowpark de Zhangjiakou, huit ans après le bronze de Sotchi et quatre ans après l’immense déception d’une cinquième place en finale à Pyeongchang. De son propre aveu, la Vendéenne a beaucoup appris de son échec en Corée du Sud, notamment « dans la manière de [se] préparer à la fois mentalement et physiquement ».

Pour le mental, on valide haut. Car après un marathon médiatique interminable qui l’aura vu passer devant à peu près toutes les télévisions françaises possibles et imaginables – il y a bien que KTO TV qui n’a pas dû l’avoir mercredi – la snowboardeuse n’a pas bronché au moment d’arriver devant nous, en zone mixte, pour répéter inlassablement la même chose.

« La routine me tue »

On disait quoi déjà ? Ah oui, l’alpinisme, c’est vrai. Après les JO 2018, Chloé Trespeuch a ressenti le besoin de modifier en profondeur sa manière d’aborder sa préparation physique. Car la native de Bourg-Saint-Maurice est du genre à kiffer la compétition, un peu (beaucoup) moins « la routine de la préparation ». « Ça me tue », concède-t-elle alors que le soleil de Zhangjiakou se fait la malle derrière les montagnes.

Je me suis rendue compte avec le recul que, lors d’une prépa classique, je perdais en intensité sans m’en apercevoir. Donc j’ai voulu me mettre des challenges chaque été afin d’être tout le temps au max et sortir de ma zone de confort. J’ai choisi de faire entrer plus de sport dans ma prépa physique. J’ai fait un peu d’alpinisme, j’ai fait un semi-marathon. Je marche beaucoup au défi. »

Et ça paye ! Les kilomètres avalés lors de sa traversée du Pelvoux l’ont accompagné dans la descente du jour. Car la piste chinoise est, selon la plupart des snowboardeuses présentes sur ces Jeux, la plus dure physiquement qu’elles n’aient jamais connu. « Quand j’ai mal aux jambes dans le border, j’essaye de me rappeler que j’ai eu bien plus mal en faisant de l’alpinisme ! Ici, c’est rien à côté ! C’est 1’30’’ d’effort, le Pelvoux c’est douze heures ! », se marre-t-elle.

Trespeuch préfère chasser

Il n’empêche, durant ces minutes et demie, la Française a eu le temps de passer par toutes les émotions. « Le sourire dans le start », avant d’entamer la finale, mais les doutes en amont, lors des qualifs, du quart et de la demi. En cause, véridique, de trop bons départs dans les manches avant la finale. Car il y a une chose qu’il faut savoir au sujet de la médaillée de bronze à Sotchi, c’est qu’elle n’aime rien de plus que de faire la course en queue de peloton. Explications : « Je sais, c’est bizarre à dire, mais en tête, ce n’est pas ma place (rires). J’adore être derrière, y’a un vrai côté stratégie, il faut choisir sa ligne en fonction des autres. Je le travaille beaucoup, ça fait partie de mes points forts. »

On a demandé à Kévin Strucl, son entraîneur depuis quatre ans, si lui aussi se payait des montées de stress en voyant sa pouliche aux avant-postes dès le top départ. La réponse est niet : « Moi, très franchement, je préfère la voir devant, sourit-il alors que, cette fois, la nuit est vraiment tombée sur Zhangjiakou. Après, il y a toujours de la peur. Il y a un truc un peu français, c’est qu’on a du mal à se mettre en route dans les premiers runs. Du coup, on part devant, on se fait rattraper et on se fait des petites frayeurs. Mais je vais finir par croire qu’on aime ça parce qu’on le fait tout le temps. »

Le « gros câlin » qui fait du bien

Pas que dans les runs de chauffe, d’ailleurs. Aux entraînements aussi, si l’on en croit Strucl. « Ce matin, il y avait de la tension chez Chloé, confie-t-il. Lors du premier training, elle fait à peu près toutes les erreurs possibles. Disons les choses, elle a fait un premier training de merde. Derrière, la qualif ne se passe pas très, très bien non plus (8e). En quarts aussi elle se fait des frayeurs. Après ça, on s’est dit qu’il fallait se relâcher et kiffer un peu l’événement. »

Mission accomplie. Et même plus. Car si l’or lui échappe au profit de la doyenne de la discipline, l’Américaine Lindsey Jacobellis (36 piges et 5 JO dans les pattes), Trespeuch semblait vraiment bouleversée en franchissant la ligne d’arrivée finale. Son coach, quant à lui, jouait les Kevin Mayer en chevauchant les barrières de sécu pour se jeter dans les bras de son athlète. « C’est normal, explique-t-il. Ça fait quatre ans qu’on se prépare pour ça, donc l’émotion est forcément forte. D’autant qu’en snowboardcross, il peut se passer tellement de choses en piste, on peut être le favori et s’écrouler, on l’a encore vu avec Charlotte Banks [la Française passée dans le camp britannique pour ces Jeux et sortie en quart de finale mercredi]. D’où le gros câlin ! »

« J’étais émue quand j’ai passé la ligne, mais encore plus quand j’ai vu mes coachs, car je sais à quel point il sont impliqués, ils donnent pour qu’on soit performants. Voir la fierté dans leurs yeux, ça m’a vraiment touché ! » Il s’agit maintenant de se remettre de ces émotions, car la course par équipe l’attend dès samedi. D’ici là, pourquoi pas aller crapahuter dans les montagnes de Zhangjiakou. Ce n’est pas le Pelvoux, mais ça monte quand même pas mal.