JO 2022 – Biathlon : Avec cette médaille d’argent en relais, les Bleus célèbrent « les copains » d’abord

De notre envoyé spécial dans le salon de Quentin Fillon-Maillet (en Chine),

Une fois n’est pas coutume, ne nous en voulez pas si on commence ce papier par parler d’autre chose que de la nouvelle médaille (d’argent) française de biathlon, acquise lors du relais mardi aprem au terme d’une superbe bagarre avec les Norvégiens, en or, les Russes, en bronze et les Allemands en chocolat. Non, on va commencer par envoyer un message amical à Latypov, à qui l’on conseillerait de ne pas rentrer trop tôt au pays, le temps que les officiels oublient. Oublier qu’avant le dernier tir debout, l’équipe du ROC avait un waterbed d’avance sur ses trois poursuivants et que l’or ne pouvait leur échapper.

Ça, c’était avant que le dernier relayeur russe ne se craque dans des largeurs qu’on n’avait encore jamais vues. A sa décharge – on était juste derrière lui au moment où il a armé son tir – un drôle de rigolo du service nettoyage n’a rien trouvé de mieux à faire que de sortir son souffleur à neige pour briquer un foutu tapis qui ne dérangeait absolument PERSONNE. Deux membres de l’organisation se sont alors jetés sur lui pour éteindre sa machine de l’enfer aux décibels digne d’un caisson de bass dans une teuf tek bretonne, mais le mal était fait. Résultat, trois fautes dégueulasses et deux tours de pénalités en forme de cadeau diplomatique pour Vetle Christiansen et Quentin Fillon Maillet, qui passeront la ligne d’arrivée dans cet ordre.

Un scénario sans queue ni tête

Cinq, le compte est bon pour QFM. Après avoir marqué l’histoire dimanche soir, en devenant le premier français ever à rafler quatre médailles en une seule olympiade hivernale, le Franc-Comtois poursuit tranquillement sa razzia et place la barre à une hauteur qui sera difficile à franchir dans le futur. Mais contrairement aux jours passés, où il semblait tout en maîtrise, « Robocop » nous a fait peur ce mardi, affichant une certaine fébrilité au tir couché (une faute, ok, on pinaille), même si ses cuissots d’extraterrestre lui permirent de vite revenir sur la Norvège et l’Allemagne, dans ce qu’on imaginait alors être un sprint à trois pour seulement deux places sur le podium. Jusqu’à ce que Latypov, dont le manque d’adresse ne peut pas entièrement reposer sur les lubies d’un gars du nettoyage, ne bouleverse totalement la donne.

Au vrai, cette course a connu tellement de rebondissements qu’on s’y perd un peu. Alors on va laisser Simon Desthieux refaire le match, parce qu’il nous a fait ça à merveille en zone mixte : « La Russie se retrouve assez vite en tête, les Norvégiens font un tour de pénalité dès le premier relais et se retrouvent assez loin. Quand j’ai vu ça à l’échauffement, je me suis dit qu’il y avait vraiment un coup à faire mais, au final, c’est comme souvent, Johannes Boe ramène la Norvège juste derrière moi. Il est incroyable dans ce genre de situations. C’est là où tout se joue pour eux. Ensuite il y a ce dernier tir. Quand on voit la porte ouverte par le Russe, on voit qu’il commence à hésiter, on se dit qu’il y a vraiment un coup à faire et au final c’est chouette parce que ça fait deuxième place. » Merci Fabien, tu passeras à la compta prendre ton cachet.

Jacquelin donne rendez-vous aux copains

On aurait bien aimé avoir la réaction de QFM sur cette première médaille olympique en relais depuis Turin 2006, mais le quintuple médaillé a fait sa diva (ça va, on rigole). « Trop froid », dit-il avant de s’éclipser. « Moi je réponds ici, j’ai pas froid », le chambre Fabien Claude. Aujourd’hui c’est plus qu’une victoire collective, on se demande comment c’est possible qu’il n’y ait pas eu de médaille en relais depuis 16 ans et la génération de Raph Poiré, de Vincent Defrasne. Donc ouais, celle-là, elle est belle ! ». Simon Desthieux, qui a vécu les deux derniers échecs olympiques en relais, complète : « C’est vrai que ça tirait un peu la gueule en 2014 et 2018, parce qu’on attend tellement de cette course-là, pour l’équipe, pour le staff. Aujourd’hui on rattrape un peu ces derniers relais manqués et ça fait plaisir ».

En coach pointilleux qu’il est, Vincent Vittoz ne manque cependant pas de « regretter un peu l’or au vu du scénario ». Pas tant sur le dernier tir de Fillon Maillet (deux pioches) puisque le héros tricolore des Jeux n’avait pas les jambes atomiques de la première semaine, mais « plus au fil de la course avec quelques imperfections. » A l’arrivée, s’il fait la fine bouche, Vittoz finit par lâcher un sourire et dire que « ce groupe-là la mérite réellement ».

Et il ne l’oubliera pas de sitôt. En effet, dès dimanche, au sortir de la poursuite, Emilien Jacquelin rêvait de cette médaille collective afin de pouvoir se la rappeler entre copains, au détour d’un feu de bois, avec un Brandy dans une main et un cigare dans l’autre. « C’est bon, j’ai lancé l’invitation pour qu’on se retrouve à chaque olympiade, lorsqu’on sera tous retraités, pour regarder le relais masculin ensemble et se remémorer ce merveilleux moment, apprécie-t-il. Ça fait quatre ans que je suis dans cette équipe et que je passe de merveilleux moments. Ce sont devenus des amis, on est tous différents mais on s’entend tous super bien et cette médaille symbolise toutes ces années passées ensemble. C’est pour ça qu’elle me tenait à cœur. Ça va au-delà d’une médaille olympique, c’était pour concrétiser cette amitié. »