JO 2022 : Alexis Pinturault a vécu un enfer lors du combiné, entre espoirs de médaille déchus et blessure lors de sa chute

De notre envoyé spécial à Yanqing,

C’en était trop. En se présentant dans la zone mixte, au pied de la piste de slalom de Yanqing, jeudi, Alexis Pinturault n’a pu retenir ses larmes. Pendant une longue minute et demie, le skieur français est resté là devant nous, la tête dans les mains, avant que l’attaché de presse de l’équipe de France de ski ne le prenne par les épaules pour lui glisser quelques mots de réconforts. « Allez Alex, c’est pas grave, t’as fait ce qu’il fallait. C’est l’état d’esprit qui compte aujourd’hui, retiens ça. C’est dans la descente que ça a été compliqué. Là, t’as fait ce qu’il fallait. C’est ça qu’il faut garder », lui murmure Laurent Chrétien.

Les mots sont simples mais efficaces. Il vient même de résumer pour nous le scénario du combiné du jour. En se présentant ce matin pour la descente, et malgré une saison faite de galères jusqu’ici, Alexis Pinturault faisait encore office de favori. Mais les espoirs se sont vite envolés – ou hypothéqués, selon qu’on soit plutôt team verre à moitié vide ou verre à moitié plein – après une erreur à mi-course.

Une faute en descente qui lui coûte cher

« Je me fais asseoir fortement et je perds énormément la ligne, décrivait-il sur les coups de 11h20, heure locale, juste après la descente. Je dois marquer en dessous et, surtout, je n’emmène pas de vitesse. Quand on se fait asseoir comme ça, derrière on a du mal à générer de la vitesse. » Malgré ça, le skieur de Courchevel n’imagine pas un seul instant se manger un si gros écart (1 »92 du leader Kilde) dans les dents en passant la ligne.

« Je suis un peu secoué, nous dit-il en regardant son score sur l’écran. Je savais que ce n’était pas l’idéal de faire une erreur à cet endroit-là, mais je ne pensais pas que ça serait à ce point. J’espérais être encore suffisamment haut dans le mur pour pouvoir générer de la vitesse avant le plat. Malheureusement, c’était dans mes rêves ça… La réalité c’est que ça me coûte cher. »

Au point de n’avoir d’autres choix que d’envoyer la sauce lors du slalom programmé trois heures plus tard, comme le disait Laurent Chrétien. Et de risquer la gamelle. C’est ce qui s’est produit après quelques portes à peine, et une trentaine de secondes sur la piste. « J’avais le couteau sous la gorge et pas 50 options devant moi », dira-t-il une fois les larmes séchées. J’attaque et, derrière je me fais un peu coincer dans une double (porte) qui était relativement serrée. Du coup je suis obligé de balancer un peu les pieds et j’ai une réaction assez forte du ski qui me renvoie vers l’avant. C’est ça qui fait que je retombe sur le coude. »

Ah oui, il y a ça aussi. Non content d’avoir dit adieu à son rêve d’or olympique sur sa discipline favorite – Quadruple vainqueur du globe en 2016, 2017, 2019 et 2020, dix succès en Coupe du monde, médaillé d’argent lors des Jeux 2018 ou lors des derniers Mondiaux, excusez du peu – Alexis Pinturault s’est aussi blessé à l’épaule droite.

Une saison en « enfer »

 Le staff médical de l’équipe de France n’a pas souhaité se prononcer dans un premier temps. « C’est de la neige dure donc, même s’il est costaud, il faut qu’on voie », nous a simplement indiqué David Chastan, le directeur des équipes de France de ski alpin, avant que les premiers résultats ne se montrent plutôt rassurants, évoquant « une contusion simple de l’épaule ».

« Là je suis encore chaud, embraye Pintu. C’est pour ça que c’est très dur de dire si ça va dans le bon ou le mauvais sens. Mais je suis quand même plutôt optimiste quant à la possibilité d’être au départ des deux prochaines courses (le slalom géant, dimanche, et le slalom, mercredi). Mais de là à être à 100 %, c’est impossible à dire maintenant. »

Après une saison dernière fantastique, qui l’aura vu empocher le gros globe de cristal récompensant le vainqueur du classement général de la Coupe du monde, le natif de Moutiers vit des derniers mois cauchemardesques. A une triste 9e place au classement de la Coupe du monde, celui-ci ne parvient pas à sortir la tête du canon à neige.

Après sa 7e place lors du slalom de Kitzbühel, fin janvier, Pinturault disait carrément avoir « le sentiment que cette saison est un enfer ». Et en déboulant à Pékin il y a quelques jours, pour ce qui ressemble fort aux derniers Jeux de sa carrière, il nous confiait qu’il pourrait difficilement faire pire. Pour le moment, malheureusement, ça en prend bien le chemin.