JO 2021 : Un nageur birman renonce à son rêve olympique pour protester contre la junte au pouvoir

Win Htet Oo refuse d’aller aux JO sous la bannière birmane. — Asanka Brendon Ratnayake / AFP

S’il ne permettait pas de lui accorder une qualification directe pour les Jeux via les critères de la Fédération internationale, le chrono réussi en 2019 aux Jeux d’Asie du Sud-Est par le nageur birman Win Htet Oo (22 sec 62 sur 50 m nage libre, soit la 128e performance asiatique cette année-là, selon la Fina) le mettait potentiellement en lice pour Tokyo.

Mais il y a quelques semaines, alors que les prétendants du monde entier attendent avec impatience de participer enfin à l’édition 2020, retardée d’un an, le nageur de 26 ans a annoncé qu’il renonçait. « Accepter le MOC (Comité national olympique birman) tel qu’il est actuellement dirigé, c’est reconnaître la légitimité d’un régime meurtrier, a-t-il écrit le 10 avril sur Facebook. Dans le défilé des Nations, je ne marcherai pas sous un drapeau imprégné du sang de mon peuple. »

L’armée a pris le pouvoir en Birmanie le 1er février dernier lors d’un coup d’Etat qui a renversé le gouvernement civil de l’ancienne prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi. Depuis, le pays est plongé dans une crise profonde, les militaires réprimant dans le sang les manifestations quasi quotidiennes organisées pour réclamer le retour de la démocratie.

La junte « salit les valeurs olympiques »

Un vaste mouvement de désobéissance civile a également vu le jour, paralysant une grande partie de l’économie et les services publics du pays. Pour Win Htet Oo, faire l’impasse sur Tokyo était sa façon de participer à ce mouvement. « Je voulais montrer aux Birmans que les athlètes peuvent participer au mouvement de désobéissance civile », a-t-il déclaré à l’AFP, s’exprimant depuis Melbourne, en Australie, où il réside. « M’imaginer marchant tout sourire derrière mon drapeau à faire comme si tout allait bien en Birmanie m’a franchement dégoûté. (…) Cela aurait été un exercice de propagande », a-t-il soulevé.

La communauté internationale a largement condamné les agissements de la junte, et des grandes puissances dont les États-Unis, l’UE et la Grande-Bretagne ont imposé des sanctions contre les hauts gradés militaires. En mars, Win Htet Oo a écrit au Comité international olympique (CIO), demandant à concourir en tant qu’« athlète olympique indépendant » en raison des violences en cours dans son pays. Mais sa requête a été refusée, selon lui. « J’essaie de faire savoir au CIO et aux gens en général que le MOC n’est pas un comité olympique légitime et qu’il salit les valeurs olympiques », dit-il dans un soupir.

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