JO 2021 : « Je ne savais vraiment rien de lui »… Marcell Jacobs, vainqueur du 100 m, qu’absolument personne n’attendait

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Ça va les Italiens, on vous embête pas trop cet été ? On plaisante bien sûr (quoique…), mais en ce moment, nos voisins ont la fâcheuse tendance de gagner beaucoup trop de choses pour qu’on laisse filer sans rien dire. L’Euro de foot, passe encore, il y a une petite tradition culturelle derrière. Mais le 100m des Jeux olympiques, alors ça, on l’avait pas vu venir. Personne, d’ailleurs. Lamont Marcell Jacobs, sacré ce dimanche soir à Tokyo, a vraiment choisi son jour pour se révéler aux yeux du monde entier.

La surprise est immense. Par où commencer ? Le sprinteur de 26 ans n’avait aucune référence solide avant de se pointer à ces JO. Demi-finaliste des Mondiaux 2019 et des Europe en 2018, pour les derniers grands championnats disputés, une année 2021 où il monte en puissance, quand même, avec un titre de champion d’Europe en salle sur 60m, et puis deux petits passages sous les 10 secondes au début de l’été. Mais pas de quoi en faire un candidat à la succession d’Usain Bolt. Surtout de cette manière. L’Italien a battu une première fois le record d’Europe de Jimmy Vicaut en demies (9’’84), avant de remettre ça en finale (9’’80). Inimaginable.

« Je suis surpris par le chrono, c’était la folie ce soir, souffle Andre De Grasse, médaillé de bronze comme à Rio. 9’80 de la part de l’Italien, je ne m’attendais pas à ça. Je pensais que mes principaux concurrents seraient les Américains, mais il était venu pour jouer et ça lui a souri, donc bravo à lui. » Les Américains étaient en effet passés par la fenêtre, le champion du monde Christian Coleman depuis un moment avec ses trois « no shows », le grand favori Trayvon Bromell dès les demi-finales.

Le dernier en lice, Fred Kerley, a dû se contenter de l’argent derrière ce quasi-inconnu. « Je ne savais vraiment rien de lui, en rigole-t-il presque. La première fois où j’ai couru avec lui, c’était au meeting de Monaco, en juillet. Il a fait un travail fantastique. » Même l’intéressé n’y croit pas vraiment, en fait. « Je ne sais pas si je réalise ce que j’ai fait. C’est un rêve, c’est fantastique, s’exclame-t-il. Peut-être que je m’en rendrai mieux compte demain, mais là, c’est juste incroyable. »

Une première depuis Linford Christie pour l’Europe

Né aux Etats-Unis, à El Paso, Jacobs a déménagé en Italie, le pays de sa mère, quand il n’était encore qu’un bébé. Lui qui voulait au départ faire comme son père – qu’il n’a jamais vraiment connu – et jouer au basket, a bien fait finalement de persévérer dans l’athlé. Il vient d’offrir le tout premier titre olympique sur 100m à l’Italie, et ramène au passage la couronne en Europe, qui n’en avait plus vu la couleur depuis l’Anglais Linford Christie, sacré à Barcelone en 1992.

« C’était mon rêve d’enfant de gagner aux JO. Mais disputer cette finale du 100 m et la remporter… mon rêve devient réalité, peine-t-il à croire. Je veux remercier ma famille, qui m’a toujours soutenu, mes enfants et ma maman, qui est ma supportrice n°1 depuis toujours. »

L’histoire en cinq minutes

Et comme il y a des soirs, comme ça, l’Italie n’a pas une médaille d’or à célébrer mais deux. Quand Jacobs a franchi la ligne, Gianmarco Tamberi venait à peine de se relever, submergé par l’émotion après avoir remporté le concours de la hauteur, à égalité avec le Qatarien Mutaz Barshim (2,37m). Les deux hommes sont tombés dans les bras l’un de l’autre, avant de partir pour un tour d’honneur mémorable. On a assisté aux cinq plus belles minutes de l’histoire de l’athlétisme transalpin, et franchement, c’était bien.

La joie, illustration.
La joie, illustration. – Ina FASSBENDER / AFP