JO 2021 – Handball : C’est qui les patrons? L’équipe de France « est de retour à sa place » avec ce nouveau titre olympique

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Quatre ans qu’ils n’avaient pas gagné. Et quand on est un joueur de l’équipe de France de hand, c’est un peu comme pour l’âge des chiens, il faut multiplier par sept pour avoir le vrai chiffre. Alors ce titre de champion olympique acquis ce samedi face au Danemark, le troisième de leur histoire, a vraiment une saveur particulière pour les Bleus. « On a connu tellement de désillusions, souffle Ludovic Fabregas. Ça n’a pas été simple, mais on a tout le temps bataillé, et on a réussi à repartir de l’avant pour en arriver là. »

Depuis le Mondial 2017 victorieux à la maison, il s’était passé beaucoup de choses pour ces joueurs qu’on avait tant l’habitude de voir triompher. En vrac, une demi-finale traumatisante face au Danemark deux ans plus tard (38-30, une vraie leçon de hand), un Euro 2020 cataclysmique qui a coûté sa place à Didier Dinart, une quatrième place un peu crève-cœur il y a encore quelques mois en Egypte, la grave blessure de Nikola Karabatic… Bref, cette médaille d’or remportée sous le nez de l’équipe qui lui avait chipé sa place de nation dominante (JO 2016, Mondiaux 2019 et 2021) est d’une douceur infinie.

Chacun son rôle

« Je suis vidé, j’ai du mal à réaliser ce qu’on a fait, cette médaille. C’est tellement incroyable », peine à croire Nikola Karabatic, qui en a pourtant vu d’autres. « On part de loin, confirme Kentin Mahé. Après l’Euro 2020, on était au plus bas. On a réussi à se remobiliser, à travailler différemment, le nouveau staff à su évoluer, avec des rôles redéfinis au sein du groupe. Et surtout, chacun a accepté le sien, c’est ce qui a fait notre force dans cette compétition. »

Nommé sélectionneur à la place de celui dont il était l’adjoint après le fiasco européen, Guillaume Gille a rétabli une hiérarchie claire entre anciens et nouveaux, sur la base de ce qu’avait mis en place Claude Onesta à l’époque. Il n’y a qu’à écouter Luc Abalo pour se rendre compte du malaise qui régnait avant, et du boulot à effectuer pour l’ancien demi-centre. « Je me disais que j’allais arrêter, parce que je ne sentais pas l’équipe, avoue le désormais triple champion olympique. J’avais ce syndrome de l’imposteur parce que je jouais moins, l’impression d’être là juste parce que j’avais gagné des titres avant. »

Champions olympiques (encore) !
Champions olympiques (encore) ! – Sergei Grits/AP/SIPA

Tout s’est remis en ordre petit à petit, jusqu’à ces Jeux maîtrisés au-delà même des espérances, si l’on comprend bien. « On en rêvait mais on n’imaginait pas du tout que ça pourrait se passer comme ça, reconnaît Valentin Porte. On n’avait plus ces repères. » Il faut croire qu’ils les ont retrouvés en vivant dans leur bulle à partir de la mi-juin.

« On est partis en mission cet été, assure Luka Karabatic. Et puis il y a plein de petites qui ont fait que… Le retour de Niko, la dernière compète pour certains, on s’est regroupé autour de cet objectif commun, et la prépa y est pour beaucoup. Ça a été très intense, très dur. Mais on a dominé physiquement ce tournoi. » Pas un hasard. C’est sur cet aspect que les plus grandes campagnes des Experts ont été menées au tournant des années 2010.

Défense de mammouth et fil conducteur

Samedi, les Bleus ont défendu le fer face à Hansen et sa bande, habitués à mettre des pralines de partout et faire exploser le tableau d’affichage. « La défense de mammouth ! Incroyable », lâche Nedim Remili, encore sous le choc dans la zone mixte. « On leur est rentrés dedans, intelligemment, et on les a étouffés petit à petit », ajoute Valentin Porte. La signature française de ce tournoi, signe d’un collectif retrouvé.

« Ce groupe a trouvé son chemin, son mode de fonctionnement. C’était à la fois le plus important et le plus difficile, analyse Guillaume Gille. Il y a toujours eu besoin en équipe de France de ce fil conducteur, de trouver l’alchimie pour que ça fonctionne. » Voilà les Bleus, on l’espère, repartis pour un tour.

Ce sera sans Guigou et Abalo, mais avec plein de jeunes (ou pas forcément) qui tapent à la porte. « Je ne sais pas si on est repartis pour un règne, mais on a remis l’équipe de France à sa place en gagnant ce titre », estime Dicka Mem. « Et on a envie d’y rester, promet Luka Karabatic. Mais il n’y aura rien sans rien, il faut s’inscrire dans le projet équipe de France. »