« J’aime Marseille mais Marseille ne m’aime pas ! » Le champion olympique de canoë Denis Gargaud-Chanut déménage

Denis Gargaud-Chanut en juin 2019 lors d’une étape de Coupe de monde au Royaume-Uni. — H. Allison/TPI/REX

  • « J’ai décidé de m’installer à Pau pour préparer les Jeux de Paris 2024 » : le céiste Denis Gargaud-Chanut annonce à « 20 Minutes » qu’il quitte Marseille.
  • Le champion olympique en titre estime qu’il ne « peut pas travailler à Marseille ». Il réclame depuis des années la construction d’un stade d’eau vive.

Il a commencé cette interview dans un taxi, l’a terminée dans un hall de gare. Denis Gargaud-Chanut, champion olympique de canoë-kayak en 2016, est toujours en transit. Trop. Lassé d’avoir passé toute sa préparation olympique à vadrouiller, le céiste marseillais annonce à 20 Minutes son choix de quitter Marseille pour s’installer à Pau, à moins de six mois de Jeux olympiques de Tokyo.

Pourquoi avez-vous pris cette décision ?

Je ne peux plus habiter Marseille ! J’aime Marseille mais Marseille ne m’aime pas. J’ai décidé de m’installer à Pau pour préparer les Jeux de Paris 2024. Marseille sera pourtant une ville olympique, tous mes partenaires sont dans la région, mais je dois m’entraîner dans de bonnes conditions.

Ce n’est pas le cas à Marseille ?

Avec l’Huveaune, on a de l’eau plate… et je fais un sport d’eau vive ! En 2016, après ma médaille olympique, le maire m’a promis qu’il financerait un stade d’eau vive si on trouvait la moitié du financement. J’ai appelé le constructeur : ils étaient prêts à le faire à prix coûtant car c’était une première en France. Les élus sont au courant de tout ça, mais ce projet n’a pas d’intérêt à leurs yeux.

Votre club, le MMCK, a tout de même déménagé en 2018 dans de nouveaux locaux, flambant neufs…

Me donner une douche propre et un local neuf, ce n’est pas suffisant. Je ne peux même pas faire ma musculation au club, je dois aller au Cercle des nageurs.

A Marseille, les jeunes peuvent apprendre à faire du canoë, mais pour la partie compétition, rien n’avance ! Le timing n’est soi-disant jamais le bon. On est un des clubs les plus médaillés de France avec Pau, mais l’héritage de toutes ces médailles n’est pas à la hauteur de ce que les autres villes auraient fait… A Pau, il y a un stade d’initiation et un stade de compétition de niveau mondial.

C’est vraiment plus confortable là-bas ?

J’ai déplacé ma famille en début d’année pour préparer les JO de Tokyo et quand je vois comment c’est facile de s’entraîner, comment, naturellement, je suis bien accueilli… Je vais rester là, mais c’est un choix par défaut.

Pendant quatre ans, j’ai dû partir entre 250 et 280 jours par an de Marseille pour pouvoir m’entraîner. Je ne voyais pas ma famille, pas mes enfants… Et ce n’est pas une démarche de sportif de haut niveau de fatiguer son corps pour trouver un espace d’entraînement adéquat. Les voyages, ça épuise.

Est-ce un déchirement de quitter Marseille ?

J’y suis depuis que j’ai deux ans, j’ai grandi dans le 16e arrondissement, migré en sports études à Marseilleveyre, j’ai habité partout… C’est Marseille qui m’a fait ! Je resterai d’ailleurs licencié à Marseille par affect.

Cette ville, c’est comme une mère pour moi. Mais je ne peux pas y travailler, donc je m’en vais. J’ai choisi de ne pas aller à Paris, car ce serait le pire affront que je pourrais faire à Marseille (sourire).

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