Italie : La justice suspend la procédure visant le leader catalan Carles Puigdemont en attendant une décision européenne

Carles Puigdemont n’a pas fini d’échapper à une justice espagnole revancharde. Poursuivi par Madrid pour sédition et détournement de fonds depuis presque quatre ans et la proclamation avortée de l’indépendance de la Catalogne, l’ancien maire de Gérone a comparu lundi devant des juges de la cour d’appel de Sassari, en Sardaigne, saisis du mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne en vue de son extradition.

Il avait été arrêté le 23 septembre à son arrivée à l’aéroport d’Alghero pour participer à un festival culturel catalan, puis été remis en liberté le lendemain, s’engageant à se présenter à l’audience de lundi. Les trois juges de la cour d’appel de Sassari ont finalement décidé… de ne rien décider et d’attendre que les pourvois formés par la défense de Carles Puigdemont devant la justice européenne aboutissent.

En exil depuis 4 ans

Eurodéputé depuis 2019, Puigdemont exige de retrouver son immunité de député européen pour l’opposer à la demande d’extradition de l’Espagne. Le Parlement européen l’avait privé de son immunité le 9 mars par un vote à une large majorité, mesure confirmée le 30 juillet par le Tribunal de l’ Union européenne. Mais la décision du Parlement européen fait l’objet d’un recours et le jugement définitif sur le fond n’a pas encore été rendu.

« Cela fait quatre ans que nous sommes arrivés en exil » en Belgique, a rappelé dans la soirée le leader catalan au cours d’une conférence de presse à Alghero, seule ville italienne de culture et de langue catalane. « Depuis, j’ai dû faire face à trois différentes juridictions, en Belgique, en Allemagne et en Italie », pays dans lesquels il a été arrêté en vertu du mandat d’arrêt européen émis par Madrid, puis remis en liberté. A chaque fois, « l’Espagne a échoué dans ses objectifs politiques », a-t-il affirmé.

Le crime de sédition ne figure pas dans le code pénal italien, ce qui rendrait une éventuelle procédure d’extradition très complexe. Son arrestation en Italie a aussi causé des remous en Espagne, alors que la relation entre Madrid et Barcelone s’était pacifiée depuis la grâce accordée en juin aux neuf dirigeants séparatistes condamnés à la prison pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017. « Il est temps de dire assez. Stop. Trouvons une solution politique, et non pas judiciaire, à ce conflit », a conclu Puigdemont en Sardaigne.