IST : Seuls 4 Français sur 10 se sont déjà fait dépister, les jeunes meilleurs élèves

Chaque nouveau a son rythme, mais la question de l’arrêt du préservatif et du dépistage des IST finit par se poser. — StockSnap / Pixabay

  • Que l’on soit célibataire ou que l’on vienne de se mettre en couple, passer un test de dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST) n’est pas un réflexe pour tout le monde.
  • Selon les résultats d’un sondage exclusif Yougov pour 20 Minutes, seuls 4 Français sur 10 ont déjà fait un dépistage des IST.
  • Les autotests, eux, n’ont pas encore trouvé leur public : seuls 4 % des Français y ont déjà eu recours.

« Tu t’es déjà fait dépister ? Et si on se faisait un test ? » La question du dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST) se pose tant pour les célibataires qui changent de partenaire qu’au sein des couples qui se forment. Mais ce réflexe n’est pas systématique. En effet, selon un sondage exclusif YouGov pour 20 Minutes *, seuls 4 Français sur 10 ont déjà fait un test de dépistage des IST.

Le dépistage, un bon réflexe plutôt chez les jeunes

Depuis cinq ans, Clara file le parfait amour avec son compagnon. « Six mois après nos premiers ébats, mon copain a proposé d’arrêter le préservatif. On avait 17 ans, se souvient la jeune femme. Dans la foulée j’ai proposé qu’on passe les tests. Ça s’est fait de manière très simple, d’un commun accord. Il n’y a pas de bon moment pour se lancer, il faut juste être sûr de son partenaire, avoir confiance l’un en l’autre et sauter le pas ». Et en matière de dépistage, comme Clara et son compagnon, les meilleurs élèves sont plutôt les jeunes adultes : 43 % des 18-24 ans se sont déjà fait dépister. Un chiffre qui grimpe chez les 25-34 ans, puisque la moitié d’entre eux (50 %) ont déjà fait le point sur leur santé sexuelle grâce à un test de dépistage. « Se mettre en couple est un motif fréquent de consultation, observe le Dr Nicolas Dupin, dermatologue responsable du Centre de santé sexuelle de l’Hôtel-Dieu (AP-HP) et auteur de Mon amie la peau(éd. JC Lattès). Ce sont plutôt les jeunes gens d’une vingtaine d’années qui font plus facilement cette démarche ». Pourquoi ? « C’est à un moment de sa vie où l’on a des relations qui ne durent pas, ou que l’on a plusieurs partenaires, donc l’importance du dépistage est beaucoup plus ancrée, analyse Janine Mossuz-Lavau, sociologue, directrice de recherche au CNRS et auteure de La vie sexuelle en France (éd. La Martinière). Pour ceux qui sont dans la fleur de l’âge, c’est beaucoup moins un réflexe ». En effet, seuls 33 % des plus de 55 ans se sont déjà fait dépister.

Mais il n’y a pas que les jeunes qui peuvent être sages. « J’avais 31 ans et lui 41, et au bout de quelques jours, il m’a clairement dit :  » Ce serait meilleur sans plastique entre nous, de peau à peau « , raconte Audrey. J’ai immédiatement été d’accord en imposant toutefois un dépistage des IST au préalable. On l’a effectué dans la semaine et depuis quinze ans, nous roucoulons ». Comme eux, un Français sur 5 (19 %) pense qu’il vaut mieux aborder le sujet au tout début de la relation. « Deux personnes en couple depuis peu peuvent très vite décider de vérifier qu’ils sont  » clean  » et passer à l’étape suivante de leur relation », commente la sociologue.

« Une preuve d’engagement et de fidélité »

Lors d’un dépistage, « on teste le VIH, l’hépatite (B notamment), la syphilis, mais aussi les IST les plus fréquentes que sont la chlamydia et le gonocoque, énumère le Dr Dupin. Il arrive souvent qu’au sein d’un nouveau couple, chacun aille seul dans un centre de dépistage pour faire un test, et parfois, ils viennent à deux (la consultation reste toutefois individuelle). Dans tous les cas, c’est la bonne démarche à avoir, et les couples l’entreprennent quand la relation devient sérieuse ». Ainsi, pour Erwann, « cela prouve une forme d’engagement, de fidélité et de projet. A ce moment, on atteint un point central de la relation ».

Mais « au début on n’ose pas trop aborder la question, confie Isabelle, 26 ans. En parler trop tôt insinue que l’on veut une relation plus sérieuse. Et quand on ne connaît pas l’autre depuis très longtemps, on a peur de faire fuir l’autre, raconte la jeune femme. J’ai rencontré mon nouveau partenaire après une relation qui a duré près de dix ans et pour laquelle je n’avais jamais fait de dépistage. Alors pour moi, il était évident que nous devions faire des tests. La question de l’arrêt du préservatif s’est naturellement posée au bout de trois mois, un jour où nous avions oublié d’en acheter une nouvelle boîte. Notre relation commençait à devenir sérieuse, et j’ai simplement dit sur le ton de la rigolade à ce moment-là : « On n’aura plus ce problème le jour où on voudra faire un test », pour voir sa réaction. Et finalement, il était sur la même longueur d’onde. J’ai pris rendez-vous, mon partenaire aussi, puis on s’est mutuellement montré nos résultats ». Comme Isabelle, 26 % des femmes​ pensent que le meilleur moment pour avoir cette conversation est au bout de quelques mois de relation. « Pour les couples récemment formés, aborder cette question n’est pas toujours simple, cela peut révéler des arrière-pensées, des attentes sur la relation et une forme de pression mise sur son ou sa partenaire, sans savoir si l’autre est prêt pour cela, décrypte Janine Mossuz-Lavau. D’autant que lorsqu’on rencontre quelqu’un, on veut se montrer sous son meilleur jour, n’être que dans la séduction, donc on n’est pas forcément prêt à parler tout de suite des IST, souligne-t-elle. Il faut du temps pour instaurer une intimité, créer une confiance mutuelle et alors être transparent ».

Ne pas oublier la contraception

L’étape du dépistage s’accompagne aussi de conseils. « Nous sommes aussi là pour rappeler aux couples que l’arrêt du préservatif est un moment important qui s’accompagne de responsabilités : cela implique de la confiance, et de ne pas avoir de conduite à risques qui pourrait avoir un impact délétère sur la santé de son partenaire, insiste-t-il. Et, en cas d’herpès génital chez l’un des partenaires, nous rappelons l’importance d’avoir des rapports bucco-génitaux protégés ». C’est aussi l’occasion de « s’assurer que le couple a un autre mode de contraception, parce qu’outre les IST, il faut aussi éviter les risques de grossesse non désirée », souligne le médecin.

Au cours de ses enquêtes sur la sexualité des Français, Janine Mossuz-Lavau a rencontré beaucoup de femmes séparées après une relation longue. « Des femmes qui ont alors décidé de faire une pause dans leur contraception et qui, à la faveur d’une rencontre qu’elles n’avaient pas prévue, se sont retrouvées enceintes, explique la sociologue. Soit parce qu’elles n’ont pas osé aborder la question du préservatif, soit que ce mode de contraception n’était pas dans leurs habitudes dans leurs précédentes relations. Cela illustre aussi la difficulté qu’éprouvent certains hommes et femmes à parler sans tabou de leur sexualité et des moyens pour se protéger des IST et de grossesses non souhaitées ».

L’autotest, pas encore dans les habitudes des Français

Pour les moins à l’aise avec leur santé sexuelle, il n’est pas toujours évident de franchir la porte d’un centre de dépistage. Pour eux, la solution pourrait être de recourir à l’autotest. Il s’agit de dispositifs à utiliser seul, chez soi, et qui permettent d’obtenir des résultats fiables pour plusieurs IST. Toutefois, s’ils sont accessibles, les autotests ne sont pas encore entrés dans les habitudes des Français, qui ne sont que 4 % à y avoir déjà eu recours. « Les autotests sont récents, ne sont pas encore bien connus du grand public, constate le Dr Dupin. L’autre raison majeure qui explique leur sous-utilisation, c’est qu’ils coûtent une vingtaine d’euros, mais ne sont pas remboursés. C’est la même problématique que pour le test rapide d’orientation diagnostique (TROD), qui permet d’obtenir des résultats fiables sur le VIH ou encore la syphilis, mais qui n’est pas non plus pris en charge »

Alors, faute de recourir aux autotests, chacun peut se rendre dans un Centre gratuit d’Information et de Dépistage et de Diagnostic (CEGIDD), il y en a un peu partout en France. On peut y faire un test de dépistage gratuit et sans donner son nom. « Se rendre dans un centre de dépistage est aussi l’occasion de faire le point sur les vaccins qui permettent de se prémunir de certaines IST comme l’hépatite ou le papillomavirus (HPV). Il est important d’avoir une meilleure couverture vaccinale contre le HPV, non seulement chez les jeunes filles, mais aussi chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), dont la santé et la vie sexuelle peuvent être affectées par ce virus. Or, nous les Français sommes la lanterne rouge de l’Europe sur la question de la vaccination ».

L’enquête a été réalisée du 20 au 23 septembre 2019 sur 1.009 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus. Le sondage a été effectué en ligne, sur le panel propriétaire YouGov France.

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