Israël: Devant l’impasse politique, les électeurs seront de nouveau convoqués en septembre

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avant le vote à la Knesset, le 29 mai 2019. — Sebastian Scheiner/AP/SIPA

Le Parlement israélien a voté pour sa propre dissolution mercredi soir, moins de deux mois après avoir été élu, et les électeurs seront à nouveau appelés aux urnes le 17 septembre, scénario inédit dans l’histoire du pays.

A l’issue d’un psychodrame qui s’est prolongé jusqu’après minuit dans une tension grandissante, le Parlement (Knesset) a voté de nouvelles élections en deuxième et troisième lectures par 74 voix pour et 45 contre, à l’instigation du Likoud du Premier ministre Benjamin Netanyahou.

C’est pourtant un échec pour Benjamin Netanyahou, au pouvoir sans discontinuer depuis 2009 et plus de 13 ans au total en comptant un premier mandat. L’avenir de cette figure dominante au point d’en paraître imbattable, mais aujourd’hui menacée d’inculpation pour corruption, devrait à nouveau se trouver au cœur de la prochaine campagne.

Répercussions sur le plan américain pour résoudre le conflit israélo-palestinien

Ce développement sans précédent résulte de l’incapacité de Benjamin Netanyahou à former une coalition de gouvernement avec les partis de droite arrivés en tête des législatives du 9 avril. Le Premier ministre, âgé de 69 ans, a préféré provoquer de nouvelles élections que de voir le président Reuven Rivlin donner à un autre que lui sa chance de rassembler une majorité de gouvernement avec la Knesset existante.

Pour ses adversaires, Benjamin Netanyahou aurait pu se désister, mais n’est préoccupé que de sa survie politique. Il s’accroche à son poste pour faire voter des lois le protégeant des poursuites, accusent-ils.

L’annonce de nouvelles élections a des répercussions bien au-delà d’Israël. Elle soulève la question de la présentation par l’administration Trump de son plan pour résoudre le conflit israélo-palestinien, attendu depuis des mois. Donald Trump, qui a multiplié les faveurs envers Israël et Benjamin Netanyahou depuis son accession à la présidence, s’était invité lundi dans la crise israélienne en apportant son soutien au Premier ministre sortant. Et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, est arrivé à Jérusalem mercredi soir, en pleins remous intérieurs, pour discuter de l’initiative diplomatique dont il est le cerveau.

Antagonisme insurmontable entre laïcs nationalistes et ultra-orthodoxes

Benjamin Netanyahou avait jusqu’à minuit pour fédérer en une coalition de gouvernement la majorité théorique de 65 sièges née des élections d’avril. Parmi eux : les cinq mandats parlementaires du parti laïc et nationaliste Israël Beiteinou et les 16 des deux partis ultra-orthodoxes représentant les quelque 10 % d’Israéliens observant rigoureusement les règles du judaïsme.

Mais le maître stratège, qui triomphait dans la nuit du le 9 avril, n’a pas réussi à surmonter le vieil antagonisme entre laïcs nationalistes et ultra-orthodoxes, autour d’un sujet social qui résiste au temps : l’exemption de service militaire dont bénéficient des dizaines de milliers d’étudiants des écoles talmudiques. Dans un pays où tous, sauf exception, sont soumis à la conscription, ce régime de faveur est perçu par beaucoup comme une injustice.

Sur ce sujet, Benjamin Netanyahou s’est heurté à un mur en la personne d’Avigdor Lieberman, chef d’Israël Beiteinou, personnalité éminente chez les centaines de milliers d’Israéliens originaires de l’ex-URSS, qui dirigea le bureau du Premier ministre Netanyahou en 1996-97 et était encore son ministre de la Défense en 2018.

Avigdor Lieberman n’en a pas démordu : il ne participerait au gouvernement que contre l’engagement que serait votée, telle qu’il l’avait proposée quand il était à la Défense, une loi annulant l’exemption systématique des ultra-orthodoxes. « Question de principe » et refus de participer à un gouvernement sous la coupe de la loi juive, n’a-t-il cessé de répéter.

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