Iran : bilan alarmant de la répression, une brutalité comparable au XIIIe siècle
L’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA) a confirmé la mort de 6.221 personnes et tente de vérifier plus de 17.000 décès supplémentaires en Iran. Le bilan humain en Iran, s’il est vérifié, est aussi l’un des plus meurtriers du pays, qui a pourtant subi de nombreuses répressions sanglantes, notamment en 2022 lors du mouvement « Femme, vie, liberté ».
Lorsque le rideau noir de la coupure Internet s’est levé en Iran, les images ont commencé à surgir. Des visages flous de manifestants abattus par les autorités, des dizaines de sacs mortuaires et même des corps mutilés ont été diffusés. Ces clichés témoignent de l’horreur de la répression infligée aux manifestants antigouvernementaux. Cependant, le black-out total organisé par Téhéran complique le difficile décompte des morts. L’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA) a confirmé le décès de 6.221 personnes et tente de vérifier plus de 17.000 décès supplémentaires.
Sur le terrain, les médecins estiment que le bilan est largement sous-estimé et pourrait dépasser les 30.000 morts. « C’est l’une des répressions les plus meurtrières du XXIe siècle, c’est totalement inédit », réagit Mahnaz Shirali, sociologue et politologue iranienne. Les répressions de civils se produisent malheureusement fréquemment dans le monde, mais sont généralement moins meurtrières.
### Le pire bilan depuis le XIIIe siècle
Si des dizaines de milliers de personnes (et peut-être même jusqu’à 200.000) ont été exterminées dans les prisons du régime syrien, le bilan de la répression initiale du mouvement a été estimé à 3.000 morts par l’ONU. En remontant plus loin dans l’histoire, le bilan du massacre de la place Tian’anmen au printemps 1989 à Pékin était, selon les autorités chinoises, de 241 morts, tandis que les Britanniques parlaient d’environ 10.000.
Le bilan humain en Iran, s’il est confirmé, serait l’un des plus meurtriers du pays, qui a pourtant connu de nombreuses répressions sanglantes, notamment en 2022 lors du mouvement « Femme, vie, liberté ». « Il s’agit du pire massacre de l’histoire contemporaine de l’Iran », affirmait d’ailleurs dès la semaine dernière Payam Akhavan, ancien procureur de l’ONU. « Je pense qu’il faut remonter au XIIIe siècle, lorsque Gengis Khan a mené une campagne sanglante avec son fils pour trouver une brutalité comparable dans le pays. Ils avaient massacré la population et érigé des collines de têtes coupées. Ici aussi, le régime a entassé les corps des jeunes tués », dénonce Mahnaz Shirali.
### Un déchaînement de violence
La boucherie a été telle que les morgues, débordées, ont vu leurs entrées encombrées de corps en attente de traitement. Selon des témoins, les cadavres ont été transportés dans des camions frigorifiques ou des utilitaires habituellement utilisés pour le transport de fruits et de légumes. De nombreuses victimes auraient également été enterrées en secret, rapidement. « Certes, on n’a pas encore de chiffre exact, mais on en sait assez pour savoir qu’une catastrophe humanitaire absolue s’est produite », martèle Mahnaz Shirali, qui insiste sur la dimension humaine. « Pour vous, ce sont des chiffres. Pour moi, ce sont les étudiants que j’ai perdus. »
Dès le 8 janvier, les rues iraniennes ont basculé dans l’horreur et les autorités ont massivement tué les manifestants opposés au guide suprême Ali Khamenei. Les images des corps montrent des exécutions sommaires, avec des impacts de balles mais aussi des blessures à l’arme blanche, indiquant un déchaînement de violence sans précédent. Certains corps ont été emballés alors qu’ils portaient encore des cathéters, probablement abattus alors qu’ils recevaient des soins.
### Un peuple terrorisé
« Les jeunes à qui j’ai parlé m’ont répété : « vous ne pouvez pas imaginer ce qu’on a vécu ». Ils supplient qu’on les aide. Rien que la tonalité de leur voix montre combien ils ont changé, combien ils ont été transformés par l’horreur qu’ils ont subie », témoigne Mahnaz Shirali.
Face à l’ampleur de la tragédie, l’Union européenne a annoncé envisager d’inscrire les Gardiens de la révolution en tant qu’« organisation terroriste ». De son côté, le président des États-Unis Donald Trump a menacé le régime iranien d’une attaque « bien pire » que les frappes qui avaient visé ses sites nucléaires en juin dernier. Beaucoup, au sein de la diaspora iranienne, espèrent que ce soulèvement et les crimes de masse qui ont suivi entraîneront enfin la chute du régime des Mollahs. Cependant, les menaces diplomatiques pourraient s’avérer insuffisantes pour protéger la population iranienne de la violence du régime.

