« Inu-oh » : Comment Masaaki Yuasa transforme le théâtre nô en opéra-rock

Le réalisateur japonais Maasaki Yuasa, connu pour Ride the Wave, est le premier à la reconnaître. Son film d’animation Inu-oh qui sort en salle ce mercredi n’est pas une œuvre facile d’accès. L’amitié entre un moine joueur de biwa (guitare japonaise traditionnelle) aveugle et un être terriblement difforme emporte le spectateur au XIVe siècle. « Ils ont révolutionné le théâtre nô, expliquait le cinéaste à 20 Minutes. Et j’ai eu envie d’essayer de rendre leur travail accessible au jeune public. »

Tout pour la musique

Ce conte époustouflant tant visuellement que musicalement, a reçu un accueil triomphal au festival d’Annecy où le réalisateur de Lou et l’île aux sirènes était honoré comme parrain du MIFA, le marché du film de la manifestation. « La musique a toujours été un élément capital dans mes films, précise le cinéaste, mais dans Inu-oh, je suis allé plus loin que d’habitude en montrant mes héros comme des rock stars et en considérant chaque chansons comme un personnage. »

La bande-son du film, qu’on doit à Otomo Yoshihide, est un atout majeur d’une œuvre très originale mêlant plusieurs styles visuels pour dérouter un spectateur qui se laisse envoûter en découvrant un Japon médiéval fantasmé. « La réalité historique n’était pas ma préoccupation principale, insiste le réalisateur. Mon souhait était de restituer l’atmosphère des concerts de l’époque que j’ai imaginée aussi passionnée que celle des concerts d’aujourd’hui. » Ces deux héros s’appuient l’un sur l’autre pour livrer des prestations survoltées qui déchaînent l’enthousiasme de foules de fans quitte à provoquer jalousie et rivalité.

D’après un grand roman

« L’animation est un processus collectif, souligne Maasaki Yuasa. Et ce binôme où chacun apporte son don pour créer une œuvre complète me rappelle mes propres collaborations avec les artistes qui m’entourent. » Les danses et les chants, hypnotiques ou entraînants, emportent un public époustouflé dans un univers aussi dépaysant que singulier, celui du Roi chien, classique de la littérature nippone signé Hideo Furukawa.

« J’étais conscient que je risquais gros en m’attaquant à un tel monument, reconnaît le cinéaste mais c’est aussi ce défi qui me motivait : je tenais à me démarquer d’une animation japonaise trop formatée. » Il est certain que Inu-oh ne ressemble en rien aux « anime » de grande consommation. Ce film exigeant et fantaisiste prend des allures de trip halluciné pour faire opérer son charme singulier.