Inondations et montée des océans : inquiets, les sinistrés ?
Dans l’Ouest, des précipitations supérieures d’environ 300 % par rapport aux moyennes sur 30 ans ont été enregistrées au cours du dernier mois. La France, dans son plan national d’adaptation au changement climatique, tablait il y a deux ans sur une élévation moyenne du niveau de la mer de 58 à 60 cm, mais aujourd’hui, on serait plutôt sur 80 cm voire 100 cm d’élévation à l’horizon 2100.
L’heure est à la décrue, avec des températures printanières observées dans le Sud-Ouest, mais la situation reste préoccupante pour les sinistrés des inondations récentes. La menace de futurs événements similaires pèse sur leur avenir.
Le média 20 Minutes s’interroge sur l’exposition de ces populations vivant près des fleuves et en zones basses au risque de submersion liée à la montée du niveau des océans. Marc Robin, géographe et professeur des universités à Nantes, ainsi que responsable scientifique de l’OR2C, l’observatoire des risques côtiers en Pays-de-la-Loire, a accepté de partager ses réflexions à ce sujet.
Les zones touchées par les inondations récentes sont-elles les plus menacées par la montée du niveau des océans ?
Oui, bien sûr. Toutes les zones inondées sont les plus vulnérables. Cela relève aussi d’une question de probabilités, et nous avons observé une conjonction significative de facteurs défavorables (précipitations intenses, coefficients de marée élevés cet hiver). Ce genre de situation est appelé à se reproduire. Tous les scénarios indiquent que ces phénomènes vont s’intensifier à l’avenir. C’est un message fort pour la société concernant l’aménagement du territoire dans son ensemble.
Je précise que les phénomènes d’inondation diffèrent de l’élévation du niveau de la mer, bien qu’ils aient une cause commune : le réchauffement climatique. Ce dernier entraîne une dilatation thermique de l’océan, contribuant à l’accélération de l’élévation du niveau marin. Par ailleurs, l’atmosphère peut contenir davantage d’eau. Les scénarios du GIEC l’avaient prédit : nous devons nous attendre à plus de précipitations hivernales et à une intensité accrue, ce qui s’est confirmé le mois dernier. Dans l’Ouest, les précipitations ont dépassé d’environ 300 % les moyennes sur 30 ans.
La vitesse d’érosion des côtes dépasse déjà les prévisions. Les politiques publiques semblent-elles souvent en retard ?
Il y a deux ans, la France, dans son plan national d’adaptation au changement climatique 3, s’attendait à une élévation moyenne de 58 à 60 cm du niveau de la mer pour sa stratégie d’adaptation, mais aujourd’hui nous estimons plutôt à 80 cm, voire 100 cm, d’ici 2100.
Il est impératif de repenser tous les documents d’aménagement du littoral et de commencer à examiner des solutions d’adaptation architecturale, surtout dans les zones très sensibles. Lorsque les enjeux sont moins critiques, des recompositions territoriales, c’est-à-dire des relocalisations, doivent être envisagées.
Des signaux alarmants apparaissent déjà, notamment avec des compagnies d’assurance qui refusent d’assurer ou qui augmentent considérablement leurs tarifs. Certaines communes se retrouvent d’ailleurs à fonctionner sans assurance pour cette raison.
L’adaptation aux risques d’érosion et de submersion est-elle déjà en cours ?
La loi climat résilience va dans la bonne direction. Cependant, le prix du foncier en zone côtière demeure attractif. Malheureusement, la prise de conscience n’intervient souvent qu’après une catastrophe. Il est crucial que la population réalise qu’il existe des territoires où il ne sera plus possible de vivre demain, et les zones basses font partie de ceux-ci.
Concernant les digues, la situation est complexe : l’État se désengage en transférant les compétences sans fournir les ressources nécessaires. Il faut non seulement réhabiliter ces infrastructures mais également sensibiliser à la nécessité d’une vision à long terme, en tenant compte des spécificités des cas. Cette approche nous permet de savoir que la situation ne pourra durer indéfiniment et personne ne peut prédire avec exactitude jusqu’à quand cela sera viable. Retarder la décision pour les propriétaires modestes pourrait avoir des conséquences dramatiques, car certaines zones deviendront de plus en plus exposées. La décote s’installe lorsque le risque immédiat se manifeste, et il est alors trop tard pour vendre son bien.
Il est clair qui est en danger, et les zones à risque sont bien identifiées. Il est impératif d’arrêter de délivrer des permis de construire dans ces zones à risque, même si le prix du foncier pousse à l’opposition, et d’adopter un discours plus incitatif.
Toutes nos infos sur l’érosion
Il est encore temps de s’organiser collectivement, bien que des milliers de maisons soient à risque face à l’érosion et aux inondations. Nous pouvons encore les maintenir en place quelque temps, mais il est grand temps de changer de cap et d’adopter une vision futuriste plus objective. Cela nécessitera des mesures parfois difficiles à accepter. De plus, un travail social et psychologique est indispensable pour établir une solidarité nationale qui accompagnera ces adaptations.

