Inflation : On a comparé le prix d’un plein de courses en France et en Espagne

De notre envoyé spécial à Figueres,

55 kilomètres, une frontière et un peu moins d’une heure séparent Perpignan, en France, de Figueres, en Espagne. Dans ces deux villes moyennes, la tentation peut être grande de prendre sa voiture et d’aller voir si l’herbe est plus verte – et surtout les prix moins chers – de l’autre côté des Pyrénées. Pour en avoir le cœur net, 20 Minutes a rempli son plus beau chariot dans le Carrefour périphérique de chaque ville, avec des produits basiques : pâtes, viande, fruit…

De toute évidence, nous ne sommes pas les seuls à nous poser la question, puisque beaucoup de monde a franchi la frontière de bon matin – et ce, dans les deux sens. Quelle que soit votre nationalité, n’espérez pourtant pas fuir l’inflation en changeant de pays, la problématique y est sensiblement la même : comptez une hausse des prix de 7,3 % sur un an en Espagne, et 6,2 % sur la même période en France.

L’Espagne, reine des prix au rayon fruits

Encore mal réveillé au moment d’arriver à Figueres, partons sur le petit-déjeuner : 2,15 euros pour l’indémodable pot de Nutella là-bas, contre 1,99 euro si l’on n’avait pas traversé la frontière. La France pèse à elle seule 25 % de la consommation de la pâte à tartiner, heureusement qu’on a une ristourne. On poursuit dans l’enfance avec le paquet de Frosties : 2,49 euros les 400 g à Perpignan, 3,69 euros les 450 g à Figueres.

Si vous n’êtes pas trop dans le syndrome Peter Pan et que vous prenez des petits-déjeuners d’adulte, les 6 œufs bios plein air Carrefour coûtent 2,19 en France, 2,29 côté Espagne. L’écart bondit pour les 20 capsules de café L’Or Espresso, de 5,45 euros chez nous à 7,35 euros chez nos voisins. Que des victoires françaises pour le moment ? Pas si vite. L’Espagne représentait en 2019 25,2 % des exportations mondiales d’agrumes, selon les données publiées par l’Observatoire de la Complexité Économique. Et ça se voit à travers le litre de jus d’orange : 99 centimes au pays de Dali, 1,75 euro dans celui de Voltaire.

Les pâtes deux fois moins cher en France

La remontada espagnole se poursuit dans tout le rayon fruits : 1,85 euro les 500 g de raisin, contre 3 euros en France ; le kilo de banane en gros à 1,39 euro, contre 1,99, et les 250 g de tomates cerises à 1,39 euro, alors qu’il faut débourser 2 euros pour 200 g à Perpignan. « Les produits frais ont connu une forte inflation, mais en Espagne, on a la chance que ça reste à peu près abordable. On peut encore manger à peu près sain et bon », confie Béa, habitante locale en train de soupeser ses tomates.

Allez, on se reprend au rayon légumes : 1,40 euro le kg de pommes de terre en France – l’un des plus gros producteurs de l’UE – contre 1,50 en Espagne. Mais le vrai avantage tricolore, ce sont les féculents : les 500 g de spaghetti Barilla sont à 99 centimes, contre 1,90 euro en Espagne, plus du double ! Les petits-pois carotte Cassegrain coûtent la bagatelle de 4,19 euros pour 400 g (non-égoutés) en Espagne, contre 2,49 euros les 465 g en France. Le kilo de riz simple limite un peu la casse – on est quand même au pays de la paella : 89 centimes à Perpignan, 1,09 à Figueres. « Les pâtes, c’est vraiment le pire, poursuit Béa. Cela ne se voit pas tant que ça car ça reste des petits prix, mais ça gratte des centimes qu’on sent à la fin du mois. »

La viande, avantage écrasant côté espagnol

Et côté viande ? Avantage Espagne avec l’affaire du siècle : les 900 g de viande hachée à 5,17 euros, contre 500 g à Perpignan à 7,30 euros ! Les 240 g de jambon blanc découenné sont à 3,73 euros en Espagne, et 5,59 euros en France. C’est donc tout naturellement dans ce rayon qu’on entend le plus d’étrangers. « Ça fait cher l’essence, mais avec suffisamment de viande, cela vaut le coup de franchir la frontière », s’enthousiasme Franck, dont le chariot aurait de quoi nourrir un régiment de carnivores.

On notera enfin l’huile d’olive extra-vierge à 6 euros le litre, contre 7 en France, la bouteille de Coca-cola à 1,55 euro côté France, versus 1,68 en Espagne. Et puisqu’il n’y a pas que la nourriture dans la vie, les 30 capsules Ariel à 14,25 euros, contre 27 en France pour 20 centimes de plus.

Cela nous fait un bon plein à 62,52 euros côté France, contre 59,22 euros en Espagne. Pas de nette différence globale donc, mais de gros écarts selon le produit : à la France les féculents et le café, à l’Espagne la viande et les fruits. A noter néanmoins que selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le salaire moyen espagnol est entre 20 et 30 % inférieur au français. Le pouvoir d’achat penche donc largement du côté de Perpignan.