Inflation : Match retour des prix à la consommation entre la France et la Belgique

En avril dernier, 20 Minutes était allé faire ses courses dans deux supermarchés de la même enseigne de hard discount de part et d’autre de la frontière franco-belge. Le postulat était de déterminer s’il était plus avantageux pour un Français d’aller faire ses emplettes en Belgique, ou inversement. Si mois plus tard, alors que la conjoncture économique est très loin de s’être améliorée dans l’un ou l’autre pays, nous nous sommes adonnés au même exercice, avec les mêmes contraintes. Le bilan est plutôt surprenant.

Sur notre liste, nous avions 12 produits de grande consommation rigoureusement identiques à ceux que nous avions achetés en avril : jus d’orange, emmental, riz, pâtes, café, farine, papier toilette, œufs, jambon, lessive, huile et Nutella. A l’époque, notre panier nous avait coûté 36,24 euros en France et 36,37 euros en Belgique. Une égalité presque parfaite alors même que l’inflation chez nos voisins était quasiment deux fois plus élevée que chez nous (8,31 % contre 4,5 %). Cela valait aussi pour les prix des carburants, quasiment identiques, exception faite du gasoil français, moins cher.

Cinq mois plus tard, le même constat ou presque

Il y a cinq mois, nous n’avions pas constaté de ruée des Belges en France pour y faire leurs courses et inversement. Il n’y avait guère que le gasoil français qui attirait nos voisins et le tabac belge qui motivait les nordistes à passer la frontière. Mardi, c’est le même schéma, qui s’est présenté à nous. Dans le supermarché côté français, nous avons déboursé 37,17 euros pour nos 12 articles contre 33,23 euros côté belge. La tendance s’est donc largement inversée en faveur de la Belgique avec un panier 10 % mois cher chez nos voisins alors même qu’en août, leur inflation était en hausse à 9,44 % et en baisse en France à 5,8 %.

Le plus gros écart de prix concerne l’huile de tournesol, produit qui est de nouveau approvisionné normalement de part et d’autre de la frontière. Pour 1 litre, nous avons payé 1,99 euro en Belgique et 3,68 euros en France, soit près de 85 % plus cher. Le kilo de farine coûte aussi presque le double en France, de même que l’emmental, français pourtant. Mais au global, la différence n’est pas assez flagrante pour motiver un déplacement qui coûtera davantage en essence qu’il ne rapportera d’économies.

Ruée sur les boissons et les carburants

Pour vérifier si notre constat chez le hard discounter était le même ailleurs, nous avons contacté plusieurs magasins installés le long de la frontière, côté français. Et là, le son de cloche est parfois très différent. « C’est une véritable invasion de Belges », confie à 20 Minutes une employée dans un supermarché de Wervicq. Selon elle, nos voisins se ruent essentiellement sur les packs d’eau et les sodas. Idem dans une enseigne de grande distribution à Halluin : « Le week-end, nos clients sont à 80 % des Belges. Ils repartent avec des chariots pleins de boissons, alcool, eau, coca… », assure une salariée. A Lannoy, rien d’inhabituel : « On a toujours eu beaucoup de Belges ici, des frontaliers, mais pas plus en ce moment », tempère un employé.

Outre les boissons, donc, nos voisins ont une autre excellente raison de traverser la frontière : le carburant. En témoigne la longue file d’attente pour s’approvisionner à la station Total située juste avant la frontière belge, à Halluin. Le prix le plus bas répertorié sur un site Internet spécialisé pour 1 litre de SP 98 est de 1,86 euro, contre 1,43 euro dans le nord de la France. Pour le SP 95 et le gasoil, le prix en France est en moyenne 24 centimes moins cher au litre.