Inflation : « Il faut bien faire des économies quelque part »… Ils se sont mis au discount alimentaire

La dernière fois qu’elle avait mis les pieds dans un supermarché discount, elle était étudiante. Depuis deux semaines, Maéva*, cadre quadragénaire, pousse son chariot dans les allées d’un Lidl de Toulouse. D’habitude, pour sa famille de quatre, elle faisait des « drive » chez Carrefour, « sans être trop regardante ». Mais, avec l’inflation, les temps changent. « Il faut bien faire des économies quelque part », explique celle dont la mensualité de gaz est passée de 59 euros en octobre 2021, à 87 euros le mois dernier, alors que le foyer a fait des efforts et baissé sa consommation de 29 %. Et comme Maéva n’a aucune prise sur l’explosion des prix de l’énergie, elle agit sur les budgets qu’elle peut maîtriser, l’alimentaire en premier lieu. Pour Lidl, son verdict est sans appel : « C’est moins cher, c’est clair. En plus, on est moins tenté ». Son – gros – chariot hebdomadaire lui coûte dans les 180 euros, contre 250 euros en moyenne pour ses drive habituels.  « J’ai acheté du poisson, des légumes français. Et les yaourts sont très bons », assure la Toulousaine.

Christophe, un internaute de 20 Minutes, a pris la même bifurcation dans ses habitudes de consommation. « Depuis l’inflation », il va chez Lidl mais « une semaine sur deux » seulement. Vingt ans qu’il n’y avait pas mis les pieds. Il ne savait donc pas qu’on y trouvait de grandes marques, ni de la boulangerie avec cuisson sur place. « Les prix sont légèrement plus bas, constate-t-il, mais il y a beaucoup moins de références qu’en hyper. S’il renoue avec le discount, c’est bien par nécessité. Car il ne s’y sent « pas bien ». Dans son Lidl la musique d’ambiance lui manque, il trouve la clientèle énervée et l’attente en caisse « interminable ».

« Tout le monde critiquait, beaucoup ont fini par y aller »

Il y a ceux qui y retournent et d’autres qui en reviennent. Cédric ne va pas chez Lidl parce qu’ils ne prennent pas la carte pour les titres-restaurants. Catherine, 50 ans, ne va plus dans le sien tout simplement parce qu’il est selon elle « plus cher » que Leclerc. Ils sont nombreux à avoir fait le calcul et à constater que, du moment qu’on se contente des marques distributeurs, les économies ne sont pas flagrantes dans les enseignes discount. Et puis, il y a les irréductibles anti. Comme Bernard. « Quand c’est moins cher, c’est la qualité qui n’y est pas, juge-t-il sévèrement. Les fruits et légumes ne sont pas attirants, les accessoires, ça marche un certain temps puis ça casse. » Pour faire des économies et continuer à fréquenter les producteurs locaux, il préfère chasser le gaspi.

Un débat qui ne date pas d’hier. Danielle, 50 ans, se souvient avec nostalgie du début des années 1970 quand un premier magasin discount, avec ses cartons empilés, a ouvert dans sa campagne – il s’appelait Mager – et qu’elle y allait à pied avec sa mère. « Tout le monde critiquait, mais beaucoup ont fini par y aller », témoigne-t-elle. Pour sa part, elle a perpétué la tradition familiale en allant « régulièrement » dans les Lidl et Aldi proches de son domicile. « Et les récents problèmes de fin de mois rencontrés vont certainement m’obliger à restreindre encore plus mes dépenses, même chez eux », conclut-elle, tristement.

* Le prénom a été changé