Infertilité : Les applications pour le suivi de PMA sont-elles vraiment utiles ?

Une femme s’apprête à consulter son Smartphone. Photo d’illustration. — Pixabay

  • Certains couples en PMA actuellement manquent d’écoute et d’accompagnement personnalisé. 
  • Certaines start-ups ont bien identifié ce besoin et proposent de plus en plus d’applications pour le suivi de PMA. 
  • Gadgets ou véritable aide, 20 Minutes tente de faire le tri entre ces différentes offres. 

C’est un marché juteux. En France, un couple sur sept serait concerné par l’infertilité. Une situation qui se solde souvent par un parcours long et pénible en Procréation médicalement assistée (PMA). Une donnée sociétale qui n’a pas échappé à nombre de start-up qui proposent des services sur mesure à ces patients souvent en demande d’écoute et d’informations. Pas facile toutefois de différencier le gadget du vrai coup de pouce dans cette floraison d’applications. 20 Minutes fait le point.

Les applications pour le suivi du cycle (Clue, Le jour d’après, Eve…)

C’est la version la plus basique qui peut aider les femmes en PMA à bien suivre leur cycle. Et mieux connaître la fenêtre de tir pour le jackpot. « De plus en plus de patientes sortent leur téléphone pendant la consultation, s’amuse Marika Donadieu-Mallion, médecin spécialiste de la fertilité. Cela peut être intéressant pour que les patientes comprennent mieux le fonctionnement de leur corps. Surtout quand les souvenirs de biologie sont poussiéreux… »

Pour qui ?

Pour toutes les femmes, qu’elles soient ou non en parcours de PMA puisque ces applications proposent juste une prédiction des jours de règles et de l’ovulation.

Quelle limite ?

Ces applis ne visent pas particulièrement les personnes ayant des difficultés à concevoir. Et comme toute machine, un smartphone peut se tromper et délivre une information généraliste… « Certaines peuvent avoir une ovulation décalée », reprend la médecin. Autre risque : elles peuvent passer par des montagnes russes émotionnelles les yeux rivés à leur téléphone en cas de retard de règle d’une journée.

Le coaching pour Madame (My Blubelly Fertility)

Ce programme, (une déclinaison d’un premier programme très controversé qui promettait de pouvoir choisir le sexe de son futur enfant…), lancé le 14 février, propose un coaching à distance pour les femmes en parcours de PMA. Elles reçoivent donc une box avec des tests d’ovulation, des compléments alimentaires et peuvent joindre 7 jours sur 7 un coach pour recevoir des conseils en diététique. Pouvoir joindre une personne capable rassurer, conseiller, écouter, cela peut s’avérer précieux dans ce parcours du combattant. « Aujourd’hui, les médecins spécialistes en infertilité sont noyés sous la demande », prévient François Olivennes, gynécologue. Autant dire que votre médecin ne va s’enquérir de vos menus ou votre moral chaque mois…

Pour qui ?

Ce programme ne s’adresse pas aux couples qui savent pourquoi ils rencontrent des difficultés. « Seulement 10 à 15 % des couples en parcours de PMA ont une infertilité inexpliquée », rappelle Emmanuelle Barrali-Golstenne, radiologue spécialiste dans le suivi d’infertilité.

Quelle limite ?

Le problème, c’est que les interlocuteurs proposés par cette application ne sont des médecins. « Avoir des conseils sur l’hygiène de vie, cela peut être intéressant en parallèle d’un avis médical », tranche Marika Donadieu-Mallion, spécialiste de la fertilité. En revanche, pour beaucoup d’experts, ce genre de service s’apparente à un gadget plutôt onéreux (100 euros par mois) et inutile. « Il existe un marché des couples infertiles, on sait que ces personnes ont parfois du mal à raison garder », se méfie Virginie Rio, présidente du collectif Bamp, qui accompagne les personnes en PMA.

Le coaching pour Monsieur (Be Daddy)

Pendant masculin, ce programme, lancé en octobre, vise à accompagner les hommes confrontés à une hypofertilité pour faire évoluer leur hygiène de vie. Via une application qui envoie des recettes adaptées aux goûts de l’intéressé et riches en anti-oxydants doublée d’un coaching par téléphone pour vérifier qu’il arrive à changer ses habitudes. « Il est important de remettre l’homme dans l’équation de la PMA », assure Olivier Caix, directeur de la start-up FabLife qui a lancé Be Daddy. C’est un suivi à long terme, poussé (il commence par une batterie d’examens pour identifier les manques et gènes du patient), individualisé (vous n’êtes donc pas obligé de manger des épinards tous les soirs), avec un humain bienveillant, disponible et formé à l’infertilité au bout du fil. Ce coaching de niche commence à accumuler quelques preuves scientifiques de son efficacité. En effet, une étude clinique réalisée avec l’Inserm sur 35 patients infertiles a montré que pour 32, leur spermogramme s’est amélioré de 50 % au bout de trois mois. « Le suivi est simple, après il faut jouer le jeu, prévient Mathieu, qui après cinq ans d’échecs en PMA s’est abonné au programme et est devenu père. On a réalisé quelques ajustements avec la coach, par exemple, je cherchais des recettes avec des produits de saison. »

Pour qui ?

Pour les hommes qui ont des problèmes de fertilité, mais ni stériles ou chez qui une anomalie génétique a été détectée. « Ce programme peut être proposé à n’importe quelle phase du parcours de PMA », précise Rachel Lévy, biologiste qui a planché sur l’application.

Quelles limites ?

Ce nouveau programme n’est pas donné : 170 euros pour réaliser le bilan préalable, puis 120 euros par mois pendant les quatre mois du programme et 80 euros par mois les trois mois qui suivent pour ne pas perdre les bonnes habitudes. Autre limite : le programme est centré sur l’alimentation (même si les coachs encouragent à reprendre le sport), alors que d’autres paramètres entrent dans l’équation. « On peut attendre une nette amélioration du spermogramme avec l’arrêt du tabac et du cannabis, nuance Marika Donadieu-Mallion, spécialiste de la fertilité. Attention à ne pas perdre trop de temps quand il y a urgence du côté de la femme ! »

Pas facile surtout de tenir sur le long terme… « Les applications, c’est la mode mais est-ce que les hommes vont vraiment réussir à changer d’hygiène de vie ? », met en doute Virginie Rio, du collectif Bamp. « Le challenge pour nous, c’est l’observance », reconnaît Olivier Caix, directeur de Fab Life.

L’outil de communication avec les médecins (Wistim, Médifirst)

Ces applications permettent de communiquer rapidement sur son smartphone avec son ou ses médecins des informations importantes. Le gynécologue peut prévenir qu’il faut augmenter les doses de tel médicament, la patiente peut avoir un agenda et des alarmes avec les 48 rendez-vous médicaux et 374 piqûres. Ce qui peut soulager la charge mentale. Et évite parfois de se tromper dans un protocole précis et compliqué.

Pour qui ?

Pour les patientes en parcours de PMA, mais aussi les soignants qui vont entrer les ordonnances, rendez-vous…

Quelles limites ?

A condition, évidemment, que les médecins jouent le jeu. Or, pour le moment assez peu de praticiens et de laboratoires semblent avoir pris le réflexe. « Ces applications, qui répondent à un vrai besoin, ont du mal à s’implanter parce que les médecins ne considèrent pas que ça soit utile », regrette Virginie Rio. Côté finances, si MédiFirst est totalement gratuit, Wistim comprend une partie gratuite et une autre payante pour les patientes en parcours de PMA. « Mais Wistim avait pour ambition d’être remboursée par la Sécu, dans ce cas, cela peut devenir un outil intéressant », avance-t-elle.

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