Infanticide de Barsac: «J’ai perdu le contrôle, je ne me souviens pas avoir tiré sur elle»

La carabine utilisée par l’accusée à Barsac, le 9 mars 2015. — E.Provenzano / 20 Minutes

  • Une jeune femme de 37 ans est jugée devant la Cour d’Assises de la Gironde jusqu’à vendredi pour le meurtre de sa fille de 9 ans, le 9 mars 2015.
  • ​A la barre, elle explique que ses souvenirs du jour du drame sont très confus et qu’elle ne se souvient pas avoir tiré sur sa fille.
  • Elle raconte que c’est un mime d’une scène à caractère sexuel par la fillette qui l’aurait renvoyée à son passé et plongée dans un état second.

Depuis le box des accusés Aurélie Coulon, 37 ans, fine silhouette à la longue chevelure sombre, a été interrogée ce mercredi, lors de son procès pour « meurtre d’un mineur de 15 ans » qui a débuté mardi, devant la Cour d’Assises de la Gironde. Depuis ce matin du 9 mars 2015 où sa fille Manon est décédée après un tir mortel de carabine, elle dit se sentir « morte et dévastée ». Elle est incarcérée depuis les faits, après avoir passé un moment en hôpital psychiatrique, et son état avait conduit au report du procès en juin 2018. Le président du tribunal Jérôme Hars l’a questionnée pour tenter de comprendre ce qui s’est passé le jour du drame.

Le magistrat tente de retracer la chronologie depuis le moment où elle part précipitamment en voiture, à l’aube, avec sa fille en pyjama, dans l’intention de confronter son père qui aurait abusé d’elle lorsqu’elle était petite. Entre elles se trouve une carabine, que la compagne de l’accusée lui a proposée, dans le but de la rassurer alors qu’elle est très angoissée. La jeune femme explique au tribunal : « J’ai l’impression que cette arme va me protéger pour lui faire face. » Elle ne se souvient pas du trajet de 63 kilomètres en voiture vers le domicile de son père, qui dure de 40 à 50 minutes environ, ni même du fait que son chien était à l’arrière du véhicule.

« Un moment de folie »

« Je n’avais pas dormi du week-end, j’étais dans un état de stress avancé après la scène pornographique que Manon m’avait mimé dimanche soir (qui se serait passé avec son petit frère), raconte l’accusée. J’ai gambergé, ça m’a fait penser à mon passé (elle raconte avoir subi des violences sexuelles de la part de son cousin et de son père). Pour arrêter tout ça j’ai pensé qu’il fallait que je tue mon père. J’avais déjà perdu pied, j’étais dans un moment de folie ».

Deux jours avant le drame, le vendredi soir, Manon lui avait montré une culotte tachée de sang et, la fillette n’étant pas réglée, elle aurait soupçonné son instituteur de violences sexuelles. « Avec le recul, j’étais dans un délire paranoïaque », livre Aurélie Coulon. L’expert médecin légiste qui a autopsié la petite fille a déclaré à la barre qu’elle était vierge et qu’aucun des prélèvements réalisés n’allait dans le sens de l’hypothèse de viols.

C’est une panne d’essence qui force l’accusée à s’arrêter sur le bas-côté sur une route de la commune de Barsac. Pour continuer sa route, elle veut arrêter un automobiliste et tire dans sa direction. Heureusement, celui-ci traverse le terre-plein et baisse la tête pour éviter le tir et la balle endommage seulement la carrosserie. « Je me rappelle du premier coup de feu, je voulais arrêter un véhicule pour aller chez mon père, je ne voulais pas nuire ni tuer », commente-t-elle.

Elle aurait tenté de se suicider

Pour arrêter une autre voiture, elle part alors recharger sa carabine qui n’a qu’un coup en prenant une cartouche dans le vide-poches de sa voiture. Elle se souvient que sa fille l’appelle puis c’est le trou noir. « Je perds le contrôle, je ne me souviens pas avoir tiré sur elle », livre-t-elle en pleurs. Un peu plus tard, elle sort Manon de l’habitacle et se couche avec elle dans l’herbe, sur le bas-côté. La petite, très grièvement touchée au thorax expire dans les bras de sa mère. A l’audience, l’accusée raconte qu’elle est ensuite partie dans les vignes, tentant en vain de s’étrangler avec des câbles de levage des vignes, puis essayant de se jeter à deux reprises sous les roues de voitures, avant d’être interpellée.

Les témoins de la scène ce matin-là, rapporte qu’elle tient des propos incohérents, confus et qu’elle est très agitée voire hystérique. Elle parle par exemple de la Yougoslavie, pays qu’elle ne connaît pas et où elle n’est jamais allée. « Je n’ai pas de souvenir de ce que j’ai dit, je n’étais plus là, c’est comme si une autre personne avait pris possession de mon corps », tente-t-elle d’expliquer, répétant qu’elle ne comprend pas ce qu’il s’est passé.

La question cardinale du procès, comme l’a rappelé le président, est de savoir si elle était en possession de sa capacité de discernement au moment du passage à l’acte. Elle sera décortiquée par les experts psychiatriques appelés à livrer leurs analyses ce jeudi lors du procès qui se poursuivra jusqu’à vendredi.

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